ven. 23 oct. 2026
JAZZ’N’KLEZMER 2026
Loin des stéréotypes, Jazz’n’Klezmer couple volontiers les traditions aux nouveaux horizons musicaux et rappelle, par là même, le pouvoir d’assimilation-maison. Organisée du samedi 31 octobre au lundi 16 novembre 2026, à Paris et en province, la vingt-quatrième édition du nom ne déroge pas à la règle avec des temps forts comme le set des légendaires Klezmatics à Nogent-sur-Marne ; une soirée peuplée de surprises avec Jon Onj et Hillel, sur le site de la Bellevilloise ; ou bien encore une performance du célèbre dessinateur et réalisateur Joann Sfar. L’auteur de la série BD « Le Chat Du Rabbin » dialoguera ainsi en image avec le quintet Les Luftmenschen, dans le cadre élégant du Café De La Danse…
Programmé essentiellement durant la première quinzaine de novembre, le festival Jazz’n’Klezmer (JNK) affirme plus que jamais être un creuset où les musiques juives d’Europe de l’Est épousent la dimension évolutive du jazz, des sonorités électro. En investissant les salles emblématiques de Paris, d’Île-de-France ou de province, JNK et sa dizaine de groupes ou interprètes proposeront un plateau riche. Le phénomène sera perceptible dimanche 1er novembre, Chez Georges, à Paris, avec la rencontre entre Raphaël Setty alias Babka et le souffleur Samuel Maquin. Affublé de sa chapka et de son survêtement rose iconique, le très saillant pilier des Marx Sisters (son pseudonyme emprunte à une délicieuse pâtisserie ashkénaze) insufflera, sur place, un humour contagieux. Significatif, le tandem formé par le clarinettiste Gilad Harel et l’accordéoniste Iliya Magalnyk reflète également cet esprit empreint de liberté. Auteur de l’album « KlezmAir », ce duo convoquera, le lundi 2 novembre, à la synagogue Copernic de Paris, les patrimoines musicaux moldaves et du rivage de la mer Noire. Captivante, leur production s’agrégera en situation avec de multiples influences dont le jazz swing.
Gage d’ouverture, le mardi 3 novembre, à la Bellevilloise, la Midrash Takeover Night accueillera la jeune garde musicale. En associant des sonorités soul et disco aux thématiques traditionnelles, Jon Onj puis Hillel rappelleront, au grand dam des puristes et autres exégètes, que les traditions se réinventent bel et bien, sans arrêt… Le lundi 9 novembre, au New Morning, à Paris, Oi Va Voi mixera, pour sa part, les airs ancestraux au contact de la musique pop. Attendue, leur prestation promet de transformer la boîte de jazz de la rue des Petites-Écuries en un espace de transe collective…
La venue des mythiques Klezmatics, le dimanche 15 novembre, à Nogent-sur-Marne, conforte ce tissu culturel. Artisans du renouveau yiddish, ces musiciens récompensés en 2007 par un Grammy Award ont choisi cette manifestation pour célébrer leurs quarante ans d’activité. Intitulé « We Were Made For These Times », un clin d’œil à la poétesse et psychanalyste américaine Clarissa Pinkola Estés, cet événement s’annonce comme un manifeste vibrant. Enfin, le festival se clôturera le lundi 16 novembre, au Café de la Danse, à Paris, par une création-évènement doublée d’un spectacle total via un concert dessiné de Joann Sfar. Sur scène, l’auteur de bande dessinée, réalisateur et concepteur de la nouvelle affiche de Jazz’n’Klezmer répondra en direct aux questions de Laurence Haziza, la directrice et programmatrice dudit festival, avant d’associer son trait de crayon malicieux aux envolées du groupe Les Luftmenschen. Avis aux mélomanes, aux amateurs du neuvième art.
Programme complet. Outre ces rendez-vous, différents coffrets ou albums couvrent le registre klezmer, des racines à la canopée. Figure tutélaire, Naftule Brandwein contribua à définir le son de la clarinette klezmer et reste l’un des musiciens les plus influents du genre comme l’indique « King Of The Klezmer Clarinet », un recueil fait de 78 tours. Parue chez Frémeaux & Associés, l’anthologie trois CD « Klezmer American Recordings 1909-1952 » constitue une porte d'entrée idéale pour découvrir les enregistrements dits américains. Complet, ce box permet surtout de bien percevoir les danses et inflexions induites. Le courant moderne n’est pas oublié avec le New-Yorkais David Krakauer et Klezmer Madness ! un projet qui accueille le musicien et marionnettiste canadien Socalled, soit le trait d’union entre le hip-hop et les musiques nomades. Session captée en 2005, « Bubbemeises : Lies My Gramma Told Me », dévoile une musique en perpétuel mouvement. Enfin « The Hour Of Two Lights », un enregistrement initié en 2003 par le regretté Terry Hall des Specials et le musicien indien Mushtaq résume bien la diversité présente. Concentré multiculturel, cet opus marqué par les mélodies penjabies ou tziganes est littéralement transcendé par le registre klezmer…
Par Vincent Caffiaux / Photo The Klezmatics par Adrian Buckmaster