2025-03-07
XAVIER LEMETTRE / BANLIEUES BLEUES 2025
Apparu dans la première partie des années 80, le festival Banlieues Bleues délivre une affiche à la pointe des nouvelles hybridations musicales. Organisé du vendredi 14 mars au vendredi 11 avril 2025, cet évènement artistique unique en son genre programme, cette année, des talents aussi différents que Mike Ladd, Lex Amor ou le collectif caribéen ExpéKa (vidéo ci-dessous). Particularité géographique, cette manifestation rayonne sur onze municipalités de la Seine-Saint-Denis comme l’explique Xavier Lemettre, le patron dudit festival…
L’intitulé Banlieues Bleues renvoie au jazz…
Le choix de la couleur rappelle effectivement la note bleue propre au jazz. Ce symbole incarnait alors l’ADN des premières dates. Amusément, l’intitulé fait également référence aux anciennes communes rouges de la couronne parisienne. Et pour prolonger cette variation sur les couleurs, je dirais que nous agissons désormais pour éviter que les banlieues ne sombrent dans la grisaille. Cela peut sembler une formulation toute faite mais je pense que cela résume bien notre volonté.
La politique d’action n’est-elle pas un pied de nez au centralisme parisien ?
La vie artistique ne doit pas être réservée à la capitale. Nous proposons donc un parcours de quelques trente-six dates disséminées sur la Seine-Saint-Denis, un territoire parfois incompris ou mal perçu. Pourtant, la banlieue est un univers dense, jeune et créatif. À ce titre, nous intégrons des dominantes comme les musiques africaines ou le rap, mais pas que… En fait, notre esthétique musicale couvre un champ large et possède une plus-value artistique. Nous diffusons ainsi pas mal de plateaux inédits en France. Cette volonté de décentralisation est forte.
Votre démarche incorpore également une partie éducative. Cette fibre n’est-elle pas indissociable de toute affiche qui se respecte ?
Certainement, même si pour la formulation on préfère l’expression d’action musicale. Ces sessions touchent de larges publics, scolaires et associatifs (on compte des dizaines de points de chute - ndr). Les artistes conviés interviennent auprès de l’assistance et couvrent de nombreuses sphères culturelles, du Maghreb, d’Afrique subsaharienne ou des mondes ultra-marins. Ca concerne notamment la pratique musicale, une soif de rencontres évidente. Et puis ce sont des expériences de vie. Pour l’histoire, nous accueillons aujourd’hui des jeunes dont les parents se sont connus à Banlieues Bleues…
Vos trois coups de cœur et pourquoi ?
J’ai un faible pour la soirée de clôture. Elle sera organisée le vendredi 11 avril à L’Embarcadère d’Aubervilliers. Trois formations retiennent mon attention. Le premier groupe provient du Congo RDC. Il se nomme Article 15 et télescope les sons de Kinshasa via des compositions afro-électro. Le duo de rap dark industriel Angry Blackmen suivra. Il vient de Chicago et offre une production quasi-dystopique. Enfin, et histoire de réchauffer les esprits et le moral (rires), cette soirée se terminera par Def Mama Def, un tandem féminin sénégalais qui mixe l’électro et le mbalax. Hormis cette date finale, je vous conseille Lex Amor, une chanteuse et poétesse londonienne très créative. Elle passera à La Dynamo de Pantin, le vendredi 28 mars. Et Black Flower, une formation jazz belge sous influence éthiopienne. Ils seront aussi sur la scène de La Dynamo mais le jeudi 10 avril.
Certaines figures comme Sofiane Saidi ou Casey reviennent cette année…
Exact, ce sont d’anciens résidents du festival Banlieues Bleues. Ils reviennent avec des spectacles aboutis. Pour la rappeuse Casey c’est au sein du groupe caribéen ExpéKa (vidéo ci-dessus). Elle sera notamment entourée par Célia Wa et le batteur Sonny Troupé. Et Sofiane Saidi présentera « Wa7di », un set solo durant lequel le chanteur et compositeur algérien dévoilera sa lecture toute personnelle du raï, au delà de ses multiples collaborations musicales.
Ces croisements culturels n’évoquent-ils pas l’esprit originel du jazz, une musique éminemment créole ?
Oui c’est indéniable, le jazz est une musique qui incorpore nombre de métissages, et ce depuis les débuts à La Nouvelle-Orléans. Après, comme pour différents courants dont le tango, cela génère parfois du purisme. Mais ces querelles ont toujours existé (rappelons les joutes homériques après-guerre entre Hughes Panassié et Boris Vian - ndr). Nous avons fait le choix de l’ouverture.
BANLIEUES BLEUES 2025 : LA SELECTION DE STAR WAX
Arat Kilo Marquée par les musiques d’Afrique de l’Est et plus précisément par l’éthio-jazz, la formation hexagonale revient avec « Danama », un nouvel opus ou la tezeta, d’après ce blues abyssin, est portée par le chant impérial de la Malienne Mamani Keita, par la scansion insensée de l’Américain Mike Ladd.
Jowee Omicil Entendu au sein du projet L’Ouverture, aux côtés du beatmaker Sorg et du Mc Napoleon Maddox, Jowee Omicil poursuit son exploration du fabuleux patrimoine culturel haïtien avec « Spiritual Healing : Bwa Kayiman Freedom Suite », une création dédiée à l’acte fondateur de la première république noire.
Jupiter & Okwess Découvert en leur temps par les vidéastes Renaud Barret et Florent de La Thullaye (voir le documentaire « La Danse de Jupiter ») et relayés par Damon Albarn, le chanteur congolais et sa formation n’ont pas leur pareil pour restituer les climats sonores de Kin la belle : effet garanti…
Sélection et propos recueillis par Vincent Caffiaux / Portrait Xavier Lemettre par Noyau