UFO / FLYING | Star Wax Magazine

2014-04-16

UFO / FLYING



Le disque que je tiens en main est un ovni qui a atterri sur Terre en 1971, du côté britannique de la planète rock. Un disque déroutant, qui fit relativement peu d'effet à sa sortie et reste encore largement ignoré. Entre les accents « hard rock » du chanteur Phill Mogg qui rappelle Robert Plant, le chanteur de Led Zeppelin, et les longues plages instrumentales oscillant entre blues rock, hard et psychédélisme, ce disque est sauvage. A l'aube de cette nouvelle décennie, le groupe réussit une synthèse saisissante de tous les meilleurs éléments du rock.

La genèse. De Hocus Pocus à UFO, la transition des 60s aux 70s :
Formé en 1969 par Mick Bolton (guitare), Pete Way (basse), Andy Parker (batterie) et Phill Mogg (chant) sous le nom de Hocus Pocus, le groupe change finalement de nom pour UFO, en référence à un club de Londres devenu mythique. C'est lors d'un concert dans cette salle qu'ils sont repérés par le producteur Noël Moore qui les signe sur son label Beacon Records. Après la décennie anglaise des sixties nettement emmenée par la vague blues et pop (les Rolling Stones, Fleetwood Mac, les Beatles...), les seventies sonnent la naissance d'un nouveau genre musical à part entière, le hard rock. Au même moment, Led Zeppelin, Slade, Deep Purple, Black Sabbath et d'autres sortent leurs premiers disques. Le groupe UFO est au centre de cette nouvelle scène. Il sort un premier album en 1970, sobrement appelé « UFO I » qui s'inscrit dans la vague heavy initiée par Led Zeppelin en 1969. Cet album est principalement composé de chansons énergiques et courtes, rien d'extraordinaire. Surtout rien qui nous prépare au chef d’oeuvre qu'est « Flying ».

La révélation « Flying », un trio gagnant :
La mention space rock présente sur la pochette originale illustre parfaitement l'ambiance générale de l'album. « Flying » est un récit lunaire dans lequel la voix percutante de Phil Mogg est très peu présente. La guitare éthérée de Bolton prend le relais : omniprésente, étonnante, brusque, elle donne le tournis. Parfois claire et limpide, elle se distord, s'adoucit puis disparaît dans un effet panoramique gauche-droite déroutant, le guitariste ne cessant d'alterner entre riffs et solos cosmiques.

Pete Way soutient magnifiquement ce jeu complexe de Bolton, alternant notes tenues et phrasés complexes. Le mixage du son suit les nuances des compositions et rivalise d'audace avec les musiciens. La construction des morceaux fait penser au jazz de Mingus et de Dolphy, qui déstructurent le thème de la musique, jouent avec, le malmènent en le variant à l'infini pour finalement, au moment où on s'y attend le moins, le ressortir dans toute sa pureté originelle.

Les prises instrumentales sont enregistrées en live (excepté quelques overdubs de guitare) et ça s'entend, surtout : ça se sent. Les trois musiciens sont d'une justesse et d'une finesse redoutable. Tout au long du disque, l'alchimie est parfaite et leurs jeux se mêlent dans une spirale vertigineuse. Tous redoublent d'inspiration, faisant évoluer constamment leurs parties respectives pour mieux servir leur musique. L’énergie dégagée par le trio est spectaculaire, toute en nuance ; ils réussissent à faire vivre de longues plages instrumentales sans jamais se répéter. Le résultat est saisissant : ce disque s'écoute comme on lit un livre, du début à la fin. C'est ce que l'on appelle une pépite : rien n'est à jeter, et c'est rare !
Après le relatif échec commercial de l'album (il atteint notamment la 26ème place des charts en Allemagne et au Japon), le guitariste Mick Bolton quittera le groupe en 1972. Sa carrière musicale demeure très floue : on le retrouvera sur certaines chansons de Linda McCartney, compilées dans l'album « Wide Prairie ». Après son départ, le groupe abandonne toute teinte psychédélique et deviendra l'un des premiers grands groupes de hard rock. (Simon Ruber)