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STAR WAX PODCAST 72

2022-06-02

TRENTA3GIRI INTERVIEW & EXCLUSIVE MIX

Après avoir créé une première boutique online, c’est en 2017 que Vincenzo de Robertis décide d’ouvrir son shop à Salerne, au sud de l’Italie. Chez trenta3giri, la musique s’écoute principalement sur platines. Le disquaire propose une sélection techno et house qui attire de plus en plus d’amateurs venus de toute l’Italie et également des quatre coins du monde. Entrevue avec le propriétaire des lieux qui a choisi de réaliser son rêve et de transmettre sa passion pour la culture du vinyle coûte que coûte. Il nous fait également l’honneur d’enregistrer un mix exclu Star Wax en y intégrant une sélection deep house de ses vinyles favoris.

D’où vient ta passion pour le vinyle ?
Ma passion pour la musique remonte à mon enfance, lorsque j’écoutais les vinyles de mes grandes sœurs : The Cure, Duran Duran, R.E.M, etc. C’était dans les années 90. Par chance, l’un de mes voisins de longue date faisait partie des Djs les plus respectés de ma ville, Ivo Toscano. Il m’a transmis sa passion pour les vinyles, le djing, le clubbing et la musique house. Je traînais régulièrement dans des clubs et j’écoutais beaucoup de Djs. Mes goûts musicaux sont alors devenus plus sophistiqués et j’étais captivé par la deep house et la dub techno. J’ai commencé à mixer vinyle quand j’avais 16 ans, dans certaines soirées de mon lycée, puis j’ai continué à jouer dans des soirées qui, à l’époque, étaient dédiées à la house et à la techno. Et, finalement j’ai partagé l’affiche avec un grand nombre de Djs locaux et quelques guests lors d’événements qui devenaient chaque jour de plus en plus importants. C’est ainsi que ma passion pour le vinyle est née.

Comment as-tu commencé ?
J’ai longtemps travaillé comme vendeur chez Apple, et un jour j’ai décidé d’investir mes économies pour réaliser mon rêve en ouvrant un shop. Considérant l’importance du e-commerce à l’époque, j’ai commencé par lancer une boutique en ligne tout en gardant l’idée de convertir ce commerce numérique en un commerce analogique. C’est en avril 2017 que trenta3giri.com est né. J’ai travaillé très dur pour créer une communauté d’amateurs de vinyles de musique électronique, même s’il s’agissait d’une communauté en ligne. Facebook et Instagram ont été deux outils extrêmement utiles. Ces deux plateformes sont régulièrement mises à jour et sont adaptées pour les affaires et les achats en ligne. Le réseau social a joué un rôle important et j’ai pu toucher un public plus large au point d’expédier mes vinyles à travers le monde.

Qu’est ce qui a été décisif ?
Durant l’été 2016, je travaillais sur le développement de mon site. Je suis allé à Turin visiter mon meilleur ami, afin de trouver un magasin local. Là, j’ai trouvé Gravity Store et j’ai rencontré le propriétaire, Armando Cervetti. Il m’a tout de suite mis à l’aise dans sa boutique. Nous avons parlé toute la journée de mon projet et j’ai décidé de rester plus longtemps à Turin. J’ai passé les jours suivants avec lui dans son magasin.

Que représente le vinyle pour toi ? Et quels sont tes labels préférés ?
Chaque vinyle a son parcours et sa raison d’être ! Il y a beaucoup de souvenirs liés à chaque vinyle, depuis le moment où il a été acheté jusqu’à la dernière fois où il a été écouté. Chaque vinyle est pour moi un moyen de voyager dans leurs histoires. Ce sont des amis et les bandes sonores de la vie. Je suis plusieurs labels mais je peux dire sans aucun doute que parmi mes préférées je dois citer avant tout l’allemand Sushitech Records, les mémorables Plastic City et Freerange Records et l’authentique Bondage Music ainsi que Joule Imprint (sous label de Yoyaku, ndlr).

Que signifie trenta3giri ?
Trenta3giri est un jeu de mot. Trenta signifie 30, Tre signifie 3 et Giri signifie RPM. Trenta3giri est en fait 33RPM qui est la vitesse de rotation classique des vinyles.

Que proposes-tu chez trenta3giri ?
Ma clientèle se compose majoritairement de Djs et de collectionneurs de vinyles fascinés par la culture club et la musique électronique. Il n’y a pas d’âge pour commencer à écouter cette musique. Ma plus jeune cliente a 17 ans et elle fréquente toujours le lycée. L’aîné est un marchand de chaussures basé à Naples. Il a une soixantaine d’années et aime la house et en particulier la Old House Music qu’il écoutait et sur laquelle il dansait plus jeune dans les clubs. Tu sais, en Italie, il n’y a pas beaucoup de disquaires qui proposent une large gamme de musique dite « underground ». Je fais de mon mieux pour satisfaire mes clients avec une sélection approfondie qui s’appuie sur une musique de qualité. Il est possible de venir au magasin et d’écouter de la musique, d’en parler et pourquoi pas de boire une bière. L’achat n’est que la dernière étape. J’essaie de vendre de la musique mais, au final de transmettre des émotions. Pour moi, les magasins de musique ont un énorme impact social. L’objectif est de créer une communauté qui aime profondément la musique et les vinyles. C’est un lieu de rencontres et de partage. Les gens peuvent échanger sur leurs impressions et leurs expériences. C’est un lieu collectif unique qui diffuse l’actualité culturelle.

Ton projet de live sessions reprend ?
Compte tenu des opportunités qu’offre le marketing digital, j’ai lancé une chaîne audio et vidéo proposant des Dj sets afin de mieux sponsoriser mon magasin et essayer de le rendre plus réel. J’ai commencé, il y a plusieurs années, en publiant des podcasts mensuels enregistrés par différents artistes et managers de labels. Ensuite, j’ai planifié des sessions live en magasin, mais avec la Covid 19, j’ai dû reporter ces petits événements. Cette année, j’ai enfin eu ma première session avec Alice Caroline, une amie ukrainienne qui vient d’Odessa. L’objectif de ces deux projets est de donner un espace personnel à des artistes reconnus mais aussi à des talents émergents. 

In Store Session - Alice Caroline

Comment perçois-tu l’avenir des shops ? Qu’est ce qui te booste ?
Nous sommes sans aucun doute confrontés à une période étrange, caractérisée par de grands changements mais aussi par de nombreux retours. Avec le monde numérique, le marché musical est saturé, non seulement de manière qualitative mais aussi quantitative. Depuis de nombreuses années, la boutique a dû faire face à une baisse des ventes. La Covid 19 a d’ailleurs aggravé cette situation avec l’annulation des événements en direct. Les choses peuvent changer. Heureusement, les nouvelles générations s’intéressent à nouveau au vinyle. Je suis parfaitement conscient que je ne deviendrai jamais riche et que je ne pourrai pas m’offrir la voiture de sport dont j’ai toujours rêvé (rires). Mais chaque matin, je me lève avec le sourire en pensant que je fais le travail de mes rêves ! C’est génial ! Tous les compliments et les retours positifs des clients de l’étranger, voir une personne repartir du magasin avec ses nouveaux disques sous le bras, c’est du pur bonheur.

Te souviens-tu du premier vinyle que tu as acheté ?
Oui, un vinyle que j’ai souvent écouté lors des soirées où mon ami Ivo jouait quand j’étais jeune. C’est un remix de François K de « Forever More », un titre de Moloko. Il est toujours avec moi, dans mon bag. Il s’adapte à toutes les situations. D’ailleurs, je l’ai mis dans mon mix exclusif pour Star Wax.

Qu’organises-tu pour les cinq ans de trenta3giri ?
J’organiserai probablement une petite fête dans le magasin fin avril, autour de la journée du Record Store Day, et l’enregistrement d’une deuxième session en magasin avec un autre invité étranger.

Par Sabrina Bouzidi

PLAYLIST
01_ B1 Unknown « Archivia tapes 3″ [ITSOULGOOD] ITSG002
02_ B2 Ki.Mi. « Mountain River » [Kashatskikh] KR003
03_ A1 Noah Skelton « Altitude » [Amour Records] AMOUR001
04_ B1 Harrison BDP « Frost On The Window » [Standalone Records] STV002
05_ A1 Voliere « L’Os » [Monsieur H] MRH1
06_ B2 The Willers Brothers « Shade Of Light » Pavel Iudin Remix [Quality Vibe Records] QV014
07_ B1 Janeret « Astral » [AKU] AKU006
08_ B1 Anthony Georges Patrice « Parallel Romance » SB Re-Arrange [Lossless] LL1201
09_ A Moloko « Forever More » FKEK Vocal Mix [Echo] ECSY13

 

 

 

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Comment as-tu rencontré Amine du label Shouka ?
Je connaissais le label depuis quelques années car ils m’avaient déjà invité dans leurs soirées parisiennes et moi dans les festivals que j’organisais en Tunisie… Fin 2019, Amine m’a contacté car il voulait redémarrer le projet Musicale « Arabstazy ». Après quelques répétitions, le feeling est bien passé et on a monté le live avec Nuri, Metani et moi-même… Il y a eu deux dates, une à Paris et une à Lyon. Puis la COVID… Quelques mois plus tard je me suis installé à Lyon et Amine m’a proposé de faire partie du label en tant que chargé de développement… donc je fais partie de la grande famille Shouka depuis peu de temps.

Quels sont tes projets actuels ?
Ces deux dernières années, j’ai travaillé sur « Frigya » (Ndlr : « Frigya » signifie « Afrique » en dialecte tunisien), un projet développé avec Imed Alibi, un percussionniste tunisien. L’album est ready et va bientôt sortir sur le Label Shouka ! J’ai d’ailleurs mis deux titres en exclu pour Star Wax ! Sinon, je développe le label avec Amine. Il y a beaucoup de beaux projets, j’espère pour la reprise… Cette année a été difficile. De temps en temps, je sors des morceaux, des live sessions de mon projet solo qui n’est pas très actif ces dernières années car je me suis concentré sur la production d’album et les tournées avec certains projets comme N3rdistan, Dhamma ou Frigya…

TRACKLIST SWMIX 67
01 _ Karl Hector & The Malcouns « Samai »
02 _ Imed Alibi Feat. Khalil Epi « Frigya »
03 _ Shouka « Analog Bedoui » (unreleased)
04 _ Deena Abdelwahed « Arroubi » (Mettani rework) (Shouka)
05 _ Overmono « iii’s Front »
06 _ Praed « Pyramids In The Sky » (Shouka)
07 _ AMMAR 808 Feat. Susha « Marivere Gati »
08 _ Imed Alibi Feat. Khalil Epi « Frigya »
09 _ Shouka « Houita » (unreleased)
10 _ Omar Aloulou « Marion »
11 _ Froid Dub « Iguana Style »
12 _ King Ghazi « Shamaleh » (Gilb’r Main Mix) 13 _ Mettani « Animislam »
14 _ Khalil Epi « No Answer » (Shouka unreleased)


Par Sabrina Bouzidi