TAIGA / FOCUS D’ UN TRIP EN FRANCE | Star Wax Magazine

2024-10-06

TAIGA / FOCUS D'UN TRIP EN FRANCE

Retour sur le premier trip en France de Taïga, un duo de musique électronique originaire de Mongolie Intérieure et de la Région autonome Ouïgoure du Xinjiang. Formé par Xi Leilei et Husile, en 2017, Taïga se produit régulièrement en Live dans de nombreux Festivals à travers le monde.  Leur son fusionne les sonorités ethniques traditionnelles et une approche contemporaine pour créer leur propre musique psychédélique nomade avec des influences dub, broken beats, ambient et trance. En juillet, les deux multi-instrumentistes avaient répondu à nos questions - interview ici. Cette fois ils nous partagent leur périple de trois mois dans l’hexagone, une expérience enrichissante et bénéfique au processus artistique de leur prochain album enregistré au Pilah Dub studio. 

 

Comment s’est passée votre rencontre avec Pilah, un des pionniers de French dub ?

Il y a neuf mois, grâce à notre ami Fabasstone, nous avons fait la connaissance de notre producteur actuel, Pilah. Nous avons écouté sa musique ainsi que celle qu’il a produite pour d’autres artistes, puis avons commencé à échanger par e-mail. Les échanges étaient peu nombreux et laconiques, ce qui nous laissait penser qu'il était quelqu'un de sérieux et rigide. Avant de le rencontrer, nous avions quelques appréhensions quant à la communication. Après sieze jours de travail ensemble, tout a été bouleversé.

 

Comment est le Pilah Dub Studio ?

Situé à une heure de Lyon, dans une maison isolée de plus de 200 ans avec une vue magnifique sur le coucher de soleil en été. Elle avait été achetée depuis moins de six mois et notre duo est devenu l'un des premiers groupes à l'utiliser.

 

Ce fut une tournée bien remplie !  Quelles sont vos impressions des festivals et soirées ?

En tout, nous avons participé à douze concerts, petits et grands. Le Hadra Trance Festival est la plus grande célébration de la culture trance psychédélique en France et il est aujourd'hui une référence en Europe et dans le monde. Le VandB Festival est un événement similaire au festival Strawberry Music Festival en Chine. On y a joué sur une petite scène, au même moment que le groupe français Phoenix qui jouait sur la scène principale. Nous étions inquiets de ne pas avoir de public, mais finalement, beaucoup de festivaliers sont venus nous écouter. C'était aussi la première fois qu'un immense arc-en-ciel apparaissait au-dessus de la scène pendant notre performance. Le Isis Garden Festival est dans un camping au bord d’une rivière, avec quatre zones de spectacle dont une scène principale DIY en plein air, une scène sound system, un dôme géodésique où sont jouées des musiques psy-chill, downtempo et des œuvres d'artistes visuels à la nuit tombée, et une zone de performance au bord de la rivière.  Le Senoï Festival est le premier festival organisé par Senoi Gathering, avec une scène DIY, un long bar, quelques installations amusantes. Le Kizouk Festival se trouve dans le sud de la France comme dans le sud-ouest de la Chine, il y a de nombreux paysages karstiques. Kizouk est un mini-festival de musique, situé dans une clairière au pied d’une falaise, à côté d’une forêt. C’était la troisième édition cette année. Le festival se déroule sur deux jours et comprend cinq zones dont une scène pour les concerts, une zone sound system pour danser, un bar circulaire, un espace camping, et une zone de restauration. En arrivant sur place en plein jour, la scène nous semblait simple, sans toit ni beaucoup de décorations, justes deux morceaux de tissu rouge. Mais quand la nuit est tombée et que le concert a commencé, l’atmosphère est devenue totalement magique. On a aussi participé à des évènements de petit format comme un after party d’un festival de musique électronique à Toulouse, dans un bar local appelé DAda, connu pour son ambiance musicale envoûtante. On a joué à la Tangente, un bar situé à l’entrée d’une église. Nous avons joué pour la première fois entourés de cuves dans une fabrique de bières. Les habitants du coin sont tous venus. Il y a eu aussi une soirée privée dans une communauté hippie, en collaboration avec le Dj de basse Atin qui a aussi joué au Hadra Trance Festival. C’était la première fois que nous jouions dans un événement privé, accessible uniquement sur recommandation d’un ami. On a aussi joué à la Station Mue, une gare abandonnée à Lyon transformée en un espace créatif et dynamique. Nous avons répété et joué dans un petit théâtre d'une compagnie créée depuis 40 ans avec Zomban Sam Galacticlair, membre du groupe Cosmyte ; et organisé un échange de culture musicale mongole avec des mélomanes locaux dans ce petit théâtre Et à la première édition à Paris de Love Death and Bass, une soirée organisée par "Morning" (une équipe de Chengdu), à la Marbrerie.

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Que retenez-vous de cette expérience en France ?

Husile : Notre séjour en France s’est achevé après trois mois de tournée. Nous avons fait des concerts superbes et terminé notre nouvel album. Nous avons également passé une semaine à improviser avec Stefan, puis fait un concert de restitution. Nous avons voyagé en van, avec Dewey, musicien de dub, comme chauffeur, et notre manager Zhang Xin s'occupant de toute la logistique, tout en étant copilote et cuisinier ! Grâce à eux, nous avons pu nous concentrer pleinement sur nos performances. Durant ce voyage, j'ai appris à mieux contrôler mes émotions. J’ai aussi appris à mieux communiquer avec les autres en dehors de la musique, car je suis plutôt introverti. Ce qui me préoccupait le plus était la crainte de frictions après avoir passé autant de temps ensemble, mais cela ne s’est pas produit. Au contraire, nous avons tissé des liens encore plus forts. Musicalement, Taiga a trouvé une nouvelle direction, qui se reflétera dans notre prochain Ep ou album.

Xi Leilei : Trois mois, tout s’est passé vite ! Nous avons assisté à tant de concerts différents, participé à diverses soirées et festivals de musique, et enregistré pour la première fois dans un « skatepark » (photo ci-dessus).  Nous y avons enregistré des voix, du morinouqin, guitare et chœur. Même avec mon anglais approximatif, j’ai réussi à me faire de nouveaux amis. Ces expériences ont été très enrichissantes pour moi. Le nouvel album a été produit au Pilah Dub Studio (Kaly Live Dub), où Pilah nous a partagé quelques-unes de ses techniques et ses expériences. Husile et moi avons également développé de nouvelles idées.

 

Comment avez-vous trouvé le public ?

Les festivals auxquels nous avons participé étaient vraiment amusants. Les festivaliers étaient plus concentrés sur le plaisir de la musique que sur la prise de vidéos avec leurs téléphones. Certains festivals n’avaient même pas de réseau.

 

Qu’est-ce qui vous a manqué ?

Après un mois en France, mon téléphone a commencé à me suggérer des vidéos de cuisine et j'ai commencé à avoir envie de fondue, de brochettes, de riz pilaf et de viande grillée… Heureusement, durant les derniers jours à Paris, nous avons mangé des plats du Sichuan.

 

Et l’équipe qui vous a accompagné durant cette tournée ?

La maison de Jean-Seb nous a également marqués. Elle est remplie de disques vinyles, de livres, de vieux meubles et il nous a fait découvrir tellement de musique géniale. Ces trois mois sont passés trop vite, avec tellement de bons moments et de souvenirs. Ce fut difficile de partir, mais on se dit à la prochaine mes amis français ! Un grand merci à nos amis Fab, Coline, Max, Stefan, Alice, Duwei (Duwei Sound, un artiste en provenance de NanJing vivant actuellement à Paris - ndlr), Jean-Seb, pour leur aide lors de ce voyage. Sans eux, cette expérience inoubliable n’aurait pas été possible.

 

Interview par Sabrina Bouzidi / Photos (D.R.)