SUPA MANA / Interview | Star Wax Magazine

2023-09-26

SUPA MANA Interview

As-tu grandi dans un environnement musical ? 

De mon enfance à mon adolescence j’ai vécu entre Paris et le Sénégal où j’ai de la famille. J’ai découvert les rythmiques africaines et le reggae là-bas, c’est de là que viennent toutes mes influences. Puis j’ai grandie à Paris dans l’environnement musical des sound systems reggae et c’est là que j’ai commencé à collectionner des vinyles et à m’intéresser à ça.

 

Es-tu arrivé au beatmaking grâce au Djing ? 

Je suis arrivée au beatmaking grâce au Djing. En fait, à force de côtoyer différentes personnalités dans la musique, j’avais beaucoup d’ami-e-s Dj qui produisaient et j’ai commencé à m’y intéresser. J’ai commencé à produire en 2017 avec mon ami qui s’appelle Olo de Ondubground. Quand j’ai voulu produire “Double Trouble”, mon premier album, je voulais avoir des sons qui soient à mon image et je voulais évoluer dans la musique, tout simplement.

 

Quelle est la place du vinyle chez toi, et es-tu toujours une collectionneuse compulsive ? 

A 18 ans, en 2006, j’ai récupéré les vinyles de mon grand-père qui écoutait beaucoup de cumbia, de blues, de jazz et de reggae. Ensuite j’ai acheté mes propres vinyles pour compléter la collection de mon grand-père. Aujourd’hui je collectionne encore, moins qu’avant parce que je suis passée sur vinyle time codé à force de faire de nombreuses dates. Mais j’en collectionne toujours, j’en écoute à la maison et j’adore toujours ça.

 

Qui sont les Dj et producteurs qui t’inspirent ?

Quand j’étais plus jeune le Dj qui m’a le plus influencé c’était David Rodigan, de par sa culture musicale et historique qu’il a dans le reggae. En producteur j’ai été très influencée par Dj Vadim. Et aujourd’hui je trouve que les meilleurs producteurs de la scène dub sont Ondubground avec qui j’ai la chance de collaborer.
 
Comment ta passion et pratique du Djing ont influencé ta créativité de beatmakeuse ?

Ma pratique du Djing m’a influencée pour le beatmaking parce que j’ai connu de nombreux styles musicaux. Je me suis intéressée à énormément de cultures, notamment le hip-hop et le reggae. Je pense que ça se ressent beaucoup dans mes productions actuelles qui sont assez hybrides, entre le reggae, le dub, le hip-hop et même un peu d’influence trap.

 

Pourquoi “Dub Siren”, tu es même tatouée, voues-tu une passion pour le folklore médiéval nord-européen ou es-tu une mangeuse d’homme ? 

Dub Siren c’est un élément incontournable du sound system reggae, c’est un synthétiseur qui a été popularisé notamment grâce à Jah Shaka. Voilà, j’ai joué sur le jeu de mot “Dub Siren”. Et parce que j’ai aussi toujours été inspirée par les océans, notamment les légendes de marins de par mon papa qui était pêcheur. C’est un joli jeu de mot pour associer ma passion des sound systems et de l’océan.

 

"L'art n'a pas de limite à mes yeux,

 donc je n'ai pas de limite."

 

Peux-tu nous parler du rôle de OLO dans la production ?

Olo, il m’aide pour les compositions des morceaux mais surtout il fait tous les mix et les masters pour que toute l’identité musicale soit la même. Il embellit tout simplement tout ce que je fais grâce à sa magie.

 

Ta façon de produire et ton matos ont-ils évolué depuis “Double Trouble” ? 

Pas vraiment. J’utilise toujours le logiciel Reaper pour faire mes productions. Ensuite je vais toujours dans le studio d’Olo pour améliorer ces compositions, nous utilisons Fruity Loop. Ça n’a pas évolué mais musicalement vous pouvez entendre que les sonorités ont évolué, aussi par rapport au fait que l’album s’appelle “Dub Siren” il y a pas mal de sonorités assez océaniques, assez worldwide, avec beaucoup de flûte. Ce qui différencie “Double Trouble” qui était un peu plus brut.

 

L’image du reggae, et surtout du dub, connaît un nouveau souffle, notamment visuellement. Certaines de tes photos ont une touche disco. Est-ce volontaire et pourquoi avoir choisi Dizziness pour mettre en images ton univers ?

J’ai toujours aimé les 80’s parce que quand j’ai commencé à collectionner les vinyles j’écoutais beaucoup de reggae digital, du rub-a-dub, etc. J’ai toujours aimé le flow qu’avaient ces chanteurs là, toujours super bien habillés avec des costumes à paillettes. Voilà j’ai toujours adoré cet univers, alors j’essaye de le retranscrire avec mon image actuelle. Je ne suis pas quelqu’un de très classique, je pense que ça se voit dans mon univers visuel. J’ai aussi toujours adoré les animations, les dessins animés, le dessin. C’est pour cela que j’ai toujours allié mon univers un peu féerique avec le dessin, les couleurs. Depuis le début je travaille avec Dizzi qui est un ami et un graphiste extrêmement talentueux. Nous parlons un peu le même langage alors c’est facile de discuter ensemble et de trouver des idées sachant que nous avons les mêmes goûts. Voilà pourquoi je travaille avec lui parce que c’est simplement une évidence pour moi.

 

Tu sembles attachée aux Landes, à Seignosse où tu as réalisé ta soirée de lancement. Peux-tu nous en parler et prévois-tu un show spécial le 12 octobre au Badaboom, à Paris ?

Oui je suis très attachée aux Landes, c’est ma région préférée en France. En fait pendant dix ans j’ai passé tous les étés là-bas pour mixer, parce qu’il y a une vraie belle énergie, une vraie vibe, les gens écoutent beaucoup de reggae, la musique va bien avec le décor quoi, c’est l’océan, le surf, les gens cool, le skate, la ride et ça correspond tout à fait à mon état d’esprit. Musicalement et pour le travail ça marche très bien pour moi là-bas donc j’ai décidé de m’y installer définitivement je m’y sens très bien. Pour ma date au Badaboum je vais faire un show un peu plus évolué puisque j’aurai la chance d’avoir quasiment tout les Mcs, en tout cas tous ceux qui vivent en France. J’ai prévu un show avec du mapping vidéo. Et nous allons ré-adapter certains riddims, nous allons faire toutes les chansons de l’album en plus de leurs chansons, comme on fait en sound system. Ça va être un show haut en couleur qui va être hyper dynamique grâce aux Mcs qui seront avec moi. Dizziness va nous accompagner pour rappeler toute l’histoire visuelle de l’album derrière ce show. 

📺 Supa Mana & Youthstar - Everybody [Official Video]

“No More” avec Pauline Diamond dénote, c’est une sorte de trap soul et le seul titre sans skank ?

En fait c’est le premier titre que j’ai créé pour cet album, il existe depuis super longtemps. Pour la petite histoire, Pauline Diamond et moi, on était sur la tournée de Biga Ranx car à côté je suis aussi lighteuse et j’ai fait les lights pour Biga pendant quelques années. Et Pauline était sa backeuse. Cette chanson s’est faite dans le camion, derrière le tour bus. Je vivais des moments pas très faciles émotionnellement à ce moment-là et elle aussi, elle m’a dit : “écoute cette chanson je l’avais écrite il y a longtemps et ça colle bien avec ton histoire du moment, ça serait cool qu’on la reprenne”. Du coup nous avons réécrit ça, de manière très ludique, et voilà ! Cette chanson est pure, vraiment authentique, et elle a un sujet très beau qui ne méritais pas d’avoir un riddim trop puissant derrière parce que je voulais vraiment que ce soit la voix incroyable de Pauline qui soit mise en avant.

 

Les titres avec Jahmmi sont mes favoris, d’ailleurs c’est le seul lyricist qui revient deux fois et qui n’est pas un proche de Baco Music. Comment la rencontre est née...

Alors je suis très contente que les titres de Jahmmi vous plaisent car c’est aussi un peu mes préférés. C’est un artiste bulgare que j’ai rencontré à Goa, en Inde, parce que nous avons joué dans le même festival. De là s’est liée une vraie amitié. En fait, nous avons tout de suite vu que nous avions les mêmes goûts musicaux et de suite nous avons commencé à faire des titres ensemble. Je l’ai mis en avant sur l’album parce que j’aimerais bien pouvoir le faire venir en France et faire une tournée à mes côtés en 2024, je pense qu’il mérite et qu’il a énormément de talent. Ça fait du bien d’avoir un chanteur que l’on ne voit pas sur les scènes en France, un peu de nouveauté. Tous les chanteurs de l’album, quasiment, sont mes amis que j’ai rencontrés au cours de mes voyages ou de soirées.

 

Avec cet album et en général, souhaites-tu faire passer un message ?

Je ne fais pas spécialement passer un message, c’est plus un récit. C’est un album vraiment très personnel, grâce au mapping vidéo j’ai conçu toute une histoire qui retrace les tumultes amoureux et familiaux de ma vie. Si je devais passer un message ça serait de faire attention à son petit cœur, à quel point des histoires d’amour et notre passé peuvent nous amener dans des états émotionnels profonds. D’où l’expression la tête sous l’eau et les sirènes. C’est plus une histoire que j’essaye de raconter.

 

T’intéresses-tu à divers genres musicaux, as-tu des limites ?

Je m’intéresse vraiment à la musique de manière générale, j’aime la culture. L’art n’a pas de limite à mes yeux donc je n’ai pas de limite, j’aime tout, je m’intéresse à tous les styles musicaux, bien sûr que j’ai mes préférences. Je peux autant aller à des concerts de rock, d’électro, de reggae. Voilà, du moment que c’est qualitatif j’aime la musique.

 

Ton meilleur souvenir en tant que Dj ? 

Mon meilleur souvenir en tant que Dj, c’est récemment au Eurockéennes de Belfort où Biga Ranx m’a invité pour sa carte blanche qui a durée 1h30. Nous avons eu trente minutes pour un plateau qui s’appelait Women Hifi, j’étais aux platines donc. Et il y avait cinq chanteuses de la scène actuelle reggae : Marina P, Belén Natali, Sara Lugo, Pauline Diamond et Hollie Cook. C’était un mix incroyable avec les plus belles voix du moment dans le reggae, nous avons fait un sound system uniquement féminin et franchement la vibe était incroyable, la scène était trop belle. Puis Les Eurockéennes de Belfort c’est vraiment une identité dans le monde du festival. C’était vraiment incroyable, extrêmement magique.

 

Et ton pire souvenir ?

Je n’ai pas vraiment de pire moment qui m’ait vraiment marqué, quelque chose de vraiment horrible, je ne crois pas que ça me soit déjà arrivé. Peut-être les pires moments en tant que Dj ce sont les annulations, par exemple, des dates que j’avais très envie de faire. Ou des flops car ça arrive à tout le monde, de ne pas sentir l’énergie face à toi. Je n’ai pas vraiment de souvenir précis d’un pire moment, j’aime toujours quoi qu’il arrive chaque moment que j’ai passé dans la musique, très honnêtement.

 

Sinon en 2019 tu étais au Philippines, la scène Dj est peu connue et pourtant il y a une effervescence. Peux-tu nous en parler ?

Oui je suis allée aux Philippines, j’ai joué à Manille dans un hangar underground. Un squat en fait. Avec la dictature qui régnait là-bas c’est compliqué pour eux pour s’exprimer musicalement, les conditions sont graves et surtout le gouvernement fait suite à un dictateur qui n’aime pas vraiment tout ce qui est festif, on va dire. Cependant il existe beaucoup de sound systems là-bas, et de manière générale en Asie. Je suis allé mixer au Cambodge, au Vietnam, en Thaïlande, il y a vraiment beaucoup de gens qui aiment cette musique, c’est très spirituel l’Asie, c’est très peace et ça va bien avec le décor et la chaleur ambiante qui y règne. Je pense que ça va de plus en plus se développer.

 

As-tu d’autres passions que la musique ?

Oui j’ai fait de la lumière pendant longtemps. J’ai travaillé aussi beaucoup dans le théâtre depuis que j’ai 18 ans et dans la régie, le spectacle. Toutes mes passions sont liées à l’art et à la culture. J’ai toujours aimé la musique, la peinture, tout ce qui tourne autour de l’art. J’ai toujours été faite pour être dans le spectacle. J’ai toujours travaillé dedans, j’ai combiné mes passions et mon travail, c’est une vraie chance même si c’est dur de temps en temps.

 

De quoi rêves-tu pour demain ?

Mon rêve actuel est que vraiment l’album marche, que je puisse tourner avec cet album et le mapping vidéo que j’ai créé, que je puisse présenter cette histoire que j’ai mise trois ans à concevoir. Que l’album prenne, que je continue à vivre tous ces moments magiques sur scène avec le public parce que c’est ce qui me nourrit, donne de la force, c’est ce qui m’a toujours fait me lever le matin. Mon rêve actuel c’est que ça continue, tout simplement que je puisse voyager et jouer ma musique.

 

Un sujet, une question que tu aurais aimé afin d’évoquer quelque chose d’autre pour finir, comme la place de la femme dans la musique ou cela ne te préoccupe pas ?

Oui la condition de la femme dans la musique. Je suis contente parce qu’elle évolue, aujourd’hui je ne me plains vraiment pas, je trouve que tout va bien. Nous en parlons de plus en plus de la condition de la femme dans la musique, nous avons de plus en plus d’opportunités, nous sommes de plus en plus acceptées, même convoitées. Tant mieux pourvu que ça dure et je suis très heureuse de mettre battue et de voir que cette évolution arrive enfin.

 

Interview par Dj Coshmar

📺 Supa Mana & Jahmmi - Ganjahman Party [Official Video]