SPACED OUT KREW | Star Wax Magazine

2026-08-17

SPACED OUT KREW

Originaire d'Annecy, Marius Cyrilou alias S.O.K. (Spaced Out Krew) est membre de Cee O Funk et Motorbremsen. Chineur de vinyles depuis son adolescence, puis passionné de synthétiseurs analogiques il est devenu beatmaker-producteur. En paralléle, depuis 2005, il développe la boutique en ligne  www.holywax-records.com, une plateforme de référence spécialisée dans les sonorités rares, étranges et atypiques. Sous influence afro-américaines, du mouvement Disco Not Disco, des musiques psyché et synthwave il distille ses créations sur son propre label : Bazaar Records, et aussi chez PPU, Born To Shine ou Mother I’d Like To Funk… Récemment, il a signé avec Star Creature, un label en vogue basé à Chicago, pour sortir un 7-inch avec Gabriel Ghebrezghi alias Ghostape. Une pépite qu'on adore. Place à une interview aussi rapide qu'approfondie !

 

Bienvenu ! Un verre de... ?

Bonjour ! Un verre de vin blanc sans sulfites, s'il vous plaît, pour éviter la gueule de bois.

 

Dans quel environnement as-tu grandi, et y avait-il des vinyles à la maison ?

Je vivais seul avec ma mère dans un petit village de Haute-Savoie. Un endroit où il y avait plus de vaches que d'humains. Il n'y avait pas de disques vinyles qui traînaient quand j'étais petit parce que ma famille n'était pas vraiment portée sur la musique.

 

Comment as-tu fait tes premiers pas en tant que DJ/sélecta ?

Vers l'âge de dix-sept ans, je suivais un stage de cuisine à Annecy, une jolie petite ville des Alpes françaises, dans le cadre de ma formation. Je sortais beaucoup et, un soir, je me suis retrouvé dans un club local appelé le Pop Plage. Curieusement il y a avait une opération promotionnelle de Virgin Records pour et le nouveau disque « Rollin' & Scratchin' » / « Da Funk » de Daft Punk et je me suis retrouvé avec un exemplaire du maxi vinyle. C'était assez dingue... Par la suite, j'ai acheté une platine puisque j'avais déjà un disque et que la musique électronique m'intriguait. Puis j’ai eu  une seconde platine et une table de mixage. Je me suis mis à acheter des disques chez Interzone, le seul disquaire indépendant spécialisé en musique électronique de la région, et j'ai commencé à mixer.

 

Et quand as-tu commencé à faire des beats ?

Peu après avoir commencé le Djing, mon intérêt pour le digging et cet univers qui s'ouvrait à moi n'a cessé de croître ; j'écoutais beaucoup de house, de techno, de jungle, de trip-hop et de hip-hop. C'était dans les années 90, une époque où la musique foisonnait de choses formidables. Un jour, un collègue nommé Ahmed, lui aussi passionné de musique, m'a emmené au marché aux puces de Genève, et ce fut une révélation. Nous adorions la musique afro-américaine moderne — comme la house/garage de New York, la techno de Détroit ou de Chicago, le hip-hop, mais aussi le UK garage, la drum and bass et le trip-hop. En revanche, nous ne connaissions pas encore la soul, funk ou le jazz d'autrefois ; alors, avec une certaine naïveté, nous cherchions exclusivement des pochettes de disques représentant des artistes noirs... À l'époque, il y avait des tonnes de vinyles aux puces et pratiquement aucun autre chineur, nous avions champ libre. C'était tellement amusant, incroyable et excitant. Nous étions comme des enfants devant une multitude de nouveaux jouets. Je m'en souviens comme si c'était hier : je suis rentré chez moi avec des disques qui m'ont profondément touché, notamment : « Let's Stay Together » d'Al Green, ainsi que « Superfly » de Curtis Mayfield. J'ai aussi été époustouflé en les écoutant Sydney Joe Qualls sur le label Dakar, de la superbe deep soul, et Barry White. Je possède toujours ces disques. Pour moi, c’était comme un baptème et ce moment a été fondateur, ça a façonné toute ma vie. Plus tard, en écoutant des morceaux de Cassius, Daft Punk, Madlib, Jaydee ou RZA — des artistes qui utilisaient le sampling —, nous avons commencé à nous y intéresser et j'ai acheté une MPC 2000 afin de composer des beats house, hip-hop, etc.

 

Comment votre passion pour les synthétiseurs a-t-elle évolué depuis vos débuts ?

Ma passion pour les synthés est née au meme moment que celle pour les disques : je suis tombé par hasard sur un Juno-60 dans un vide-grenier — il coûtait 300 francs à l'époque, soit 50 euros... Je n'y connaissais absolument rien, mais j'ai commencé à manipuler les potentiomètres et je me suis dit : « Waouh ! C'est quoi ce truc incroyable ? » La découverte de ce synthétiseur a eu une influence majeure sur moi ; je suis devenu un véritable mordu, à chiner des disques, composer de la musique et expérimenter avec les synthétiseurs.

 

Joues-tu d'autres instruments de musique ?

Non, je ne joue que des claviers ; je passe aussi beaucoup de temps à bidouiller des synthétiseurs.

 

Quand as-tu lancé Holywax ? S'agissait-il à l'origine d'une boutique physique ? J'ai lancé Holywax avec Léandre, un véritable collectionneur de disques et hardcore digger genevois, quelque part entre 2005 et 2010, je crois. Et il n'y a jamais eu de boutique physique.

 

Comment la boutique a-t-elle évolué ?

À l’époque, nous aimions les disques super obscurs, inconnus et rares, la musique alternative comme la musique de bibliothèque/OST, le psych, les grooves bizarres, la synth-wave, et aussi le jazz spirituel.  Ça prenait tellement de temps à numériser et mettre chaque reference en ligne mais c'était cool. Après quelques belles années, j'ai dû arrêter car je passais trop de temps sur le site. Je vends désormais ce genre de disques lors de conventions, notamment à Den Bosch, aux Pays-Bas. J'ai aussi un espace avec tous mes disques, près d'Annecy, où j'accueille sur rendez-vous et je travaille aussi sur Discogs. Je suis toujours obsédé par les disques obscurs mais ça deviant difficile à chiner car tout a été découvert, ou presque. Maintenant les diggers hardcore fouillent dans les cassettes et les Cd. Cette époque est à peu près révolue mais c'était incroyable. Maintenant, j’aime partir à la recherche de petits joyaux de la musique moderne et ils existent des titres qui passent entre les mailles du filet.

 

Comment avez-vous contacté Tim Zawada de Star Creature Records basé à Chicago ?

J'ai simplement envoyé la démo à Tim via Instagram. Il a adore et maintenant sort le 7-inch.

 

Peux-tu nous expliquer ton processus de création pour ce superbe 45 tours double sider " Together " versus " You Make me Sweat" ?

Cela faisait longtemps que Ghostape et moi voulions travailler ensemble. Nous avons fini par trouver un créneau et, dès notre première rencontre, nous avons créé " Together " — à écouter ici. J'avais l'instru, il a commencé à poser ses couplets, et le courant est passé immédiatement. Par la suite, nous nous sommes retrouvés à plusieurs reprises et avons produit de nombreux morceaux. Un album va d'ailleurs bientôt sortir chez Star Creature.

Spaced Out Krew & Ghostape - Together

Tu diriges aussi Bazaar Record ; est-ce que le label est toujours actif ?

Bazaar est un micro-label et je n'ai rien sorti depuis des années mais, là, j'ai très envie de sortir de nouvelles choses. C'est parti ! Je suis chaud !

 

Tu fais aussi partie de Cee O Funk, et je crois que la formation du groupe est en train d'évoluer. Peux-tu nous parler de ce projet, tant en studio que sur scène ?

Nous avons mis Cee O Funk en pause il y a peut-être un an ou deux. Mais aujourd'hui je continue à faire de la musique avec mon pote Olivier, alias Orion Westbrook. Et, en septembre, nous sortons un Ep de six titres. J'adore cet Ep ! C’est funky, la musique est vraiment vibrante et un brin décalée.

 

As-tu d'autres morceaux qui sortiront en vinyle cette année ?

Trois projets : deux Eps et un album avec Ghostape doivent sortir entre la fin de cette année et le début de 2027. En septembre, nous sortons l'Ep de six titres avec Orion Westbrook. L'année prochaine, je sortirai des projets personnels : un album ainsi que quelques 45 tours.

 

Certains Dj sont nostalgiques du passé et jurent que par le vinyle... tandis que d'autres s'en moquent ; nous avons récemment interrogé Alan Oldham, qui a déclaré : « La musique n'a jamais été aussi bonne. Je n'arrive pas à suivre le rythme de toutes les sorties promotionnelles de qualité. » Qu'en penses-tu ?

J'écoute aussi bien de la musique en numérique qu’en vinyle... Concernant le numérique, je n'utilise pas S******; je privilégie plutôt Bandcamp et les radios indépendantes. Le vinyle est un objet physique et j'adore ça, lorsque je sors un disque pour l'écouter cela réveille en moi des souvenirs et des émotions. Avec le numérique, bien sûr, la musique suscite aussi ces sentiments mais il manque la dimension tactile. C'est important pour moi de sentir et de toucher l'objet, il y a quelque chose de charnel là-dedans. Et le rapport au temps est différent aussi. Sortir le disque, le poser sur la platine, écouter une face puis l'autre : c'est une façon de ralentir et ça fait du bien. Autre exemple : quand on mixe, je ne mixe pas en numérique. Certes, c'est pratique, c’est léger un clé mais outre qu'on peut facilement se perdre dans les fichiers d'une clé USB, en termes d'expérience visuelle et tactile, le vinyle est incomparable.

Et oui, c'est une période très créative ; il y a tellement de sorties, cela ne s'arrête jamais. On ne peut pas vraiment parler de révolution liée à l'émergence d'un nouveau genre majeur — comme on a pu le voir dans les années 60, 70, 80 et 90 avec le jazz, la soul, le funk, le rock psychédélique et progressif, la pop, la synth-pop, la synthwave, le punk, le hip-hop et la musique électronique, sans oublier les musiques africaines et sud-américaines modernes. On a l'impression qu'aujourd'hui, les artistes puisent leur inspiration créative dans tous ces styles, s'amusent avec et y ajoutent une touche personnelle.

 

Que représente Paris pour vous et que pensez-vous de la scène club et vinyle locale ?

Je ne connais pas très bien Paris ; je ne sais pas trop ce qui s'y passe... Je connais quelques excellents disquaires et des gens qui dirigent des labels ainsi que quelques artistes.

 

Quelle est votre adage préférée ?

Je regardais un documentaire sur Einstein il y a quelques jours parce que je me passionne beaucoup pour la science et la cosmologie en ce moment. Alors j'adore cette citation : « Le véritable signe de l'intelligence, ce n'est pas la connaissance, mais l'imagination. » C'est la vérité. Et c'est amusant, car c'est un scientifique qui le dit, et l'un des plus grands. Cette citation peut d'ailleurs résonner et faire sens avec l'art et la musique.

 

Interview par cosh… / photos (c).