SONIC IMPACT / DNB FILM | Star Wax Magazine

2024-12-25

SONIC IMPACT / DNB FILM

Au début rejeton des raves party, la drum & bass, particulièrement en Angleterre ou le mouvement est née, est devenu après plusieurs décennies un phénomène massif associé aux musiques dites urbaines. Désormais incontournable dans l’industrie de la musique et du spectacle, certains disques bousculent les charts, « Sonic Impact » révèle l’ascension de la drum & bass des caves poussiéreuses aux clubs prestigieux ou encore du Royal Albert Hall de Londres où la drum & bass a fait vibrer les murs.  Sans oublier la jungle musique, ce documentaire d’une heure et vingt minutes réalisé par Laurent Pasquier retrace habilement l’évolution du genre où la danse et la bass sont l’épicentre de son épanouissement. Interview avec le réalisateur Laurent Pasquier.


Comment es-tu devenu réalisateur de films et réalises-tu uniquement des documentaires ? 
Je suis devenu réalisateur de films progressivement. D’abord, je me suis formé en option cinéma au lycée à Lyon, puis dans une école de cinéma à Paris, et surtout en réalisant mes propres films par la suite. J’ai commencé par la fiction, puis j’ai basculé dans le documentaire, qui me permettait d’avoir plus de liberté et d’accessibilité et demandait moins de personnes et de moyens pour le faire. Mais j’écris toujours de la fiction pour laquelle j’ai des projets en cours. Je réalise aussi des films événementiels et musicaux, et j’anime des ateliers de courts métrages pour les jeunes. 

 

Pourquoi un documentaire sur la drum & bass, et que voulez-vous apporter de plus à ceux déjà existants ? D’ailleurs « Launch » un troisième short film est aussi sorti début 2024…
À la base, le projet était de réaliser un film sur la culture Bass Music, qui englobe la Jungle, la drum & bass, mais aussi le dubstep, le UK garage, la culture sound system Reggae et Dub, et bien d’autres genres. J’ai d’ailleurs commencé à filmer pendant trois ans dans cette direction, en interviewant de nombreux artistes majeurs de toutes ces musiques pour faire le lien entre ce qui les unit. Mais au final, je me suis rendu compte, lors du montage, que c’était trop vaste et pas assez lisible à raconter dans un seul film. J’ai donc décidé de commencer par faire un premier film sur le premier et plus ancien genre de Bass Music, et celui par lequel j’ai découvert cette culture : la drum & bass. Par rapport aux autres films déjà existants sur le genre, la plupart sont centrés sur la scène drum & bass anglaise avec beaucoup d’interviews posées, alors que le mien parle aussi des origines, en remontant au temps de la traite transatlantique au 15ᵉ siècle. J’y montre les racines afro-jamaïcaines à travers le reggae et le dub, et afro-américaines à travers le funk et le hip-hop, pour ensuite arriver en Angleterre et montrer les débuts de la jungle puis de la drum & bass. Le film suit aussi l’évolution de ces musiques à travers leurs différents sous-genres et leurs différentes scènes en Europe. Mon film traverse plus d’époques et de continents, et montre également plus de choses en action. Dans la manière de raconter, j’ai essayé de le rendre le plus accessible possible pour un public néophyte, notamment dans les termes que j’utilise, contrairement à d’autres films qui semblent davantage destinés aux connaisseurs.

 

Sept ans pour réaliser un documentaire, c’est long. Pourquoi autant de temps, et comment as-tu réussi à tenir pour finaliser ce film ? 
Sept ans, c’est long, en effet. Pourquoi ? Parce que j’étais principalement seul et en auto production. Il fallait aussi travailler entre les tournages pour financer le film. Les trois premières années, consacrées au tournage, ont été intenses, car j’ai voulu être le plus exhaustif possible et pleinement immergé au cœur de cette scène musicale, en la vivant de l’intérieur. Cela m’a beaucoup impacté. Et ça a été difficile ensuite au moment où il a fallu commencer le montage et prendre du recul par rapport aux images que j’avais tournées pour être plus lucide et construire le récit avec plus de distance, car je vivais trop cette scène musicale de l'intérieur. La première version du montage a pris un an. Puis j’ai dû retourner filmer certaines scènes, les intégrer au montage, et travailler plusieurs versions du film avant d’en être pleinement satisfait. Au total, il y aura eu trois versions différentes du film. C’était un long processus de gestation, car le film s’est écrit progressivement. 

TRAILER/ Sonic Impact : a History of Drum&Bass - A DNB Documentary Film

Quelles ont été les difficultés rencontrées ? 
La transition entre les trois années de tournage, où tu filmes des artistes que tu admires, des soirées et des festivals incroyables aux quatre coins de l’Europe, en vivant les choses intensément, et l’après, où tu te retrouves seul chez toi avec des tonnes d’images sur des disques durs, a été difficile. Là, il fallait transformer tout cela en un film cohérent. C’était flippant au début. Travailler avec des monteurs m’a beaucoup aidé à prendre du recul et à y voir plus clair. 

 

Quelle est la part des images filmées et celles provenant d’archives ? Puisque le documentaire traite de sampling, est-ce problématique d’utiliser des images d’archives ? 
Je dirais qu’il y a environ 30 à 40 % d’images d’archives pour les périodes qui traitent des origines et des périodes antérieures, et 60 à 70 % d’images tournées pour les scènes plus actuelles. Quant à la comparaison avec le sampling en musique, c’est une analogie intéressante. Dans les deux cas, on peut parler de citation ou d’hommage, tant qu’on cite ses sources, ce qui est mon cas, comme on peut le voir dans le générique de fin. 

 

Quelle a été l’importance de Swan-E et Dougie pour ce film ? 
Swan-E et Dougie ont été très intéressants et pertinents pour parler des débuts de la scène rave et jungle. Swan-E, qui gère le label Circus Records, m’a aussi permis d’obtenir des interviews de Doctor P et Flux Pavilion. Je ne les ai pas utilisées dans le film, mais elles pourraient servir pour une suite consacrée au dubstep. Je ne connaissais pas l’histoire de la drum & bass sur le bout des doigts au début. Je l’ai découverte au fil de l’aventure, à travers mes recherches et mes documentations, ainsi qu’en interviewant des figures emblématiques.

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À qui as-tu dédié ce film ? 
J’ai dédié ce film à mon grand-père, décédé peu avant le début du projet, à mon oncle, qui était batteur, mélomane et me soutenait sur ce projet, et à un jeune collègue réalisateur avec qui je partageais un parcours similaire. Lui aussi travaillait sur un documentaire sur la culture sound system, et il est décédé pendant que je réalisais le film. Nous étions en lien pendant le tournage de nos projets respectifs et nous rencontrions les mêmes difficultés. 

 

Quels sont tes projets futurs en tant que réalisateur ? 
Actuellement, je travaille sur un film documentaire très différent, axé sur la violence, l’éducation et la prévention. Ce projet est accompagné par des producteurs afin qu’il puisse être pré-acheté et diffusé à la télévision pour être vu par le plus grand nombre. J’ai également des projets de courts et longs métrages de fiction en cours d’écriture, des clips de danse, et je continue de gérer mon agence de films événementiels. 

 

Un dernier mot ? 
Merci à starwax pour cette interview et merci à tous ceux qui l’auront lue. Si vous souhaitez voir le film "Sonic Impact", je vous invite à découvrir la bande-annonce ci-dessus et à le louer via ce lien. Si vous le regardez, pensez à utiliser un grand écran si possible et surtout de brancher un système son adapté avec des enceintes et un boomer au risque de passer à côté de l’expérience de la basse et de ses vibrations…

 

Interview par Supa cosh... / Photos par Laurent Pasquier sauf la photo en pied de page de Laurent Pasquier par Pixelle Photo.

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