RISKI | Star Wax Magazine

2023-11-29

Riski aka Metek aka Manuel Goldman

1998, Metek grave ses premières rimes sur le maxi vinyle des Refrès, groupe de la nébuleuse ATk. Le hip-hop dans le sang et l'argot us comme seconde langue il se retrouve très vite envoyé spécial aux states pour lAffiche et Groove mag. Après quelques errances dans les bas-fonds new-yorkais, de retour à Paris, il fonde Noir Fluo avec Emotion Lafolie, Waslo Dilleggi, et Tony Lunettes, un groupe parisien à la mauvaise réputation qui laissera des résidus de produits dans le rap français du nouveau millénaire. 2014, Metek renaît sous le nom de Riski et sort son premier solo éponyme, suivi dune flopée de projets digitaux mêlant les expériences musicales à une prose ultra personnelle. Automne 2023, à lheure où il achève lécriture de son premier livre, Star wax mag. Retrouve Riski aka Metek aka Manuel Goldman. A loccasion de la réédition de son catalogue en vinyle via Bad Cop Bad Cop/ Centre-Ville, il nous parle de son deuxième album : Paris Vaut Bien une Messe, co-réalisé avec Dj Kesmo.

 

 

Pendant ton enfance as-tu baigné sous influences artistiques ?

J’ai grandi d’abord dans le vingtième à Paris, boulevard Davout jusqu’à douze ans, ensuite j’ai déménagé dans le douzième. Mes premiers disques étaient des 45 tours... “Pierre et le loup” de Prokofiev et “La Guerre des étoiles”... Je me souviens de la voix de Dark Vador qui parle de la princesse Leia : « Elle ment... comme toujours, elle ment ». On détruit sa planète et elle ressent en elle l’intuition d’une destruction immense. La musique de la Guerre des Étoiles m’a beaucoup marqué. Mes parents écoutaient de la salsa mais ce n’est devenu écoutable pour moi que bien plus tard. Contrairement à ce que je croyais quand elle m’a offert un 45 tours d’Otis Redding, j’ai beaucoup aimé. Mais c’est Jacques Brel et Brassens qui furent mes premières influences. C’était clairement le top de l’écriture pour moi. Ensuite Michael Jackson m’est arrivé et là c’était vraiment foutu. Par-dessus tout, il y a eu Bob Marley et Earth Wind and Fire... Autour de moi tout le monde avait un de leurs Cds chez eux. La première K7 que j’ai achetée c’est Vanilla Ice parce qu’il n’y avait plus d’albums d’Mc Hammer. Mon premier vinyle acheté avec mes sous que j’ai choisi pour sa pochette c’est “Unfinished Business” d’EPMD.

 

Comment deviens-tu Mc et accro au mouvement hip-hop ?

Des garçons du quartier commençaient à mettre des Levi’s Noir et des Adidas délassées, des casquettes à l’envers. Ils écoutaient Radio Nova. C’était doux à mes oreilles. J’ai vu des mecs danser dans H.I.P H.O.P sur TF1, présenté par Sidney… Mon père m’amenait au cinéma à Châtelet. La tenue de certains jeunes plus grands que moi m’interpellait. La taille de leurs baskets. Il y avait des danseurs dans les étages souterrains des Halles, à côté de la piscine et du cinéma. Et aussi au Trocadéro. Je faisais attention aux tags, aux graffiti. Il y avait Yo Mtv Raps, les clips, etc. J’étais déjà accro. Puis il y a eu le fanzine Get Busy et tout ça… Il fallait que je rappe. J’ai écrit mon premier rap à douze ans, un peu avant que Menace II Society ne sorte… J’attendais Rapline avec impatience le samedi… c’était à 00h06.

 

Les Refrès est-il ton premier groupe de rap ?

Les Refrès, c’est mon premier solo... On faisait tous partie d’ATK, on était une trentaine, recrutés dans les collèges du quartier... On a fait nos premiers concerts. Et puis nos routes se sont séparées. Certains sont allés vers Time Bomb, qui était le top du top à l’époque, d’autres sont restés chez ATK et je suis allé chez les Refrès qui étaient comme des protecteurs et des grands frères. Ils étaient assez érudits en hip-hop, ils avaient leurs goûts et connaissaient tout ce qui sortait. J’ai pu sortir un premier maxi avec eux. C’était un petit hit underground. Il était passé sur Générations 88.2. J’ai même vu un rappeur légendaire coller un sticker du groupe sur un RER. On m’a dit que Beigbeder avait joué le maxi dans une soirée parisienne mais je ne sais pas si c’est un mensonge ou la vérité.

 

A l’exception bien sûr de Serge aka Kesdo (R.I.P), êtes-vous toujours des frères ?

Je vois toujours Youss qui était Dj et un peu multitâche, tout le monde avait le nez dans la production... Enfin moi, j’écrivaillais... Je ne faisais pas grand-chose au final. Je considère Paul comme quelqu’un de très important pour moi. Il était très protecteur avec les plus jeunes... Si un plus grand voulait nous bully, Paul allait le voir pour lui parler gentiment mais fermement. C’était sa façon d’exprimer un panafricanisme sincère et presque héroïque pour moi. Il écoutait mes histoires de métissage et m’a fait sentir comme vraiment un membre du groupe et plus généralement un frère en négritude... Un demi-frère mais un frère. Il arrive souvent qu’on ne fasse pas la différence entre un frère et un demi-frère. Ricardo, je l’ai sur WhatsApp. J’ai vu sa sœur Marie l’autre jour, on ne s’était pas vu depuis vingt ans. À l’époque elle nous appelait les « kinmans » (les mannequins - ndlr) et moi elle m’appelait « l’étudiant ». Elle m’a dit que j’avais grossi et c’était comme si on ne s’était pas vu depuis deux ans. Et pour les autres je demande de leurs nouvelles. Ils étaient passés à autre chose et j’avais insisté dans le rap. J’étais passé à une errance qui me mènerait vers Noir Fluo. Et eux n’étaient absolument pas dans les produits. Au contraire. Kesdo, repose en paix ! À chaque fois je lui parlais des instrus incroyables qu’il avait dans ses machines et qui n’étaient jamais sorties. J’aurais adoré retravailler avec lui... On a tellement en commun avec les gens avec qui on a partagé le chemin. Parfois on s’en rend compte un peu trop tard...

 

Vers 1998, est-ce Jean-Pierre Seck qui t’incite à devenir journaliste ou avais-tu une attirance particulière pour ce métier ?

Je faisais un boulot d’été et en mettant des Cds dans les paquetages, je me prenais à rêver à rencontrer mes artistes idolâtrés, comme Joker et son émission préférée. Mais j’avais rencontré JP Seck qui était le seul à l’époque à s’intéresser aux petits groupes de rap d’Ile-de-France. Et il était placé à L’Affiche. C’était Monsieur rap underground. J’ai toujours plus ou moins cru que je devais écrire ou que je le pouvais... Alors je me suis dit que j’allais demander poliment à JP Seck de travailler avec eux, faire des chroniques. Il a été convaincu et j’ai commencé par traduire des chansons. J’étais notoirement connu pour parler l’anglais des chansons donc j’ai pu faire quelques voyages de presse, des interviews, j’ai couvert la tournée Ruff Ryders/Cash Money pour eux. Un rêve réalisé. Je ramenais des drops de 50 Cent et RZA pour les mixtapes des copains. J’ai fini par être un peu vexé que JP Seck me voit plus comme un journaliste pigiste que comme un rappeur. Avec moi il a été irréprochable. Il avait ses propres projets comme on le verra par la suite.

Riski - Free Zelda

En 99, tu interviewes Mobb Deep, un souvenir t’a marqué ?

J’ai fait ça pour l’Affiche. Ils étaient en contact avec Loud comme avec les autres labels. Je me souviens très bien d’avoir croisé Chris Lighty plusieurs fois. Je me souviens avoir dit à Prodigy que les meilleurs rappeurs français s’étaient inspirés de leur son. Ça ne semblait pas du tout l’intéresser. Je me souviens aussi l’avoir vu enregistrer. C’était pour l’album de LL Cool J, une chanson qui s’appellera “Queens is” produite par Havoc. Bimmy du Supreme Team était dans le studio. Il ne rappait pas fort pourtant sa voix était à fond dans les machines, poussées au maximum. J’essayais de comprendre le charisme et la puissance que j’entendais alors qu’il ne s’agitait pas dans la cabine. Ça jurait complètement avec les expériences de studio que j’avais pu avoir. On m’a dit que les machines étaient réglées à la limite de la casse pour obtenir un tel résultat. Je n’oublierai jamais ça.

 

Début 2000, qui sont tes potes Dj et beatmakers ?

Mon pote Dj et beatmaker c’est Kesdo. Ensuite ce sera Kesmo, beaucoup plus tard. Kesdo a une MPC 2000. Youss et lui achètent régulièrement des vinyles, un son new-yorkais dit underground pour catégoriser un peu. Mais c’est réducteur. On avait beaucoup de sons intéressants. À l'époque, je me plaignais du niveau des Djs qui participaient aux soirées sur Paris. Ils avaient souvent le même discours, à savoir qu’ils jouaient de la merde parce que la foule ne connaissait pas les bons sons... Heureusement cette mentalité a plus ou moins disparu et le niveau en général est beaucoup monté. Bien sûr c’est sans compter les Djs légendaires comme Dee Nasty, Cut Killer ou Lord Issa.

 

 

"La sortie en vinyles d’une partie de ma discographie

c’est une histoire qui a un début et une fin. 

 Ces chansons, c’est sans aucun doute

ce que je fus vraiment. Et ça joue encore."

 

 

Ton nouveau disque, “Paris Vaut Bien une Messe” - en streaming ci-dessous, a changé de nom après une première version sortie confidentiellement en 2022...

Cet album c’est Kesmo, Arnaud et moi dans un studio pendant le confinement. Kesmo squattait un studio où il peignait, faisait du son, et s’essayait à la radio en ligne. C’est là que j’ai découvert Oklou et Jean Schultheis parce que Kesmo jouait ça sur sa radio. Jonathan Pontier est venu jouer sur l’album. On a fait des one shot en live pour faire vraiment live presque exclusivement sur des intrus de Kesmo. Frencizzle et B.E Labeu ont aussi apporté leurs compos. B.E était sur place. Il a aussi remixé le morceau d’Oklou en Jook, le remix, un souhait que j’avais depuis quelques temps. Cet album c’est la fin d’une époque. Avant la signature de mon livre. Je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait mais j’enregistre la semaine prochaine.

 

Les Djs sont importants dans la culture hip-hop et pourtant peu de textes leur sont dédiés… Toi tu en parles...

J'avais un ami, Dj Iso, qui travaillait dans une boîte dans laquelle j'allais souvent, L'Etage au-dessus du Keur Samba, rue de la Boétie. J'étais assez impressionné par son mode de vie... C'était comme moi mais il était payé, et bien payé. J'ai souvent regretté de ne pas avoir fait Dj, mais malgré tout les gens de la nuit et l'ambiance c'est un mode de vie assez solitaire. Quand tu te retrouves seul dans un bus de nuit ou dans un avion à réciter tes textes dans ta barbe, t'es seul avec ta musique... “Comme un Dj”. Pour moi les gens sont aussi la somme de leurs chansons préférées... Une playlist... Ils te font découvrir des chansons. J'aime connaître les chansons préférées des gens, je veux des chansons qui font le boulot... “Comme un Dj”. C'est comme ça que j'ai découvert Dylan, Bowie, Frusciante et d'autres que personne n'avait jamais écouté autour de moi, dans ma jeunesse. J'aurais pu dire "seul avec ma playlist". Dans "Comme un Dj" je raconte un ride, seul avec mes écouteurs, du métro au taxi, du walkman au téléphone via le Mp3. Ou ces chemins qu'on chemine mille fois pour rentrer chez soi avant que le soleil insupportable ne se lève. Dans “Comme un Dj”, j'en profite pour parler de ma propre playlist, dans laquelle tu retrouves Jacques, Georges, LC, Testos, Emo et les autres...

 

Le kréolisme revient dans tes textes...

Toutes mes paroles me viennent dans un yaourt, une proto langue qui a des accents américains, une bouillie insignifiante, angloïde... Je fais un travail de traduction en français. Je ne parle pas le créole dans la vraie vie, je le comprends. C’est une de ces langues trop intimes pour qu’on puisse oser les parler avec un accent étranger. Mais je me suis enregistré sur cet album, à faire parler cette voix en moi qui comprend le créole. J’écoute du rap en créole aussi. Lyrixx, Railfé, La Mafia, Psyko et Micky Mike, Lil Low, etc. Une époque que je me remets en loop. Le niveau aux Antilles est haut. Le boycott du rap en créole est un sujet rare mais inévitable : if you tryna being real.

 

Que connais-tu des Caraïbes à nous partager ?

Ce que je retiens des Antilles c’est qu’on chante pour chanter. Avec mon cousin et ses potes, on chantait sur des riddims. Personne n’avait peur de chanter. Je suis comme ça aussi. Toujours dans un coin de la soirée et on dirait que je parle tout seul à la fenêtre. Je dois chanter. Meilleure thérapie ever. Pour le reste, c’est assez intime. Les Antilles c’est ma mère. C’est ma couleur beige. C’est tout un tas de souvenirs qui jalonnent ma vie. Depuis, il me faut la mer si je dois vraiment être au max. C’est pour ça que j’aime tant Marseille.

 

De quoi rêves-tu pour demain ?

Je souhaite continuer à vivre comme ça. J’aimerais continuer d’écrire et de m’enregistrer. Être avec ma famille.

 

Quelle est la place du vinyle dans ta vie ?

La discothèque du salon de mes parents était très riche... J’ai grandi à fouiner dedans. Il y avait un disque des Last Poets dedans, les Rolling Stones et des James Brown. De la salsa. J’ai commencé à y mettre mes vinyles. Naughty By Nature,  EPMD, Les Refrès. Sinon la sortie en vinyles d’une partie de ma discographie c’est une histoire qui a un début et une fin. C’est la fameuse trace de mon passage ici-bas. Alors elle a sa place dans la discothèque de chez mes parents. Ces chansons, c’est sans aucun doute ce que je fus vraiment. Et ça joue encore.

 

Interview de Riski par Dj Coshmar / Photo par Pierre Aé.

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