RAMEL x JEUNE LORD | Star Wax Magazine

2025-12-12

RAMEL x JEUNE LORD

RAMEL x JEUNE LORD est un projet lyonnais fusionnant techno et rap. Découvert par Rave Or Die, leur premier single « Burn your city » a été signé sur le troisième volume de Ravebreakerz en mai 2025. Le duo revient avec "FTFW", un Ep toujours sur le même label : 5 titres subtiles et sans compromis, dévoilant un son hybride maîtrisé et explosif. Entrevue.

 

Bienvenus, un verre de ?
Vodka orange. Avec très peu d’orange.

 

Comment était l’environnement dans lequel vous avez grandi ?
Jeune Lord : De mon côté, la musique, ça a toujours été mon grand frère. C’était lui qui, sur le mp3 qu’on partageait, me faisait découvrir tous les classiques du rap français et du rap US. Avec lui, j’ai fait mes classes et j’ai pris tout le rap des années 90-2000 en pleine gueule. C’est après, à l’adolescence, que je commence à écrire et que je m’ouvre à toute une diversité de styles de rap d’abord, puis de musique en général ensuite. Mais ma première école, mon école de cœur, ça reste celle-là.
Ramel : Chez moi, la musique était omniprésente. Des CDs et des instruments de partout. C’est essentiellement mon père qui a façonné ma culture musicale, des Beatles aux Pink Floyd en passant par Metallica, jusqu’à des compils de psytrance des années 90. Il était également producteur d’électro-rock ! À mes 15 ans, il m’offre mon premier logiciel de MAO et c’est là que tout commence.

 

D’où viennent vos principales influences ?
Jeune Lord : Côté texte, je crois que bosser avec le son de Ramel a vraiment fait ressortir chez moi le goût d’un certain rap underground à l’ancienne : Casey, la Rumeur, Fabe... Des influences avec un côté revendicatif, mais toujours tourné avec beaucoup de méchanceté et de sens de la formule. Après côté flow, c’est du côté du rap actuel que j’ai le plus absorbé de choses. J’écoute beaucoup ce qui se fait actuellement et si tu regardes mes placements, ma façon de rimer, tu y retrouves du Rounhaa, TH, Mairo... Mon école de base en écriture, c’est la technique, la rime, le style : le côté politique, c’est Ramel qui me l’a donné avec son propre son.
Ramel : Je pense que ma principale influence pour ce projet est bien sur The Prodigy. J’ai énormément écouté leur album « The Fat of the Land » quand j’étais jeune. A côté, il y a aussi énormément d’artistes de breakbeat et de techno, notamment Ansome, ainsi que pas mal d'artistes de Mord Records.

 

Pourriez-vous décrire votre son en 3 mots ? 
Brut, Revanchard, Percutant.

 

Depuis quand produisez-vous et quel matériel utilisez-vous ?
Ramel : J’ai commencé à produire en 2017 surtout de la psytrance à l'époque, je n’ai plus de hardware depuis un certain temps j’utilise essentiellement des synthés en VST sur Ableton. Je prends énormément de plaisir à mixer les tracks avec ma carte son et mes plugs in UAD.
Jeune Lord : Très simple : un micro, une carte son et ma voix. C’est con, mais ça suffit pour faire du rap...

 

Comment est né votre premier single “Burn your City” ?
Jeune Lord : On était d’abord potes avant de faire de la musique ensemble. On s’est rencontré au lycée et on a vite connecté. On a fait notre trajet musical chacun de notre côté, dans le rap pour moi et dans la techno pour Ramel, tout en continuant à se fréquenter. En fait, c’est un peu par hasard qu’on s’est mis à travailler ensemble. Ramel avait des acappella de moi sur son PC, il faisait un son et a rajouté ma voix dessus, par hasard, pour rigoler. Cinq minutes plus tard, il m’appelle en me disant “j’ai un truc qui tue, vient, on en fait un morceau.” Ça a fait “Burn your City”, et on n’a pas arrêté depuis.

 

Combien de temps avez-vous eu besoin pour produire votre Ep « FTFW » ?
Ramel : On a eu besoin de pas mal de temps pour faire cet Ep ! Après “Burn your city”, qui était un gros son, mais aussi un accident, l’objectif était de garder la vibe tout en se diversifiant et en trouvant une direction sonore qui nous correspondait. On a beaucoup produit et beaucoup jeté jusqu’à être satisfait. C’était beaucoup d’allers-retours entre moi côté prod et Jeune Lord côté écriture, surtout avec le peu de dispo commune que nous laissaient nos jobs respectifs. Au final, ça nous a pris autour de 5-6 mois.

 

Qu’est-ce qui vous met en colère aujourd’hui ?
Jeune Lord : Tellement de choses. C’est surtout pour ça que dès le départ j’ai adoré écrire à partir du son de Ramel. L’énergie que ses prods m’envoyaient me permettait tellement de cracher tout ce qui m'énerve. C’est vraiment un putain d’exutoire. Après, pour répondre à ta question, je crois que ce qui m’énerve le plus, c’est l’hypocrisie. C’est cette façon dont on vit tous dans un monde injuste et violent en faisant semblant que c’est toujours les gentils qui gagnent. J’ai envie d’hurler à la gueule de tout le monde pour que plus personne ne puisse faire semblant de pas savoir.
Ramel : Pareil, il ya plein de choses qui m’insupportent dans la société, et que je n’ai pas le pouvoir de dire et d’exprimer publiquement. C’est pour cela que les textes de Jeune Lord me plaisent tant et que notre projet me tient à cœur. Il met des mots sur ce que j’exprime dans mon son.

 

Ramel x Jeune Lord - Burn Your City - RAVEBREAKERZ VOL.3 - RODBKZ03

Vous considérez-vous comme activiste/porte-parole d’une génération souhaitant « balayer » les codes ?
Jeune Lord : On se considère pas du tout comme des activistes, et surtout pas comme les porte-paroles de qui que ce soit. On est juste deux passionnés de musiques, avec notre seum et tout ce que ça implique, qui ont envie de faire le son qu’ils veulent et de dire ce qu’ils veulent. Après, si des gens se reconnaissent dedans, tant mieux, mais ça ne dépend pas de nous. La musique appartient au public !
Ramel : Et je ne crois pas qu’on balaie les codes. Au contraire, c’est bien que ces codes existent, pour qu’on puisse s’en amuser, les détourner et les mettre à notre sauce.

 

Quel message souhaitez-vous véhiculer à travers votre travail ? 
Ramel : On parle de ce qui nous touche, de ce qui nous énerve, ça vient du bide et pas de la tête. On sait que ce n’est pas la musique qui va changer les choses, nous on est juste là pour dire fort ce qu’on pense et cracher notre rage à la tête de ceux qui ne le vivent pas.
Jeune Lord : Après, je pense que ça peut faire du bien à ceux qui nous écoutent, et qui partagent la même colère. Ça ne va pas faire la révolution, mais y’a au moins des gens qui se diront : “Ah je ne suis pas le seul à penser comme ça”. C’est un exutoire pour nous, mais aussi pour les gens qui nous écoutent.

 

Si je mentionne « Rave or Die », qu’est-ce qui vous vient directement à l’esprit ?
Electro, Rave, Vinyle.

 

Comment avez-vous rencontré Umwelt - interview ici ?
Ramel : On venait de terminer “Burn your city”. J’étais allé à une conférence organisée par Nashton Record, animée par Umwelt sur la culture rave. A la fin de son interview, il a commencé à parler d’une idée de mélange entre rap et électro/techno/break. C’était exactement ce qu’on venait de terminer. Je me dis que la coïncidence est trop grosse, donc dès le lendemain, je lui envoie un mail avec le morceau. Umwelt nous a répondu en vingt minutes. De là, tout est allé très vite. On a sorti le morceau sur la VA Ravebreakerz 03. De fil en aiguille, on leur a envoyé d’autres maquettes et tout a évolué progressivement jusqu’à intégrer RoD Agency.
Jeune Lord : Ce qui est fou, c’est qu’on était à deux doigts de release le morceau en autoprod, dans notre coin. Ça a vraiment été un concours de circonstances inespéré ! D’ailleurs, quand Ramel m’a appelé pour m’annoncer qu’on allait release le morceau chez Rave or Die, je ne me rendais pas du tout compte. Je ne connaissais même pas Umwelt. Après, ça a été une super rencontre humaine et le feeling est directement passé.
    
Quelles sont les barrières que vous rencontrez ?
Jeune Lord : En fait, notre format hybride, c’est à la fois notre plus grande force et notre plus grande barrière. On peut vite se retrouver le cul entre deux chaises. Pour la scène rap, ça peut vite être trop techno, et pour un public techno, on peut vite trouver qu’il y a trop de rap. Ça a aussi été un grand sujet de discussion entre nous sur la question de l’équilibre de la formule.
Ramel : La question s’est surtout posée pour la préparation de notre premier live au Sucre. On a finalement opté pour un format set, où les morceaux s'enchaînent avec des transitions, et pas sur un format concert avec des morceaux séparés. En fait, à chaque étape, on a ces questions à se poser vu qu’on est un pied dans l’un, un pied dans l’autre.

 

Qu'est-ce qui vous fascine sur la scène actuelle ?
Ramel : C’est assez fascinant que la techno soit devenue à ce point un pilier dans tous les styles différents pour la nouvelle génération, donc le public rap. On l’a bien vu avec Vald et sa réédition techno hardcore, le public adore ça ! Même si on est encore sur une niche, je pense que ça commence à se démocratiser.
Jeune Lord : Ce qui me fascine, c’est comment tout est en train de se mélanger. À côté de la musique, je suis un passionné de bande dessinée, et je vois un peu le même phénomène. J’ai grandi à une époque où on séparait encore vachement BD, manga et comics, et aujourd'hui tu vois chez les auteurs de la nouvelle génération comment toutes les influences se mélangent. Dans la musique, c’est pareil. Tout le monde va piocher partout. Les institutions sont assez en retard sur le public et les artistes en fait. Les gens s’en fichent des étiquettes et écoutent de tout aujourd’hui !

 

Où pouvons-nous trouver le vinyle ? 
Ramel : Sur le Bandcamp de Rave or Die et en stream ci-dessous.

 

Fuck the free world, by Ramel x Jeune Lord

Redescente, by Ramel x Jeune Lord

Burn Your City, by Ramel x Jeune Lord

Un banger en 3 mots ?
Ramel. Jeune. Lord.

 

Plutôt studio ou live ?
Jeune Lord : C’est le live, tous les jours. En plus, les morceaux envoient tellement que c’est trop plaisant de les jouer devant les gens, et de se nourrir de leurs réactions. De plus en plus, je fais les morceaux en m’imaginant les jouer sur scène, et pas que pour le rendu studio.
Ramel : C’est le live aussi, bien évidemment ! Les morceaux sont différents, je peux les mixer ensemble ; en faire des boucles et créer de nouvelles sonorités. Ce qui est assez fou, c’est que Jeune Lord me laisse carte blanche sur les transitions et il s’adapte. J’ai juste une accroche à laisser pour qu’il sache où démarrer, mais sinon c’est vraiment agréable de pouvoir réinventer les morceaux en live !

 

Quel artiste vous a dernièrement mis une grosse claque ?
Jeune Lord : En rap, j’ai pris comme tout le monde une grosse claque sur l’album de Femtogo et Ptite Soeur. Je crois que c’est un modèle d’authenticité, de jusqu’au-boutisme et de sincérité. C’est tellement courageux et tellement exigeant musicalement. Y’a des albums qui te mettent un coup de fouet et qui te disent “va falloir se mettre au niveau, c’est ça de la bonne musique”, et ça en est un. Ça donne envie d’élever les standards.
Ramel : J’ai découvert il n’y a pas longtemps Exium, un duo espagnol. Les prods, les mixs, tout te met une grosse mandale.

 

Que pensez-vous de l’IA ?
Jeune Lord : En vrai, je crois que le problème ne vient pas tant de l’IA en elle-même que de l’industrie. Dans un monde idéal, peut-être qu’elle pourrait servir à faire des trucs cools, et à repousser les frontières de la création. En l’état actuel des choses, on sait très bien que ça servira surtout à produire plus de merdes, plus vite, au détriment des artistes.
Ramel : Pour moi il faut différencier l’IA dans la musique et l’IA dans la vie de tous les jours. Dans la musique, c’est juste triste que certains artistes s’en servent pour créer des morceaux de A à Z. Si vous n’avez plus d’inspi, bah arrêtez en fait ! Après, j’ai vu dernièrement un artiste qui a juste utilisé de l’IA pour transformer sa voix d’homme en femme et là je ne vois pas ce qui pose problème tant que ça reste dans le processus créatif.

 

Sans la musique, la vie serait...
Une très longue “Redescente”. Sans drogue.

 

Le top 5 de vos labels préférés ?
Ramel : En ce moment je suis à fond sur une vibe un peu old-school alors je dirais : Audio Assault, Mord, Compound, Bitshift et Rave or Die pour terminer en beauté. 

 

Avec quels artistes souhaitez-vous collaborer par la suite ?
Ramel : Pour l’instant on cherche des artistes qui nous correspondent dans la vibe on n’a pas forcément de noms en tête.

 

Le titre qui résumerait votre Ep ?
Ramel : « Haine ». C’est le concentré de tout ce qu’on dit sur l’Ep, avec une grosse dose de
seum.

 

RAMEL x JEUNE LORD en 3 mots ?
Jeunes. Coupables. Libres

 

Vos projets pour 2026 ?
Continuer à faire de la musique, à sortir des morceaux et à faire progresser notre son, mais surtout faire des dates.

 

Interview par Sabrina Bouzidi / Photo par Simon Chasseloup ©