2026-06-20
PIERRE BAROUH / ON N’ARRÊTE PAS UNE CHANSON
Réputé, le label Saravah fait pourtant l’objet, ici-bas, d’une méprise quant à la ligne éditoriale-maison et cette imagerie soixante-huitarde un brin dilettante. Première enseigne à sortir des clous convenus de la chanson dite à texte grâce à Brigitte Fontaine et au regretté Areski Belkacem, ce chaudron d’une grande modernité intégrera rapidement les musiques brésiliennes par l’entremise de Baden Powell, signera un premier artiste africain comme Pierre Akendengué et renaitra de ses cendres grâce à l’électro nipponne de Ryūichi Sakamoto ou aux arcanes new wave du délicat David Sylvian. Fondateur et âme de ce catalogue, le parolier, interprète et producteur Pierre Barouh est aujourd’hui valorisé grâce à « On N’Arrête Pas Une Chanson », une anthologie qui permet ainsi d’irriguer les sillons de ce terreau artistique à nul autre pareil. Compilé avec goût par Benjamin Barouh - interview ici, le fils aîné de l’auteur de « À Bicyclette», promoteur du roster et créateur d'un fonds d'archives, ce recueil étalé sur près de cinquante ans dévoile pas moins de quatre-vingt-dix écrits issus des opulentes archives familiales…
Préfacé par le cinéaste Claude Lelouch, le compagnon de route des jeunes années et réalisateur du poignant « Une Homme Et Une Femme », cet ouvrage édité par la maison « Le Bord De L’Eau » à l’occasion des soixante ans de Saravah explore de manière intuitive la psyché de ce poète doublé d’un grand voyageur. Illustré par un préambule de George Brassens qui relate les premiers pas de Pierre Barouh à Bobino, en première partie de la diva lisboète Amália Rodrigues – on parlait alors de vedette américaine -, ce carnet intime dévoile une fibre onirique comme l’induit « Pourquoi » et ses questionnements proches d’une certain Jacques Prévert. L’inspiration sentimentale n’est pas en reste comme l’indique « Le Piège » et son regard doucement ironique sur les rapports amoureux. Et le « Dictionnaire Intrinsèque » et son acrostiche un brin surréaliste rappellent que l’homme aimait s’aventurer à la pointe de la création, une dimension qu’il incarnera par la suite avec Maurice Lemaitre et l’Internationale Lettriste… Doublé de reproductions de textes, de planches contact et d’épigraphes signés par la fine fleur hexagonale dont l’habité Arthur H, le classieux Philippe Baden Powell et le proche dandy vendéen Philippe Katerine (excusez du peu), cet ouvrage à l’intitulé impérieux renvoie naturellement à la notion de rivières souterraines et aux rhizomes existentiels chers à ce personnage de roman : chaudement conseillé. Livre disponible ici.
Vincent Caffiaux / Planche contact - DR collection Barouh