PARADOXICAL NOD | Star Wax Magazine

2026-02-05

PARADOXICAL NOD

Paradoxical Nod est un projet live formé en 2020 par Baacus et Pseudo500 - interview ici. Fin 2025, le duo lyonnais sort son premier Ep « PATTERN. CRASHING. PROGRAM. » sur le label Analog Catharsis, dévoilant 6 titres orientés EBM et techno indus en édition limitée pressés sur cassette. Les producteurs partagent leur vision de l’improvisation et ils nous en disent plus sur les effets sonores recherchés et le choix d’utilisation de bandes magnétiques dans leur processus de création, leur prestation live au Sucre l’été dernier et leurs projets... 

 

Baacus j’ai entendu que tu avais une formation de batteur metal !
Baacus : J'ai joué de la batterie de mes 16 à 20 ans, principalement du métal - double grosse caisse et caisse claire signature Joey Jordison, ceux qui savent -, mais toujours avec la frustration de ne jamais avoir monté de groupe à proprement parler. On retrouve cet amour des éléments percussifs dans mon rôle au sein de Paradoxical Nod, ainsi que dans mes Dj sets et productions solo.

 

Comment vous êtes-vous rencontrés et depuis quand travaillez-vous ensemble ? 
Pseudo500 : On s’est rencontré sur les bancs de l’académie Nashton en 2020. Pendant une soirée où je faisais un live, j’ai invité Bertrand à me rejoindre et on a improvisé pendant 4 heures d’affilée. Le lendemain, on a décidé de monter notre duo (rires).
Baacus : J'ai toujours dit que je ne ferai jamais de live ; je trouvais l'expérience trop frustrante et compliquée. Il m'aura suffi d'une soirée à m'amuser avec la Model Sample d'Alex pour me convaincre du contraire.

 

Votre son en trois mots ?
Pseudo500 : Cassette, distorsion et distorsion
Baacus : Cassette, saturation et saturation.

 

Si je mentionne « improvisation », qu’est-ce qui vous vient directement à l’esprit ?
Baacus : C'est une composante essentielle de nos lives. Il y a 4 ans, nos lives étaient à l'image de cette première soirée : totalement improvisée. Maintenant nos lives sont forcément plus travaillés en amont, mais on se laisse toujours un temps, généralement une dizaine de minutes, durant lequel on improvise totalement et on en vient même à se surprendre l'un l'autre.

 

Un artiste ou une source d’inspiration qui vous influence en ce moment ?
Baacus : The Black Dog, pour l’intégralité de leur œuvre qui s'étale sur 30 ans et qui va de l’ambient à la techno. RIP Ken Downie...
Pseudo500 : Radiohead.

 

De combien de temps avez-vous eu besoin pour produire votre premier Ep « PATTERN. CRASHING. PROGRAM. » ? (player ci-dessous)

Et quel matériel avez-vous utilisé ?
Pseudo500 : On a dû mettre à peu près 2 ans, depuis que Bertrand est arrivé chez moi avec des pistes de synthés qu’il avait produites sur FL Studio et passées dans un enregistreur cassette ultra cheap. On a tout de suite aimé le grain et le côté désaccordé que ça a apporté à la piste et on a gardé ce process pour tout l’Ep. On a ensuite utilisé pas mal de synthés et boites à rythmes (Moog Grandmother, Nord Drum, Syntakt, RD9, MicroFreak…), une guitare électrique (Merci à Haeminum) qu’on a fait passer dans des pédales de distortion et cassettes la plupart du temps. Et micro et voix pour la partie live. 
 
Comment souhaitez-vous défendre votre Ep ?
Baacus : Je dirais que c'est une super porte d'entrée pour découvrir notre univers et celui de Paradoxical Nod forcément, mais aussi celui de Pseudo500 et Baacus. On y a vraiment mêlé nos influences et c'est, je pense, une bonne carte de visite pour notre live.  Pour décrire le projet, j'aime bien l’image de la vieille cassette audio, avec des tracks enregistrées dessus, abandonnée par on ne sait qui et retrouvée dans un grenier ; une cassette laissée là jusqu'au jour où un auditeur s'aventure à l'écouter.

TAPE MANIFESTO, by Paradoxical Nod

BEWARE OF THE DEAD DOG, by Paradoxical Nod

OIR, by Paradoxical Nod

interlude., by Paradoxical Nod

FROM THE FIRST WEDNESDAY OF THE MONTH, by Paradoxical Nod

TO THE END OF TIME, by Paradoxical Nod

Et concernant la pochette, quelle est l’idée derrière ? 
Pseudo500 : Quand on a commencé à travailler sur l’Ep et sur ce qui est devenu « beware of the dead dog », on a trouvé qu'il y avait un côté très electro anglaise et on s’est imaginé dans une banlieue de Manchester avec un chien et des sirènes de flics (rires). On a bien aimé la DA que ça a apportée au projet ainsi que le côté brut et froid. Ensuite, c’est grâce à Ana et Melba que ça a été possible.
Baacus : Un vrai grand merci à Anastasia qui a complètement compris l'idée derrière cette pochette, nous a accompagnés et nous a même trouvé ce dalmatien star qu'est Melba.

 

Comment s’est passée votre première date au Sucre l’été dernier ?
Baacus : C'était assez fou, l'équipe du Sucre nous a fait une belle preuve de confiance en nous donnant carte blanche sur l'ensemble de la soirée. Ça nous a permis à la fois de faire le premier live basé sur l'Ep, et aussi de jouer chacun de notre côté en tant que Baacus et Pseudo500 avec respectivement un Dj set et un live. Et concernant le live de Paradoxical Nod, on est hyper content et fier du rendu. Le public était au rendez-vous dès les premières sonorités de l'intro jusqu'à l'envolée mélodique de l'outro. J'ai les poils qui se hérissent en y repensant. Et un grand Shout Out à Jules, ingé son et light du Sucre, qui nous a servi un show lumière in-cro-yable, des extraits vidéos sont disponibles sur notre Instagram.

 

Qu’est ce qui a été décisif pour Analog Catharsis de lancer le label ? 
Pseudo500 : L’impulsion est venue assez vite de pouvoir sortir des projets musicaux des artistes du collectif (spoiler alert), de faire des collaborations entre nous et de ne pas se limiter dans la création. En créant l’Ep avec Bertrand, on a assez vite compris qu’il ne rentrait pas dans les cases et que nous ne voulions pas faire de concessions. C’est venu assez naturellement de lancer le label à ce moment-là. 

 

Pourquoi un label cassette ? Est-ce lié à la culture cassette qui, directement liée au mouvement DIY, était défendue par des musiciens alternatifs ?
Baacus : Il y a deux arguments derrière ce choix. D'une part, un choix artistique, étant donné que nous utilisons nous-même des sonorités provenant de cassettes, cela semblait logique de choisir ce support pour nos releases. Et d'autre part, un choix économique et logistique. On est très attaché au support physique et l'on ne peut malheureusement pas se permettre de faire une release vinyle pour chaque projet. La cassette est un bon compromis et nous permet de tout faire nous-même et ce, toujours dans cette optique d'indépendance.

 

Quel est votre live set-up aujourd’hui ? 
Pseudo500 : Notre set-up a pas mal évolué au fil des ans. Aujourd’hui, on essaie de se limiter à un set-up portable : Syntakt, MicroFreak, RD9, Drumpad, Elektron Sample, pédales d’effets, ordi et contrôleurs. Je pense qu’il continuera à évoluer au gré des albums, c’est ce qui permet d’enrichir notre son et de rendre les lives uniques. 
Baacus : C'est beaucoup de matériel à trimballer mais je pense que ça fait autant partie de notre DA visuelle que sonore d'avoir 2 personnes qui s'activent sur pleins de machines analogiques. C'est une manière de rendre le live plus vivant et d'apporter une valeur ajoutée supplémentaire pour ce format de prestation.

 

Pour vous, qu’est-ce qu’un live réussi ?
Pseudo500 : Quand je vois Bertrand hocher la tête sur mes mélodies.
Baacus : Quand je vois Alex taper du pied sur mes rythmiques.

 

Plutôt studio ou live devant un public ? 
Baacus : Plutôt live
Pseudo500 : Plutôt studio

 

Un rituel avant un live ? 
Baacus : Regarder Alex tout brancher et se faire engueuler quand j'essaye d'aider.
Pseudo500 : Lève les yeux au ciel.

 

Que pensez-vous de l’IA ?
Baacus : C'est une question complexe, je pense que la plupart des sujets soulevés par l'IA étaient déjà présents dans le paysage de la musique, et l'IA ne fait que les cristalliser tous en un ennemi commun. Après tout, qu'est-ce qui différencie un producteur qui prendrait toutes ces loops de samples sur Splice pour seulement les assembler de quelqu'un qui écrit un prompt jusqu'à ce qu'il obtienne la track voulue. Et a contrario, si on avait montré un logiciel de MAO actuel à un musicien du siècle dernier, je pense qu'il aurait aussi considéré ça comme de la "triche". Pour moi ce qui compte c'est où est ce qu'on place la limite entre l'outil, le faiseur et le décisionnaire du rendu final. Même si l'IA devient un artisan de plus en plus performant, elle ne doit pas se substituer à l'artiste.
Pseudo500 : Je n’y vois pas de place aujourd’hui dans mon processus créatif mais je ne me mets pas de limite sur les moyens à notre disposition dans le futur. Ce que j’aime le plus, c’est de produire et bidouiller au studio, seul ou accompagné, je n’aime pas me faciliter la vie et utiliser des raccourcis dans mes phases de création, garder une part d’erreur et d’improvisation tout en pouvant modifier les éléments comme je l'entend, mélanger les instruments acoustiques avec des glitches numériques. La source de départ peut venir de n'importe où, tout se transforme et sert la création. Source : chatGPT (rires) !

 

Quelles sont vos autres passions ? 
Baacus  pour Pseudo500 :  Pour Pseudo500 : les étuis de briquet fantaisie, les plantes, LOTR
Pseudo500 pour Baacus  :les fringues, YouTube, Magic

 

Si vous pouviez avoir une discussion avec un artiste… 
Broken English Club pour parler de son live, lui proposer une collab, et lui piquer son micro (rires) 

 

Quelle est votre devise ? 
Du premier mercredi du mois, à la fin des temps

 

Sans musique, la vie serait… 
A ch*er.

 

Vos cinq endroits à Lyon ? 
Feu l'Ambuscade, la zone arrière des moteurs de climatisation du Intersport Croix-Rousse, la terrasse du Baron à St-Foy-lès-Lyon, La Pêcherie, Unité Centrale.

 

Dans quel état d'esprit est Paradoxical Nod pour 2026 ?
On a l’envie de défendre encore cet Ep en live, dans les clubs où ailleurs et l’envie de s’exporter dans d’autres villes est très forte. Côté studio, on n’arrête jamais vraiment, on est déjà sur la création du futur album qui sera plus…

 

Interview par Sabrina Bouzidi / Photo par Anastasia ©