OURS SAMPLUS | Star Wax Magazine

2023-07-06

OURS SAMPLUS Interview

À force de beatmaking acharné jour et nuit, Ours Samplus a sorti dix projets discographiques en neuf ans. Egalement au contrôle de leur image, nous leur devons le live Ours Samplus x orchestra (ci-dessous). Désormais inévitable dans le game, Guib et Yousla à l’occasion du nouvel Lp “Bepolar” agrandissent leur équipe. Issu de l’école DIY, le duo lillois a décidé de laisser son empreinte de l’Asie aux usa via l’Europe. Volontairement discrets dans les médias, ils ont tout de même accepté de répondre à nos questions.

 

 

Où et dans quel environnement avez-vous grandi, est-il artistique ? 

On a un passé un peu similaire dans le sens où on a tous les deux grandi dans des petites villes en banlieue de Lille et d’Arras. Sans environnement artistique particulier, hormis le fait qu’on a toujours kiffé la musique depuis le baladeur cassette, c’est plutôt notre propre curiosité et les rencontres qui nous ont amenés là. C’est vrai que quand on voit d'où on est partis, on se sent reconnaissants et chanceux de voir notre musique aujourd’hui diffusée et écoutée à travers le monde. Lille, worldwide !

 

Comment vous êtes-vous rencontrés et comment est né Ours Samplus ?

Nos chemins se sont croisés en 2007. D’abord autour du rap et du graffiti, et plus globalement d’une même passion pour la culture hip-hop. On avait plus ou moins les mêmes interrogations, et on n'a pas tardé à vouloir créer des choses ensemble. On écoutait beaucoup de musique, et donc beaucoup de prods hip-hop. On a découvert l’univers des boucles, du sampling et c’est vers 2012 qu’on a commencé à faire nos propres prods. Avec l’envie déjà depuis notre première prod “Sillon Binaire” que nos instrus se suffisent à eux-mêmes et de raconter une histoire en musique, plus perso, imagée, à notre sauce. On a vécu en colocation vers 2013, aux débuts d’Ours Samplus, et ça nous a permis de faire du son jour et nuit. Et donner vie à des projets comme “One Day One Beat”. On a commencé à être relayés par des playlists de Holy Chill, Dloaw, Stay See... qui commençaient à ce moment-là à faire surface sur Soundcloud et YouTube. Les retours étaient oufs ! Ça nous a motivés à continuer le truc de façon plus organisée. 
Faire des vrais projets avec une vraie sélection dans les tracklists et faire des visuels, des clips, se créer un vrai monde...

 

Avant de parler de votre nouvel album, parlons des rencontres entre beatmakers et live bands. Comment est né Ours Samplus x Orchestra ? Quid des directions artistique et scénique ? 

On a toujours eu la volonté de faire un spectacle immersif avec un orchestre. À partir du moment où on a inclus des samples de jazz et de classique. Avec le confinement, on a eu l’opportunité de co-produire un spectacle pour la chaîne de télévision Culturebox. Et pour profiter au mieux de cette chance, on a souhaité tout gérer nous-mêmes. Aussi bien la direction artistique, la scénographie, mais aussi la captation, le montage. Par exemple, le fait de capucher tous les musiciens comme nous pour laisser davantage de place à la musique était une réelle intention de notre part.

Ours Samplus X Orchestra

C’est bientôt les dix ans de “One Day One Beat”, pouvez-vous nous parler de l’évolution de votre set up, de votre façon de produire...

Au fur et à mesure des projets, on s’est ouverts, sûrement grâce à nos voyages et nos rencontres, à de plus en plus de styles différents. On peut dire qu’on a commencé par du sampling sauvage. 
Et plus on a avancé, plus on s’est entourés d’une équipe et de musiciens. Et Lille reste une ville à taille humaine, et tous les musiciens se connaissent, ça crée une dynamique vraiment intéressante.

 

Pourquoi “Bepolar” ?

Le nom “Bepolar” c’est un peu un clin d'œil poétique aux différents styles qu’il peut y avoir dans l’album, et aux différentes influences en général. Notre souche c’est le hip-hop mais on aime l'agrémenter avec d’autres styles. Et on aime à dire que celui-ci c’est un album, notre deuxième après “Last Frontier”. Malgré un grand nombre d’Eps... Pour nous c’est assez clair mais on peut comprendre que ce soit difficilement perceptible. Dans l’album, on s’implique davantage dans le fait de vouloir raconter une histoire et la défendre, avec un enchaînement précis des prods et des bpm, des interludes...

 

Il y a peu de guests, pourtant vous kiffez le rap et le scratch ?

C’est la suite logique de notre volonté de faire une musique qui se suffit à elle-même. Avant Ours Samplus, on avait créé un collectif qui s’appelait Tchernolille, avec lequel on faisait des productions pour les rappeurs. Puis avec Ours Samplus on a commencé à s’en détacher, pour devenir compositeurs du morceau dans sa globalité. Mais on s’entoure surtout de nombreux musiciens.
 
“Purple Orient” se démarque, partagez-vous vos samples ou êtes-vous discrets sur leurs origines ?

On n’a jamais trop eu l’habitude de divulguer nos sources, dès le départ, même quand c’était très évident. Et tout n’est pas que sample, il y a pas mal de choses qui se créent ici dans le stud. “Purple Orient” contient quatre samples différents, c’est une track qui a déjà eu plusieurs vies, car on l’a pas mal jouée en live, et on l’a également travaillée avec l’orchestre symphonique pour le projet Ours Samplus x Orchestra.

 

Je crois que l’un de vous est graphiste, et pratiquez-vous encore le graffiti ?

Oui, on est toujours très proche de la culture graffiti et de la peinture. On a toujours été passionnés tous les deux par l’image. Et on met un point d’honneur à vouloir réaliser nos projets à 100%. 
De la cover de l’album à la scénographie, et on s’amuse à fonctionner comme ça !

 

Vous êtes adeptes du DIY, et en même temps vous élargissez toujours plus votre team… Désormais vous ne roulez plus sans Reality Check & Tour de Manège ?

C’est sûr que c’est un peu une histoire de famille ! Reality Check stocke et gère toutes les livraisons du web shop depuis plusieurs années, l’équipe du collectif  Tour De Manège fait clairement partie de nos amis proches maintenant. C’est le même ingé-son, Phil du studio Audioblend basé à Roubaix, qui masterise nos projets depuis un bon moment également. Le projet avance et qu’on rencontre de plus en plus de monde, on commence un nouveau bout de chemin avec Furax pour le tour, et on a toujours envie d’agrandir cette grande famille. 

Ours Samplus - Bepolar [Full LP]

Vous prévoyez de défendre l’album en live, notamment en Chine. Pouvez-vous nous dire à quoi s’attendre, à des musiciens, de la vidéo…

En live on a toujours souhaité créer l’atmosphère la plus immersive possible. On intègre systématiquement la vidéo et un travail sur la lumière, pour donner un vrai spectacle, et donner envie aux gens de se lâcher. On joue aussi régulièrement avec des musiciens de haut niveau pour justement donner une dimension plus live. 

 

Depuis les années 2000 il y a une beat scène française identifiable et parfois un peu trop homogène. Vous intéressez-vous à cette scène et cherchez-vous à vous différencier des beatmakers français ?   

Alors on se tient un peu au courant, mais ce n'est pas non plus notre musique de prédilection, car justement pour créer la nôtre, on va surtout chercher des influences partout. D’ailleurs on ne cherche pas spécialement à se différencier, on fait ce qui nous plait. On peut dire qu’on avance quoiqu’il en soit sans trop regarder ce qui se fait. 

 

Souvent les beatmakers sont fiers d’affirmer qu’ils réalisent un beat en quelques minutes, n’est-ce pas utopique car souvent synonyme de répétitions de ses gimmicks, bpm, kicks et caisses claires favoris…

Alors ce n’est pas vraiment notre cas, on passe beaucoup de temps à travailler nos titres. On a grandi dans la culture hip-hop avec l’amour du sampling et les boucles qui se répètent. Il y a un côté très hypnotique dans la boucle et donc dans sa construction. On prend le temps. Et puis dans nos prods on aime ajouter des variantes, des ponts... Alors faut prendre le temps oui. Il y a une grosse part de digging qui est ultra intéressante, notamment dans le fait d’aller se perdre dans la musique, chercher le bon sample, le bon bruit. Il y a du bon partout.

 

Quelle est la place du vinyle chez vous ?

Le vinyle est important pour tout ce qu’il représente dans la culture hip-hop. On a découvert beaucoup d’artistes grâce aux vinyles. Et aujourd’hui on est contents de voir qu’il y a un engouement autour du vinyle. Et même autour des nôtres, on les produit nous-même depuis un moment, sauf “Last-Frontier” qu’on a coproduit avec Besides Records. Et on est fiers de notre démarche très indépendante aussi. La musique prend parfois plus de sens avec un vinyle. Rien que l’objet, la gestuelle pour la mise en route, la lecture, changer les faces du disque. Tout un rituel, un protocole qui ajoute de l’importance à l’instant présent. 

 

Selon Underscope il y a une progression des musiques électroniques dans les festivals... Très bien, sauf que pour la plupart, la musique rap n’est pas une musique électronique.Vous êtes-vous posé la question : la musique rap est-elle dans la famille des musiques électroniques ?

On vient du boom-bap, ce n’est pas trop qualifié comme électro. Aujourd’hui c’est plus flou, et ce n’est pas évident de savoir ce qui qualifie au juste la musique électronique. Chacun a sa définition. Nous on mélange un peu tout. Et vu que le gros du travail qu’on effectue sur nos sons, on le fait via des ordinateurs, des logiciels et des machines, alors on est tentés de dire qu’on fait de la musique électronique. Mais on garde toujours en ligne de mire la recherche du grain qui apporte cette vibe poussiéreuse et nostalgique. Un peu comme si t’allais fouiner le grenier de tes grands-parents, si t’as 
la chance d’avoir des grands-parents qui ont un grenier bien sûr.

 

Et Tchernolille c’est devenu quoi ? 

Pour nous Tchernolille ça a été une étape importante et très symbolique, car c’est vraiment les prémices de la création de beats et d’instrus de façon un peu organisée pour nous. Tchernolille continue à vivre grâce aux projets d’Art Aknid ou d’Ours Samplus. C’est un collectif de potes, à l’instar de Tour De Manège. Tant que les membres du collectif continuent à sortir des projets, le collectif continue d’exister. Big up à eux !

 

Un dernier mot ou y a-t-il un sujet qui vous tient à cœur que j’ai oublié d’aborder ?

Parler de notre parcours ça nous donne surtout envie de remercier tous ceux qui nous soutiennent. Tous les gens qui nous ont découverts et qui nous écoutent maintenant. On est toujours surpris de voir à quel point notre musique peut traverser les frontières et faire kiffer des personnes partout dans le monde. Merci Star wax.

 

Interview par Supa Cosh… / Photos @akabonni

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