2026-05-29
NxQUANTIZE
Enfant, Sylvain Bremond, découvre la musique et le piano au sein du foyer familial. A l’âge de 10 ans, le Luberonnais commence la batterie en école de musique. Plus tard il découvrir Logic Pro et en récupérant les platines vinyles de son frère il s’immerge dans le beat making. Avec ses proches, sous influence hip-hop ils réalisent leurs premières maquettes. Déterminé, le multi-instrumentiste forge son identité en composant des sons oscillant entre ensembles organiques, musique instrumentale hip jazz et subtiles sonorités électroniques. Sous le pseudo NxQuantize, il commence à produire pour ses ami-e-s : Appolonie, Imane El Halouat, Célia Beaudoux... En 2018 il sort « Bird Syndrome », un album de trip-hop et monte sur scène avec ses frères de sons. Et il multiplie les expériences en tant que batteur avec le groupe de rock Avee Mana. En 2020 il s’installe à Marseille et retrouve d’autres potes, dont Goldie B et Kumanope qui lancent Omakase Recording. Ils lient leur parcours et NxQuantize active sa discographie. En 2023 il lance « OnYi », son deuxième Lp. En 2024 il compose les instrumentaux du onzième album de Grems et cette année il enchaîne « Half-tone Memory », un nouvel album de producteur. Entretien avec un boulimique du beat !
Bienvenu, un verre de ?
Merci pour ton accueil ! Un verre de ginger beer stp. Je ne bois pas d’alcool et je me suis découvert un kiffe pour cette boisson.
Ou as-tu grandi et étais-tu dans un environnement artistique ? Y avait-il des vinyles ?
J’ai grandi dans le Luberon, à Cucuron, mon village dont je suis fier. Ma mère a toujours fait du piano et de l’accordéon, elle m’a très vite posé devant son piano vers 3/4ans, et mes deux parents écoutaient tous les jours de la musique, sur vinyles, cassettes ou Cd évidement. Mon père avait une belle collection de rock, il m’a très tôt plongé dans l’univers musical de son adolescence : LedZep, The Who, Billy Cobham, The Beatles, et j’en passe…
Ma mère était aussi prof de danse contemporaine, elle dansait et faisait danser ses élèves sur des musiques qu’elle rejouais elle même au piano, issus de disques plus oniriques ou voir même expérimentaux comme Glenn Gould, Philip Glass, Georges Winston, William Ackerman, John Surman, Codona, ou encore les belges Soft Verdict. Y’a 4 objets qui ont marqué mon chemin musical à vie c’est les B.O. des films « Space Jam » et celle de « Taxi 1 », qui m’ont plongé illico dans le bain du rap français et US. Puis la compilation de Nu Metal « No Bullshit » où on retrouve des artistes comme Deftones, Incubus, POD, Millencolin, etc. Enfin, le jeu « Tony Hawk’s Pro Skater 2 », dont la B.O. est remplie de rap et de rock US, m’a apporté énormément de sources intéressantes dans une époque sans internet. J’ai attaqué la musique réellement par la batterie en école de musique à 10 ans, et puis au collège, avec mes potes y’avait pas une journée sans parler de musique. On découvrais des tonnes de trucs tous les jours, via les grandes soeurs et grands frère, les radios aussi.
As-tu commencé par chiner des vinyles avant de faire des beats ?
Pas vraiment, c’est venu au même moment je dirais. Ma mère avait une platine secondaire dont elle ne se souciait peu, et quand, vers 6/7ans, je découvre la B.O. de « Taxi 1 » avec des instrus scratchées, je scotch direct. Puis j’ai pris un 45 tour de « Flashdance » qu’elle avait en double et j’ai fait mes premiers scratches comme ça (rires). Pour le digging, plus tard, mon grand frère a eu une paire de platine pour mixer des morceaux clubs comme Garnier, Vitalic… Et quand j’étais à la fac il s’en est séparé, c’est au même moment que j’ai commencer à découvrir Logic Pro, à faire mes première instrus, écrire des texte, scratcher et mixer du hip-hop. J’ai toujours capté depuis petit que le rap se faisait en samplant des morceaux existants, et que c’est cela qui faisait l’essence et l’esthétique d’un morceau ou d’un courant de rap. Donc de la même manière j’ai commencé à digger n’importe où j’allais, en voyage, en séjour, etc. Et ça a ouvert ma culture musicale en grand.
Combien d'instruments joues-tu et as-tu une formation ?
Je joue principalement de la batterie, mais j’aime jouer d’autres instruments pour composer comme la guitare, la basse, les claviers, les synthés. La batterie j’en joue parfois dans mes morceaux. Par exemple, pour « Half-tone Memory » les batteries sont à 80% enregistrées par mes soins. Autrement j’ai un groupe de rock qui s’appelle Avee Mana, dont je suis le batteur et où je compose en partie la musique.
Ta première expérience scénique en tant que compositeur ?
Ma première expérience scénique en tant que NxQuantize c’était en 2018, quand j’ai sorti mon premier album « Bird Syndrome », j’ai voulu mettre en scène ma musique, produite dans une chambre, donc difficile à rendre vivante. Pour trouver des idées je me suis tourné vers mes inspirations principales de l’époque, à savoir Dj Shadow, Flying Lotus, et Bonobo.
J’ai tout de suite compris qu’il me fallait être accompagné de musiciens, j’ai fait appel à deux acolytes, Jules Carrion à la batterie et Julien Amiel à la guitare et la basse, et notre premier concert a eu lieu dans une asso proche de la fac d’Aix-en-Provence qui faisait des concerts et des jams. Ensuite j’ai continué dans cette voix, j’ai agrandi le band mais aussi appris à jouer ma musique en solo en fonction des contextes et des envies.
Avant de nous parler de ta rencontre avec le couple derrière Omakase Recordings, ou as-tu placé des prods ?
En fait j’ai commencé à faire du rap et des prods à la fac, et j’ai immédiatement eu des groupes de rap à cette époque, avec mes amis Anone, Les Gardiens de la Prose, BAS ART et RPF à l’époque. J’ai jamais vraiment cherché à placer des prods comme tout beatmaker qui aime partager son art avec d’autres artistes, j’ai plutôt voulu faire des projets avec mes amis, mes proches. Produire des artistes de mes crew de rap, mais pas seulement, aussi produire des chanteuses de tout horizon musical comme Appolonie, Imane El Halouat, Célia Beaudoux, Louise Baudu, faire participer des instrumentistes aussi pour mes morceaux, et peu à peu il n’y a eu qu’un pas entre le hip-hop et le trip-hop/downtempo. Ma rencontre avec Omakase est venue plus tard. Je connaissais déjà Bonnie depuis le Lycée ! Puis quand j’ai emménagé à Marseille en 2020, on s’est beaucoup vus par nos entourages commun, on as agrandis les cercles. Et ils m’ont fait une proposition des plus touchantes, celle d’être le premier artiste à signer un Lp chez Omakase. C’est comme ça qu’est né notre bébé commun en 2023, mon second album : « OnYi ».
Tu as composé tout les titres pour « Algèbre 3.0 », de Grems. Vous n’etes pas du même coin et pourtant vous etes proche. Comment ça c’est passé ?
Grems, dans mon cursus rap fût un passage obligatoire plus jeune. Si t’aime le rap au sens pur, à un moment, il tombe logiquement dans tes écouteurs. Donc j’avais déjà connaissance de son parcours musical, de la majeur partie de sa discographie et j’avais vu déjà quelques concerts dans sa période « Algèbre 2.0 », « Guacha » et ses tournées avec les Foreign Beggars. On s’est rencontrés en 2020 par un hasard de la vie, il a atterri chez moi un soir via des amis communs et on s’est plus lâchés. J’ai trouvé un grand frère de la musique : une personne des plus travailleuse, motivée et passionnée que j’ai rencontré dans ma vie. Il m’a fait entré à la dernière minute sur son huitième album « Muses Et Hommes » avec les tracks « Chat Haret » et la « Guilde », à distance. Après ça, on a commencé à se fréquenter, se retrouver chez lui à Anglet, à l’époque. On faisait de la musique côte à côte, sur le même bureau. De mon côté je produisais en boucle non stop, et lui de son côté écrivait en boucle non stop. Et de temps en temps on fais une pause pour écouter des morceaux qu’on kiffe. Avec les quelques prods qui vont rester de ces séjours chez lui, il m’emène chez Blanka à Beaucaire pour parfaire son 10ème album « 10PKHO ». Suite à ça, la cadence s’accélère, on passe de plus en plus de temps ensemble, à affiner nos échanges artistiques, et naturellement une patte commune se créer tout au long de ce processus. Alors, il me propose de faire un album commun en 2024 et de l’appeler « Algèbre 3.0 ». J’en reviens pas trop sur le coup, car j’étais moi-même fan du 2.0 qui a été un succès produit par le très talentueux Noza. Il me faisait là un immense honneur.
Il y a peu, c’était la release de ton nouvel album, comment a t-il été accueilli ?
« Half-tone Memory » a reçu un accueil des plus tendres, j’en suis encore sous l’émotion. Merci à Star wax mag, à FIP, à radio Grenouille, radio Campus et radio Bam qui ont été les premier à jouer et parler de ce projet ! J’ai guidé ce disque jusqu’à sa sortie en totale indépendance sous mon propre label : PiAF! Nous ne sommes qu’au début de sa route dans l’année 2026, j’ai déjà fait quelques dates en France, entre Paris et Marseille, et d’autres arrivent : le 24 mai chez Hemera à Marseille pour le take over de SeaOfSentiments, le 30 mai au festival Volcan de Nuit à Nuits-St-Georges, le 21 juin chez Dérive à Marseille, et un concert d’écoute et de dégustation du Thé « Half-tone Memory » à Bruxelles …
Il y aussi un thé spécial qui à été conçu pour l’occasion…
Ma maman, Dominique Charriez, et Aude Frère sont des productrices de Thé Pu’Erh sous le nom des Thés Terre de Ciel depuis 2005. Elles parcourent les montagnes, étudient les terroirs, apprennent à choisir et produire leurs thés. Pour l’occasion de la sortie d’ « Half-tone Memory », j’avais à la fois envie de créer un merch. original et de faire un projet avec ma maman. C’était l’occasion rêvée pour lui demander de créer un thé en édition limitée pour cet album. Le thé est disponible sur leur site internet : the-puerh.com ! J’aime que ce projet soit raconté par un ensemble de personnes et pas seulement à travers la musique, j’ai réunis plusieurs ami-e-s pour sortir des oeuvres et produits dérivés de cet album : Victoria Vie a réalisé la cover de l’album en faisant des cyanotypes originaux qu’on retrouve dans la cover officielle, mais aussi en stop motion dans le clip de « Half-tone Memory », en streaming ci-dessous et full album ici. Puis Jules Massa, a pressé des cassettes audio avec son label Bizarre Obstruction Records, c’est disponibles via Bandcamp. Et Paul Réal, fondateur de Sea Of Sentiments, est en cours de création d’une édition limitée de tee-shirt confectionné dans un coton biologique, équitable, dont les bénéfices seront reversés aux associations qui protègent les fonds marins. Bientôt disponible aussi sur mon Bandcamp.
Qu'est-ce qui t'animais quand tu composais pour "Half-tone Memory", que recherches-tu sur l’auditeur ?
« Half-tone Memory », techniquement, est parti d’une époque où on avait fondé un studio nommé Cool Train Studio. Et à l’époque, lorsque je rentrais de mon travail principal, la maçonnerie, je posais mes affaires et fonçais sur ma MPC pour chopper quelques samples du soir, pour me vider l’esprit. La différence, c’est que pendant un temps, un fois le sample choppé, au lieu de bâtir un beat sur la machine, je descendais au studio, branchais deux micros maximum sur ma batterie et jouais des parties sur les samples choppés plus tôt. Ce détail a créé involontairement un processus créatif intéressant ou je mêlaais du sample coloré d’époques et de géographies musicales variables, à une production toujours dans un DAW comme un beatmaker, mais plus vivante. Depuis que j’ai commencé le beat making, mais particulièrement à cette époque, je me passionnais pour la library music, cette inspiration va guider toute la composition d’ « Half-tone Memory ». Ca m’a poussé logiquement vers l’invitation de musiciens tels que Ezequiel Celada au saxophone, Jules Carrion à la batterie sur un titre, Alexandre Florentiny, Julien Amiel, Théo Panchèvre et Victor Teyssèdre à la basse, Martin Baudu au violoncelle et guitare basse. Ils ont prolongé les airs des samples, forcé le trait d’union entre le sample et l’interprétation des titres. Puis, j’ai invité des auteurs-autrices à écrire et chanter des morceaux comme Imane El Halouat, Elodie Rama, Blaze 5th…
Et Janko Nilovic - interview ici, peux tu nous parler du processus de creation d’« Orange Car » ?
Janko Nilovic, comme la plupart des belles rencontres faites dans ma vie musicale, est tout aussi simples que les autres : une rencontre tendre et hasardeuse. En fait, c’est le voisin d’un membre de ma famille. Voilà, c’est tout simple (rires). Drôle de constatation faite autour de 2020, quand en tant que beatmaker, je connaissais déjà bien et respecte très fortement son travail et sa carrière. Grâce à cela je suis entré en contact avec Janko : un homme d’une simplicité rare au vu de son parcours, et d’une générosité hors norme. J’ai d’abord passé pas mal de temps au téléphone avec ce dernier, à l’époque c’était la Covid, donc difficile de communiquer autrement qu’à distance. C'est pour cette raison qu'il n'a pas joué les claviers, alors il a écrit la partition et nous l'avons rejoué avec des amis musiciens et j'ai produis "Orange Car". J'ai fait la connaissance d’un homme gentil, disponible, curieux et à l’écoute. Je lui posais une somme large de questions, sur sa carrière, ses méthodes, ses points de vue et il répondait toujours avec un enthousiasme motivant. A force d’échanges et de sympathies, me vient un élan d’inconscience, je lui demande : « veux-tu bien m’écrire une musique ? » Quel fou je suis, moi un petit beatmaker de la campagne provençale... Et avec son enthousiasme habituel, il accepte en ajoutant que si le premier jet ne me convient, alors il recommencerait. Je suis abasourdi de cette générosité. En fait, Janko aime son métier, il aime la musique et il aime les gens. Voilà son secret. Et il m’a fait l’honneur, en tant que ponte et légende notamment de la library music, de participer à cet album. J’ai beaucoup de respect pour lui. Merci Janko.
D’ou proviennent les cordes d’« Uncanny » et quel instrument est-ce ?
Les cordes d’Uncanny est un sample d’un ensemble de corde, surement une grosse section de corde d’un orchestre symphonique, je vous laisse chercher un peu, et vous pouvez donner votre langue au chat en m’écrivant sur instagram, je me ferais un plaisir de vous le dévoiler en privé (rires).
Tu aimes bien inviter d’autres musiciens, c’est une première avec la chanteuse Elodie Rama sur « How Many Moons » ?
Oui c’est une première musicale entre Elodie et moi. Encore une fois, Elodie Rama est une artiste marseillaise que je suis de près depuis mon arrivée à marseille, en 2020, via notre entourage commun dont Le beat maker Creestal, Dj Djel membre de la FonkyFamily, et bien d’autres encore. J’ai contacté Elodie que je ne connaissais pas personnellement à l’époque, et c’est encore une fois une histoire de personnes bienveillante parce que je lui ai soumis un morceau sur lequel je l’entendais déjà chanter fantomatiquement lors de la composition du titre, et elle a gentiment accepté, immédiatement ! Elle est d’une rapidité impressionnante, elle est visionnaire, je pense qu’elle a ce don naturel pour donner un univers et une émotion précise à un morceau.
Utilises-tu l'IA et si non, pourquoi ?
Oui ça peut m’arriver d’utiliser l’IA ! Dans le cadre de la musique, à part séparer des stems de titre, pour le moment rien d’autre. Mais je compte bien me mettre à Suno, car au delà de créer bêtement des choses, il peut devenir un assistant intéressant. Notamment pour retravailler des samples, des prises, etc.
Renaud Letang – interview ici - penses que le mixe des médiums est primordiable pour un bon son, qu’en dis-tu ?
Wow, vaste question. Je suis assez d’accord avec lui. Généralement on donne beaucoup d’attention aux basses et aux aiguës, avec les évidences et les clichés qui vont bien. Du mono à tels et tels endroits pour la solidité, et puis les tordre ou les compresser de tels ou tels manière pour la modernité du mix, etc. Mais les mids c’est un point sensible je crois, plein de noeuds fréquentiels peuvent s’y créer logiquement, donc oui, faire un bon ménage dans les mids, créer une harmonie à cet endroit là du tableau fréquentiel semble important pour la clarté d’un mix.
Es-tu sans cesse en studio ou vas-tu en soirée, concert, festival ?
Je passe effectivement beaucoup de temps en studio, mais il faut bien en sortir pour être inspiré, sinon je serais un rat de labo tout livide et socialement coupé du monde (rires). Oui j’aime énormément découvrir ou revoir des artistes en live, j’affectionne particulièrement les petites salles pour une raison de jauge parce que j’ai du mal à apprécier un concert en étant compacté dans une foule, où la scène est difficile à observer. Mais j’ai parfois aussi adoré, avec parcimonie, voir de gros concerts avec la puissance d’un immense public de festival ou d’un Zénith !
Collectionnes-tu encore le vinyle et qu’est-ce qui t’obséde quand tu dig aujourd’hui ?
Oui bien sur, je collectionne vinyles, cassettes audios, et Cd ! J’ai pas d’obsession particulière, mais j’aime le rituel de l’écoute sur ces supports. C’est comme se préparer un thé, il a une forme cérémoniale légère lors de laquelle tu allume tes machines, tu cherche un disque, tu le manipule, l’observe et enfin le pose sur la platine. Il retentit. Et tu t’échappe dans la musique, dans la pochette. Tu lis et tu ronge chaque crédit qui y figure, tu comprends, tu apprends sur la ou les artistes de l’album.
Sinon tu as aussi une passion pour les jeux vidéo ?
Une passion je ne sais pas si je peux prétendre à cela mais enfant j’ai beaucoup joué, ça c’est clair. Je suis totalement influencé par les bandes-son de Zelda : « Ocarina of Time », « Majora’s Mask », « The Wind Waker » et « Breath of the Wild ». Je pense que cet aspect onirique se ressent dans ma musique, et que c’est une des raisons pour laquelle mes productions ont évoluées vers l’orchestration trip-hop et down tempo.
Pour finir quel ton adage ?
Un seul adage : OnYi. Comprendra qui pourra. Merci Star Wax Mag.
Interview par invisibl journalist / photo Pauline Roy.