NOCTO INTERVIEW & PODCAST 70 | Star Wax Magazine

Nocto Exclusive mix

2022-02-06

NOCTO INTERVIEW et PODCAST 70

Nocto est un musicien et compositeur de musique électronique en provenance de Strasbourg. En 2020, il avait participé à la compilation « Nebula Aranea #01 » sur Bella Ursa Recordings. Il revient avec “Uncanny Valley”, un premier album de douze titres sur le même label. Une maison adepte du DIY et d’édition « limitée cassette ». Nocto explore les genres en fusionnant electronica, break, Uk house, downtempo et ambient. Les chants, les mélodies suaves, les sonorités organiques et percussives ainsi que les effets « noise » dégagent une ambiance aérienne et une esthétique planante tout au long de l’album. Le producteur nous parle de ses références, sa première performance live, la manière de construire avec subtilité les sons pour solliciter l’imagination de l’auditeur et sa définition de la musique hybride. Et il nous fait l’honneur de réaliser un Star Wax Mixe exclusif incluant certaines de ses productions et des morceaux qu’il affectionne.

Joues tu d’un instrument ?
Oui, je fais de la batterie depuis mes 12 ans, je joue aussi de la basse puis je me suis perdu dans un tas d’instruments que je ne joue pas très bien mais qui m’aident à faire des arrangements. Je me suis formé aux Arts Sonores, une sorte de licence en appréciation du bruit et en théorie du son.

Comment as-tu découvert la musique électronique ?
Je dirais que c’est un processus en deux étapes. D’abord, pendant mon enfance dans les 90s, ma radio préférée proposait des mix techno et trance en soirée une à deux fois par semaine. C’était mon rendez-vous, ma bande son pour jouer au Lego. Avec une cassette vierge dans mon transistor prête à enregistrer les bons morceaux. Donc ça tapait Three Drives On A Vinyl, Da Hool, Push ou Energy 52 dans ma chambre. Plus tard, je dirais que j’ai replongé dans la musique électronique avec l’âge d’or berlinois au milieu des années 2000. Sascha Funke, Ellen Allien, Ben Klock, Apparat… Je suis tombé amoureux des labels BPitch Control et Kompakt. Je m’étais aussi mis en tête de faire de la drum’n’bass à la batterie ce qui m’avait aussi ouvert sur la scène anglaise. Je mentionne aussi la scène electroclash avec Miss Kittin, The Hacker, Fischerspooner… qui m’avait bien retourné le cerveau à l’époque où je redécouvrais les sons électroniques.

Ton premier live et ton set up ?
Mon premier live électronique sous le nom de Nocto remonte à 2012 environ dans une petite salle à Camden à Londres. J’avais dit oui à un programmateur de soirée alors que je n’avais aucune idée de comment jouer ma musique en live. Dans l’urgence et dans l’inconfort on devient créatif, on trouve des solutions et finalement ça a beaucoup plu. Ça m’a redonné confiance et puis j’ai continué. Le setup de base est en réalité une forme de looper géant programmé dans Ableton Live piloté par deux contrôleurs. L’un gère mon mix et les loops, l’autre l’aspect instrument lead et les paramètres des effets. Cela me donne la possibilité d’improviser la structure des morceaux et de rendre l’ensemble dynamique et faisant du dub mixing. Lorsque la salle le permet, j’ajoute également une boite à rythme, un synthé. J’utilise aussi un steel drum ou une guitare électrique de temps en temps.

Quand as-tu commencé à produire ?
Alors si improviser de l’acid house à 200 bmp avec des logiciels sous windows 98 est considéré comme de la production, je dirais depuis 2002. Mais j’ai réellement commencé à produire des morceaux 3 ans plus tard avec mes groupes de musique puis pour moi en voulant faire timidement de la musique électronique comme mes idoles. L’événement décisif était probablement lorsque j’ai reçu la commande d’un morceau électro qui devait être diffusé à l’université de Strasbourg. J’ai évidemment répondu oui alors que je ne savais pas trop comment faire ça. Je me suis débrouillé avec un ami, sans tutos YouTube à l’époque. Ce n’était pas fameux mais le processus avait été riche en apprentissage et en convivialité.

Quelles sont les artistes qui t’influencent ?
Je vais citer les plus évidents pour moi au moment où je vous parle mais en réalité c’est une réponse sans fin, il y en a beaucoup, beaucoup. Burial, Floex, Dj Krush, DJrum, DJ Shadow, Rythm & Sound, Donato Dozzy, Lorn, Low, Ben Lukas Boysen, Barker, Jamie xx, Aphex Twin (c’est cliché ? bon…), King Tubby, Kate Bush, Moderat, Nils Petter Molvær, ma mère. Allez, on s’arrête là pour la pointe de l’iceberg, si vous voulez parler musique vous savez où me trouver !

Comment es-tu connecté au label Bella Ursa Recordings ?
Je connaissais le parton de la scène électronique strasbourgeoise, Letherique himself. Il m’avait invité à quelques reprises pour des lives dans son émission sur Radio Capsule. Une belle relation est née et il m’a ensuite proposé de mettre un morceau sur la première compilation de son label : « Nebula Aranea #01 ». Un morceau que je qualifierais de “sacrement-lo-fi-c’estbizarrequetulaimes”. Suite à quoi, il m’a proposé de sortir “Uncanny Valley”. Artistiquement c’était limpide, c’était dans la ligne cosmique du label, ça marchait entre nous. Nous avons sorti l’album. Merci Bella Ursa.

Comment définirais-tu ta musique ?
Je ne sais pas répondre à cette question. Je ferai de mon mieux. Je dirais que si vous avez réussi à vous sentir dans un espace, un road trip, y voir des images, une émotion…Si vos oreilles ont été surprises ou taquinées c’est que vous avez été impacté et c’est ça qui donnera du sens à cette musique. Si vous avez bougé tête et que vous vous sentez mieux après un morceau, c’est que j’ai transmis ce que je voulais transmettre. La musique hybride est une musique qui n’obéit pas à un style, scène ou mouvement culturel précis. Elle demeure difficilement classable car elle emprunte, mélange les influences, les origines, fait des clins d’œil à des époques, à des artistes…pour la faire courte, en ne respectant pas les conventions de genres, elle devient électron libre…et qui sait, si c’est vraiment bien, crée un nouveau genre ! (rires)

 

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Combien de temps as-tu mis pour produire “ Uncanny Valley ”?
Certaines ébauches de cet album remontent à 2017 c’est donc dur de calculer le temps passé à travailler dessus, mais je dirai que le gros de l’album était déjà prêt fin 2019. Je n’avais cependant pas l’univers visuel ni l’ordre des morceaux.

Comment as-tu produit le titre “ Uncanny Valley ” ?
Le morceau « Uncanny Valley » est assez curieux comme morceau car il est construit sur le principe de compressions de larsens générés en continus par le logiciel : on branche une entrée avec une sortie, le signal s’amplifie lui-même à l’infini, ça crée ce son très agressif, celui que tous les ingénieurs du son craignent ! C’est donc la rythmique du morceau qui déclenche un traitement de compression qui vient écraser et faire taire le Larsen, mais uniquement le temps de l’impact. Cela donne cette impression de pompe industrielle très froide. Autrement, il y a un pivert qui taille un arbre si vous écoutez bien. Pour le reste c’est deux synthétiseurs (une version DIY du Buchla et un Fm), un gamelan, beaucoup de distorsion et des branches de séquoia qui font les percussions (que vous retrouverez tout au long de l’album).

Quelles ont été tes inspirations pour produire le morceau « Fractal Root » ?
Je peux citer des choses qui y ressemblent mais dans le processus de production je ne pense pas vraiment à des artistes en particulier. Avec le recul, je dirai qu’on est dans la planète Burial qui dérive vers la Cumbia électronique de La Chancha via Circuito avec un lead torturé inspiré de Noisia ou Lorn.

Qu’est ce qui diffère de tes autres Eps ?
La principale différence avec mes précédents Eps est que je pense m’être décomplexé sur certains aspects comme l’utilisation de sons plus durs, plus distordus, comme assumer une coda harsh noise sur « Uncanny Valley » par exemple ou fabriquer des sons plus lo-fi. Je pense aussi avoir affiné une certaine cohérence artistique. C’est une impression, mais ce n’est pas à moi d’en parler. Je vous laisse en juger seul.

Tes projets pour 2022 ?
Ce n’est pas simple de se projeter en ce moment, avec les restrictions on ne peut plus booker. C’est déjà un travail chronophage, tout cela pour que les dates soient annulées, ce n’est pas constructif ni nourrissant. J’ai l’impression que la période me pousse plutôt à une forme d’intériorité et je l’accepte en restant créatif. Le travail de studio est donc propice à cela. Je prépare des remix de Letherique http://starwaxmag.com/swm68/ , Sonic Area… J’expérimente avec des artistes locaux, sans but précis mais plutôt dans l’optique de rencontrer des gens et d’enrichir ma pratique. Avec qui collaborer ? Avec plein de gens, évidement avec tous les artistes cités tout à l’heure ! Ce serait le rêve ! Mais si je devais me lâcher je ferais un projet complètement perché avec une chanteuse de J-pop.

Un dernier mot ?
N’ayez pas peur même si on veut vous retourner le cerveau pour vous faire craindre l’autre, la souffrance ou la mort. Cultivez la lumière en vous et l’amour de l’autre, même s’il est casse couilles très souvent. C’est le plus important.

Par Sabrina Bouzidi.

TRACKLIST STAR WAX PODCAST 70
00:00 _ Flupke “IOAHI » (Nocto remix)
03:59 _ Paul Kalkbrenner “Steinbeisser“ (Wighnomy Brothers Remix)
08:25 _ Clams Casino “All I Need”
11:21 _ Ben Lukas Boysen “Kenotaph“
16:00 _ Nocto “Ghostrain”
21:20 _ Barker “Hedonic Treadmill”
25:00 _ Nocto & Elisa “Coma”
26:54 _ Nocto “Wider”
32:18 _ Djrum “Hard to Say” [RS 1913]
38:22 _ Kraftwerk “Tour De France”
43:03 _ Rhythm & Sound “King In My Empire”
49:00 _ Lee Gamble “Insta Centre”
50:08 _ Nocto “Don’t Give Up”
54:40 _ Low “Poor Sucker”
57:50 _ Nocto Feat. Fanny “Moving lines”
1:02:45 _ Burial « Gutted »
1:07:15 _ Lorn « L’appel du Vide »
1:11:45 _ Max Richter « Solitaries »
1:16:45 _ Облака (Oblaka) « Sintipon »