Nate Smith Interview | Star Wax Magazine

2022-05-16

Nate Smith Interview

À l’instar du trompettiste Theo Croker, Nate Smith incarne un registre jazz ouvert au rap et à la soul. Particulièrement soigné, « See The Birds », le deuxième tome de la trilogie « Kinfolk » confirme cette dimension. À cette occasion, le batteur originaire de Virginie évoque ici ce triptyque, une figure tutélaire comme Vernon Reid mais également la scène anglo-saxonne du jour et ses trois disques fétiches…

 

Pourquoi composer une trilogie ?

Cette formule est une façon comme une autre d’évoquer mon parcours artistique, de me présenter en tant que créateur. Le but final est d’intégrer le public au dispositif, d’élargir ma famille de cœur. Concernant « See The Birds », le titre du deuxième volet de la série « Kinfolk », je me suis remémoré des souvenirs d’enfance, lorsque je regardais voler les avions. Je m’imaginais déjà itinérant et affairé. Dans le prolongement, je me demandais où allaient ces avions. En fait, pour les besoins de cet album, j’ai sublimé ces impressions. Et les avions sont donc devenus des oiseaux. Pourtant cette déclinaison n’a rien d’anodine : rappelons que dans la musique, et plus précisément dans le gospel, l'oiseau est symbole de liberté…

 

Pour ce nouveau disque, vous invitez de nombreux musiciens dont le guitariste Vernon Reid. Pourquoi ce choix ?

Vernon Reid est le membre fondateur et leader de Living Colour et ce groupe a changé ma vie. Il a élargi mon esprit concernant le champ des possibles ! À ce titre, avoir Vernon sur mon nouvel enregistrement, c’est comme un rêve qui serait devenu réalité. Idem pour la violoniste Regina Carter : c’est une grande musicienne et une bonne amie. Je suis honoré qu'elle joue sur le titre « Collision ». Pour revenir à Vernon Reid, il est le représentant de la Black Rock Coalition. Sans intégrer directement ce mouvement, j'aime sa façon de faire et notamment ce soutien apporté aux artistes afro-américains dans des domaines comme le rock and roll ou les musiques alternatives. Au passage j’ai une pensée pour le critique Greg Tate, un membre historique de la Coalition disparu en décembre 2021. C'était un génie !

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Live video at Jazz Is Dead

ArtDontSleep Presents Jazz Is Dead with Nate Smith + Kinfolk LIVE at Lodge Room

Live video at Jazz Is Dead | Star Wax Magazine

Vous sentez vous proche d’un label comme International Anthem ou de la scène jazz britannique du jour et d’un instrumentiste tel Shabaka Hutchings ?

Force est d’admettre qu’il y a aujourd’hui une profusion de musique : ça vient de tous les coins du globe ! Sinon oui j’adore International Anthem (un catalogue de Chicago réputé pour la qualité de ses choix éditoriaux, Ndlr), et en particulier Makaya McCraven. Pareil pour Shabaka Hutchings et ses différentes formations : c’est un brillant chef d’orchestre. Il ne manque pas d’audace… En tout cas, c’est mon point de vue de batteur. Pour l’histoire, tout bon rythmicien doit structurer un environnement musical. Il permet ainsi à chacun de trouver sa place, sur disque comme sur scène, et use de qualités comme le dynamisme ou la confiance en lui.

 

Vos trois disques préférés ?

J’ai de l’attachement pour Sting et son premier album soit « The Dream Of The Blue Turtles ». La formation est incroyable, avec Omar Hakim à la batterie ! J’aime la façon dont ce groupe a su renouveler le répertoire du leader de Police et lui donner un second souffle. Arrive ensuite Prince et son double Lp « Sign Of The Times ». C’est sans doute le grand disque de sa période apparentée jazz. Sa collaboration avec le claviériste et arrangeur Clare Fischer sur le titre « Slow Love » est juste stupéfiante ! Enfin, cette sélection ne serait pas complète sans Quincy Jones et « The Quintessence ». C’est l’album qui m’a poussé à composer. Les textures sonores sont d’une richesse inouïe. Et le groupe groove remarquablement. Le tout est à écouter, si possible, via le support vinyle : c’est sans conteste le meilleur format pour apprécier la musique. Sans parler de la richesse exprimée par les visuels et notamment par les pochettes.

NATE SMITH + KINFOLK "SEE THE BIRDS (feat Michael Mayo + Joel Ross)"

Outre Nate Smith, Star Wax vous conseille « BLK2LIFE II A FUTURE PAST », le récent album de Theo Croker. Illustré par une foule d’invités dont Wyclef Jean et Gary Bartz, cet opus offre un panorama passionnant de la scène afro-américaine du jour. Dans le même esprit, le pianiste Robert Glasper propose « Black Radio », trois sessions situées à la croisée du jazz, du rhythm and blues et du hip-hop. Truffés d’arrangements démentiels, ces différents volumes sont signés par le prestigieux label américain Blue Note. Parrain de cette scène musicale, le regretté Roy Hargrove reste indispensable comme le rappelle « Hard Groove », un disque porté par le groupe The RH Factor et où sont conviées des pointures comme Erykah Badu, D’Angelo et Common. Enfin les cousins sud-africains de BLK JKS (prononcez Black Jacks) complètent cette sélection via « Abantu/Before Humans », un récent Lp où les quatre de Johannesburg s’imposent comme les chefs de file du courant afro-punk.

 

Nate Smith sera en concert mardi 24 mai 2022 au Trabendo, à Paris. Ouverture des portes : 19 heures.

 

interview par Vincent Caffiaux / Photos par Laura Hanifin et Dave Stapleton