Mr BIRD INTERVIEW | Star Wax Magazine

2022-11-15

Mr BIRD INTERVIEW

Dès son plus jeune âge Steve Bird baigne dans la musique grâce au vinyle et à la pratique de plusieurs instruments. Influencé par les scènes alternatives anglaises pendant les 90’s il devient Dj puis beatmaker. À partir de 1999 il sort des productions sous le pseudo Mr Bird. Ses compositions mélangent des samples à des notes de guitare et de synthés funky. Après quatre albums et des dizaines d’Eps sortis en physique sur divers labels, en 2022 il lance « Bird Beats », chez Tangential Music. Soit 36 titres de hip-hop instrumentaux en 9 volumes. Retour sur plus de vingt ans de passion pour la musique groovy.

 

 

Où as-tu grandi et comment était-ce ?

J’ai grandi à Newcastle, une ville au nord de l’Angleterre qui était cool. C'était loin de Londres mais y a toujours eu un esprit indépendant et une bonne scène musicale, certes pas aussi connue que celle de Manchester, Liverpool ou Bristol. L’avantage c’est que nous étions hors circuit de ces villes et donc plus libres de créer comme nous voulions.

 

As-tu grandi dans un environnement musical ?

Oui, mon père travaillait comme conférencier et il a toujours joué dans des groupes pendant son temps libre. Il était pianiste, guitariste et il jouait aussi des percussions. Il y avait toujours des guitares et un piano à la maison. J’étais meilleur au piano mais je suis plus guitariste que pianiste ! À une période, il avait également un Hammond avec des haut-parleurs Leslie dans le salon et quatre Fender Rhodes. Malheureusement il les a revendus et, à l'époque, j'étais toujours trop fauché pour en acheter un. Une fois, lorsque mes parents étaient de sortie, j’ai jammé avec sa Stratocaster noire préférée. J’ai dû rendre dingue les voisins. J'avais aussi l'habitude d'acheter beaucoup de tourne-disques vintage quand j'étais très jeune, j'ai notamment celui où l’on empilait les 45 tours. Ce modèle permettait de jouer les 45 tours automatiquement les uns après les autres. Je pense que c'était le début de ma carrière de Dj (rires).

 

Est-ce le hip-hop ou le funk qui est entré dans ta vie en premier ?

D’abord le funk parce qu’enfant mon père jouait du James Brown, Curtis Mayfield et beaucoup de musique soul. Aussi du reggae, de la pop, et des groupes des années 60. Puis, au début des années 80 le breakdance a frappé le Royaume-Uni. Nous étions donc tous influencés par les nouveaux sons électro. A l’âge de treize ans j'économisais afin d’acheter des imports de hip-hop et d'électro dans l'un des magasins de disques de la ville. À l’époque, en 1985, "Juice" de World Class Wreckin' Cru était mon vinyle favori. C’est un des premiers vinyles de Dr Dre. J'étais alors un enfant indépendant au milieu des années 80. Et l’arrivée des raves party à la fin des années 80 a transformé la décennie suivante en quelque chose de fou. Grâce à la techno, au hip-hop, et au funk, j’écoutais beaucoup de genres différents de musique.

 

A quel moment as-tu commencé à chiner et à être Dj ?

Il n'y a jamais vraiment eu un moment précis où j'ai décidé. J'ai grandi avec la musique et petit à petit j'ai acheté puis accumulé des disques. C'était une progression assez naturelle car ensuite, pour le plaisir, j’ai joué ces disques lors de fêtes. J'ai continué et ce fut l’effet boule de neige, surtout à partir du moment où j’ai bloqué sur les breaks pour le Djing. À partir de là je me suis focalisé sur la production en mode home-studio en espérant sortir beaucoup de choses dans les années à venir.

 

As-tu commencé par chiner des 7 ou des 12 inch ?

Mon premier achat était une cassette, l’incroyable musique sci-fi de la série télévisée britannique Dr Who, réalisée par la BBC Radiophonic Workshop. Sinon j'aime aussi bien les 7 que les 12 inch, mais maintenant je préfère jouer avec le Digital Vinyl System ou les 7" car c'est plus facile à porter pour mes vieux os d’autant que j'habite au 5ème étage sans ascenseur. Aujourd’hui lorsque je porte deux gros sacs de 12" et que j’arrive au 5ème je suis quasiment sur les rotules.

Future Retro

Comment était la scène britannique à l'époque ?

Il y avait beaucoup de free parties et de raves dans les années 90, des soirées folles dans des entrepôts et dans des forêts, dont certaines étaient financées par des circuits parallèles. J'étais vraiment dans la scène techno à ce moment-là, puis après la scène drum and bass. C'est en fait ces genres de musique que j'ai produit en premier.

 

Quand as-tu décidé de quitter l’Angleterre pour Lisbonne ?

Je suis allé au Portugal pour la première fois en 2006, et j'ai fait des allers-retours entre Newcastle et Lisbonne pendant les trois années suivantes. Puis j'ai décidé de m'y installer définitivement. Je suis allé à Lisbonne par amour, ça fait maintenant treize ans que je suis ici et c'est définitivement chez moi ! Bien sûr, ma famille et mes amis me manquent, mais ils aiment tous Lisbonne, c'est donc formidable qu'ils puissent de nouveau me rendre visite depuis la fin de la pandémie.

 

Combien as-tu de vinyles dans ta collection et comment organises-tu ça ?

Je ne sais pas, ma collection n'est pas si grande, j'ai vendu pas mal de choses au cours des deux dernières années… donc ma collection s'est un peu plus allégée, mais j'achète toujours du vinyle quand je peux et j'aime chiner chez les nombreux disquaires de Lisbonne. Ma collection n'est pas réellement organisée, c'est un gros mélange entre du hip-hop, funk, house, break beat, disco, reggae, jazz, library music, effets sonores et des disques de spoken word.

 

À quel moment as-tu décidé d'être beatmaker ?

Hmmm… alors j'ai joué du violoncelle pendant trois ans de 10 à 12 ans. Puis à l'adolescence j'ai commencé à jouer de la guitare dans des groupes et j'ai acheté un TASCAM Portastudio, un quatre pistes à cassette, pour pouvoir enregistrer le groupe. À partir de ce moment je suis vraiment tombé dans l’enregistrement de la musique. Puis un ami m'a dit qu'il s'était inscrit à un nouveau cours de production musicale dans un collège local, qui était équipé d’un tout nouveau matos dans un nouveau bâtiment ! J'ai donc fait trois ans là-bas pour étudier la production musicale, la synthèse, l'enregistrement, l'électronique et les premières versions de Cubase et autre matos digital... Puis avec ma première bourse j’ai acquis un sampler et un Atari ST. À l’époque il n’y avait pas de software gratuit. Et un ami m'a patiemment enseigné l'essentiel du beatmaking et les sources d'où venaient tous les différents breaks, c’était tout nouveau pour moi à ce moment-là !

  

Collectionnes-tu d’autres choses que les vinyles ?

Principalement des choses liées à la musique, comme des guitares, des boîtes à rythmes, des synthés, etc. Je n'ai pas vraiment beaucoup d’objets vintage chez moi, mais je suis toujours tenté si je vois quelque chose lié à la Hi-fi ou à la stéréo dans un marché aux puces de Lisbonne. J’essaye de résister car mon studio est déjà assez plein (rires).

 

Ta façon de créer un beat a-t-elle changé depuis ton premier album en 2001 ? 

Je ne pense pas (rires) ! Au début, lorsque j'étudiais la production musicale, je travaillais avec un sampler avec une mémoire très limitée. Je faisais principalement de la batterie et de la basse, donc il fallait être très créatif et malin pour découper les samples, car vous n'aviez littéralement pas la possibilité de sampler de longue partie. Donc pour optimiser j’échantillonnais en 45rpm puis ensuite je ralentissais la vitesse au pitch ! Le grand changement pour moi a été lorsque je suis passé du hardware à Ableton Live au début des années 2000, après avoir utilisé Cubase et Logic... J'ai vraiment aimé Live car j’ai eu l’impression que c’était comme une extension des samplers. Ce software a ouvert de nouvelles possibilités de découpage et traitement sonore. J'ai toujours mon AKAI 2000 dans mon studio à Lisbonne et aussi un S5000 dans le grenier de mon père au Royaume-Uni…

 

T’entraînes-tu à scratcher ?

Non, j'avais l'habitude de scratcher sur mes propres productions, je le fais encore occasionnellement. Aujourd'hui j'ai tendance à jouer surtout de la guitare et des synthés ! Ça dépend du morceau, si c'est un morceau hip-hop instrumental je vais probablement dépoussiérer les platines ou demander à un scratcheur, meilleur que moi, d'enregistrer quelque chose.

 

Tu produis surtout de la musique instrumentale, mais récemment tu as sorti "Better Place" avec John Skweird...

Oui, et j'ai aussi beaucoup travaillé avec de nombreux chanteurs au fil des ans, beaucoup de titres ne sont jamais sortis pour une raison ou une autre, j’ai donc des titres inédits dans mes tiroirs. J'ai composé un album avec le chanteur britannique Greg Blackman pour le label BBE, nous avons collaboré pendant trois ans ! Je l'ai seulement rencontré de visu un an après la sortie de l'album ! Concernant John je l’ai rencontré via un label qui allait sortir notre album, et finalement il n’a pas vu le jour. Mais je suis resté en contact avec John et nous avons fait ce morceau ensemble. La collaboration s'est bien passée et nous sommes actuellement en train de faire d'autres morceaux ensemble.

 

Pourquoi ne pas produire un titre en portugais ?

Eh bien parce que je suis anglais et John est de Trinité-et-Tobago et il vit maintenant à New York, donc aucun de nous n'est vraiment portugais… J'ai travaillé avec des chanteurs portugais mais les morceaux jusqu'à présent étaient principalement en anglais. Sinon j'ai récemment remixé un morceau en portugais de Milton Gulli pour le label Tangential Music pour qui je travaille actuellement

 

Et écoutes-tu du rap Tuga ?

Oui ça m’arrive même si ces derniers temps je ne suis pas sorti et je n’ai pas beaucoup mixé, à cause de vous savez quoi… Depuis deux ans les choses s'améliorent, alors j'espère recommencer à voir plus de gigs. 

 

Penses-tu que la musique doit obligatoirement être militante, porteur d’un message politique ? 

Non, ce n'est pas le cas de toute la musique, bien que je pense qu'elle a été et qu'elle est toujours un vecteur de communication très important et qu’elle permet d’affirmer son identité. Elle est bonne pour l'âme et l'émancipation, ce qui en soi est déjà une forme de politique - en particulier dans les cultures où la musique a été interdite ou censurée.

 

Comment procèdes-tu pour remixer un titre ?

Ça dépend du titre. Généralement je commence par choisir le tempo, si je l'accélère, si je le ralenti ou si je garde le même tempo. Puis je cherche des breaks dans ma dense banque de sons jusqu'à ce que je trouve celui qui correspond à l'ambiance et généralement je découpe ce rythme afin de le modifier pour créer une nouvelle version. Après j’ajoute des percussions, etc. Ensuite avec les autres pistes du morceau, je décide de ce qu'il faut garder ou pas, etc. Enfin j’improvise des idées en jouant avec mes synthés et mes guitares, et après j’édite.

 

Ton meilleur souvenir de Dj set ?

Le meilleur souvenir c’était de jouer en première partie de Fat Boy Slim, lors d’une prestation secrète dans les coulisses du festival de Glastonbury. C'était après une journée de travail et de fête, nous étions donc un peu fatigués avant même de commencer. Et malgré des sacs de disques manquants, des pintes de vodka et beaucoup d'autres folies tout s'est très bien passé. Ici, à Lisbonne, il y a deux ans, avant la pandémie, je garde de bons souvenirs des soirées chez Crew Hassan le mercredi. Dedy Dread et moi avons réussi à créer l'une des meilleures fêtes de la ville, nous nous sommes tellement amusés. Et chaque jeudi nous avions la gueule de bois (rires).

 

Et ton pire souvenir ?

Ahahah attends car je connecte mon disque dur… J’ai une drôle d’histoire, c’était lors d'une fête à Lisbonne avant que je ne vive ici : j'étais venu en avion avec un gros sac de 12 inch, j’ai charrié mon sac jusqu’en haut des collines de Lisbonne et en arrivant à la fête j’ai découvert qu'ils avaient juste une chaîne hifi stéréo bas de gamme avec une platine intégrée sur le dessus. Elle ne se manipulait pas manuellement, donc il fallait à chaque fois attendre que le bras revienne pour pouvoir retirer le vinyle et mettre le suivant… c'était une date bien difficile mais je l'ai fait (rires).

 

Concernant ton 2023…

Je vais travailler avec d'autres chanteurs et sortir de nouveaux albums tout en essayant de rester positif !

 

Un dernier mot ?

Si tu es assez chanceux de faire ce que tu aimes, fais-le bien au quotidien et un jour une pépite se révélera.

 

Interview par Dj Coshmar

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