MARK ADAMS | Star Wax Magazine

2026-04-17

MARK ADAMS

La genèse de ce projet a germé en 2012 lorsque David Schwartz, musicien et boss de Down Jazz Records, réalise la grande virtuosité de Mark Adams à jouer des mélodies différentes sur deux claviers en même temps. De cette rencontre à New-York, Mark devient le professeur de David, qui devient à son tour le disciple de Mark l’intronisant à ses camarades musiciens. Puis puis vont en découler des sessions d’enregistrement. Et  l’album “This is Neo-Soul”. Entre-temps, en mars 2025, le légendaire Roy Ayers décède et cet album devient un hommage posthume au maître vibraphoniste. Depuis Mark Adams et David Schwartz partagent leur passion pour le gospel, jazz, funk, hip-hop et musique électronique dans l’idée de perpétuer l’art d’improvisation du Godfather of Neo-soul.  Entretien avec Mark Adams, occasion d’évoquer sa relation mentor-élève puis celle de directeur musical de Roy Ayers et de nous éclairer sur ce nouvel élan artistique. 

 

Bienvenu, un verre de ?

Un bon verre de vin de Grenache ou de Pinot Gris.


Quelle musique écoutais-tu hier ?

“That’s You” de Lucky Daye


Où et dans quel environnement as-tu grandi, y avait-il des vinyles à la maison ?

J'ai grandi à Baltimore et ma famille a déménagé à New York quand j'ai eu 12 ans. Ma mère jouait du piano et m'a appris à en jouer vers l'âge de 7 ans, et mon père était musicien à Broadway. J'ai ensuite commencé à prendre des cours particuliers. Plus tard, à l'adolescence, j'ai étudié avec Mike Longo, Jaki Byard et Kenny Barron. Puis j'ai obtenu une licence et un master en interprétation musicale au City College de New York, ainsi qu'un master au Queens College de New York.


A partir de quelle année collabores-tu avec Roy Ayers ? Tu dois avoir un souvenir indélébile de votre première rencontre ?

J'ai obtenu mon diplôme en mai 1991 et je partais en tournée avec lui dès juillet de la même année. En fait, avant j’ai passé une audition dans un studio de Manhattan. J’étais prêt à jouer pour Ayers mais l’audition n’a jamais lieu car il n’est pas venu. C’est son régisseur, David Baldwin, le frère de James Baldwin, qui a validé. Quelques jours plus tard, j'étais sur scène au Fort Worth’s Caravan of Dreams. Je n'avais jamais joué dans une salle de jazz aussi grande, j'étais tout simplement impressionné d’autant que j’étais avec une superstar au sommet de sa gloire. En plein concert, Ayers s’est mis derrière moi et a dit : « Joue de ces foutus claviers… tu joues comme si tu avais peur du clavier. Ils ne vont pas te mordre. » Finalement cette première rencontre tendue a marqué le début d'une amitié qui a duré des décennies.


La plupart des stars du jazz n’ont pas le même traitement que les stars de la pop. Au quotidien et en tournée était-il exigeant ?

Roy était toujours très positif et ses critiques constructives. Il me disait : « Développe tes solos. Écoute « Red Garland » et entraîne-toi activement à improviser… ». C’est ce qui me faisait réfléchir en jouant. Roy Ayers était un musicien et une personne exceptionnelle. Chaque concert avec lui était mémorable. Nous jouions au Ronnie Scott's à Londres pendant trois semaines, deux fois par an, à raison de deux concerts par soir, et nous affichions complet. C'était une expérience incroyable. Roy Ayers était tellement agréable en tournée. Nous jouions tout le temps aux échecs ensemble. Roy était traité comme une star partout où il allait mais Roy était modeste et simple. Partir en tournée avec lui était un vrai plaisir. J'adorais l'écouter me raconter des anecdotes sur d'autres musiciens ou ses histoires quand il a débuté dans le métier.


Roy Ayers t’a beaucoup appris. L’élève a-t-il dépasser le maître ?

J'ai énormément appris sur la musique grâce à Roy. C'était un maître de l'improvisation et il m'a énormément appris sur cet art. Il était comme un père pour moi et ce jusqu’aux dernières années ensemble.

 

Comment es-tu devenu son directeur musical et quel était ton rôle ?

Je suis devenu le directeur musical de Roy après le décès de Zachary Breaux, son précédent directeur musical. Roy m'a recommandé de commencer à jouer avec lui en tant que directeur musical. Mon rôle consistait à introduire et à conclure les morceaux, ainsi qu'à réaliser divers arrangements de sa musique.


Ses derniers projets étaient des albums concept comme « Roy Ayers / Adrian Younge & Ali Shaheed Muhammad – Jazz Is Dead 2 », « Oh No Deconstructs The Music Of Roy Ayers – Good Vibes / Bad Vibes ». Étais-tu présent pendant ces projets ?

Oui, j'étais avec Roy en studio pendant ces projets. Ce sont des musiciens formidables et nous avons tous composé de la très belle musique.


Quel souvenir gardes-tu de vos concerts en France ?

Jouer au New Morning, à Paris, était absolument génial. Participer plusieurs fois au Nice Jazz Festival était aussi incroyable d’autant que j'ai eu la chance de rencontrer de nombreux autres artistes. Roy a d'abord dû percer sur le marché européen, et les années suivantes il y avait des files d'attente interminables pour nos concerts. Lors d'une édition du Nice Jazz Festival, nous avons joué avec Erykah Badu, c’était fantastique. Nous avons dîné ensemble à Nice.


“This is Neo-Soul” est-il un hommage à Roy ? Je crois que Ayers est décédé en plein milieu de la production de l’album, peux-tu nous expliquer ?

“This is Neo-Soul” est un hommage à Roy. Son décès survenu pendant la production de l'album nous a profondément affectés, mais cela n'a pas influencé l'album lui-même. J'ai en effet choisi de me concentrer sur la vie spirituelle de Roy plutôt que sur sa disparition physique. Bien que l'architecture de la musique soit inspirée des musiques électroniques, notre musique est imprégnée d'improvisations jazz avec des sonorités typiques des années 70.

Sweet Tears, by Mark Adams

"Open Letter", by Mark Adams

Day Dreaming, by Mark Adams

Expansions, by Mark Adams

LLS Groove, by Mark Adams

Don't Stop the Feeling, by Mark Adams

Talking Walls, by Mark Adams

Don't Look Back, by Mark Adams

Vibrations, by Mark Adams

Dre's World, by Mark Adams

Comment as-tu décidé du casting de "This is Neo-Soul" ?

C'est David Swartz, le producteur de cet album, qui a pris cette décision. Chaque musicien apporte sa propre touche à la musique. Ce sont tous des amis, et j'ai joué avec eux dans différents groupes au fil des ans. Par exemple, plusieurs d'entre eux, dont le guitariste Bill White, ont participé à ma tournée “Soulful Night of Keys” avec Lonnie Liston Smith et Brian Jackson. Monte Croft, le vibraphoniste, sa femme et ma défunte tante étaient de grandes amies. Je le connais depuis l'enfance. Monte Croft joue aussi de la guitare et de tous les autres instruments, et il est professeur au Berklee College of Music. Chris DeCarmine, notre batteur, était un ami de longue date de Kimberly. Concernant Davis qui est la chanteuse de Chic, nous avons eu de la chance car elle avait un moment de répit pendant sa tournée et nous avons pu enregistrer des voix.

 

C’est difficile de ne pas être inspiré par son mentor. Peux-tu nous expliquer ce qu’il y avait dans ta tête au début du processus de création de « This is Neo-Soul" ?

J'ai été très inspiré par Roy Ayers lors de la production de cet album. David Swartz rêvait d'un album dance avec des morceaux entraînants. J'ai adoré l'idée. J'ai écrit certaines chansons et collaboré avec David sur d'autres, ainsi qu'avec mon batteur, Chris DeCarmine. Toutes les sessions se sont déroulées à merveille. Nous avons même fait appel à des chanteurs de gospel de Brooklyn. Chris Gilroy, ingénieur du son primé aux Grammy Awards, nous a aidé à finaliser tous ces morceaux. Un véritable projet collaboratif.

 

A la première écoute de l’album, “Vibrations”, “Dre’s World”, et “Day Dreaming” m’ont particulièrement interpellé. Quels sont tes trois titres préférés et pourquoi ?

J'ai bien aimé mes arrangements de “Sweet Tears”, “Talking Walls” et de “Open Letter”.

 

Peux-tu nous expliquer en quoi "This is Neo-Soul" est novateur et est-ce une obligation pour toi d’innover quand tu composes ?

“Composer, c'est innover”, me disait toujours Roy Ayers. En tant que jeune musicien noir, il faut sans cesse innover. Toujours trouver de nouvelles idées.

 

Roy Ayers a été samplé des centaines de fois, sa musique est très présente dans la culture hip-hop. Comment le hip-hop, en retour, inspire ta musique ?

J'adore le hip-hop, mais je ne dirais pas que je m'en inspire, je ne suis ni dans le rap ni dans les musiques électroniques. Notre nouvel album est en train d’être samplé de façon officielle par de nombreux Djs créatifs.


Justement ! As-tu entendu les remixes et les Djs étaient-ils 100% libres ?

Je suis sûr que la communauté des Djs va adorer les remixes. Tout cela est nouveau pour moi et j'apprécie le processus. David de Down Jazz Records chez qui sort "This is Neo-Soul" a tout géré avec les Djs, grâce à son expérience. Ils ont bénéficié d'une grande liberté créative. Il y a des Djs du monde entier, notamment Jimpster, Kaidi Tatham, Crackazat de Suède, DJ Spinna, EVM128, Bruk Roger d’Angleterre, Makez d’Amsterdam, Kai Alice d’Atlanta, Ralph Sessions de Barcelone, et pleins d’autres.


Prévoyez-vous de défendre cet album en live ?

Oui, une tournée va débuter, nous sommes programmés partout aux États-Unis et en Europe.


Si tu devais choisir entre keytar ou piano, lequel choisirais-tu et quelle marque ?

Je choisirais le piano parce que le keytar est un instrument supplémentaire. Pendant mes dix années avec Roy, j'ai joué du keytar. Nous avons fait un concert avec George Duke en Californie, il en jouait et il l'appelait « Dukey's Stick ». La fois suivante où j'ai vu George, j'avais un keytar avec moi. Roland est la marque que j'utilise actuellement.


Selon toi, y a-t-il une différence à jouer de la main gauche ou droite et avec quelle main préfères-tu jouer ?

Pour bien jouer du piano il faut être capable d’être ambidextre, et donc de jouer des deux mains de la même manière.

 

Tu es aussi éducateur, tu as récemment sorti un livre. Comment est-ce possible d’apprendre à jouer du piano en une journée ?

J'ai écrit trois ouvrages sur la musique. Ma dernière méthode de piano enseigne à l'élève comment lire la musique, apprendre les notes au piano et le positionnement des mains. On peut maîtriser ces notions en une journée. On ne jouera pas comme moi en un jour, mais on peut acquérir les bases nécessaires.


Quel est ton top 3 des salles pour aller écouter et découvrir la nouvelle scène jazz à NYC en 2026 ?

Café Wha, Groove, ou Village Underground.


Peux-tu citer trois albums de jazz récents à ne surtout pas manquer ?

« Orbits » de Circling Sun, un groupe de Nouvelle-Zélande, le live intégral de John Coltrane à Paris en 1965, et écoutez la jeune chanteuse Samara Joy.

 

Pour finir, quel est ton adage préféré, ta devise ?

“We are not defined by our circumstances, and there are no limitation as to what we can do out here as long as we don’t set any for ourselves or allow others to set any for us, and as understand our own true reality and work from there knowing that God is the source of our supply and all of our needs are constantly being met because there is a divine surplus.” Soit : Nous ne sommes pas définis par nos circonstances, et rien ne limite ce que nous pouvons accomplir ici-bas, tant que nous ne nous imposons aucune limite ni ne laissons personne nous en imposer, et que nous comprenons notre véritable réalité et agissons en conséquence, sachant que Dieu est la source de tout ce dont nous avons besoin et que tous nos besoins sont constamment comblés grâce à une abondance divine.

 

Interview par invisibl journalist / Photo (c).