LGML | Star Wax Magazine

2025-11-09

LGML

Issu des raves lyonnaises et activiste dans l’âme, LGML (Le Grand Méchant Loup) a, pendant près de 10 ans, organisé les "Drøm" dans des lieux insolites et les "Polarité" au Rex. Le mois dernier, il a sorti son tout premier album « Hypnotized », un opus de 13 titres mêlant electro atmosphérique, EBM et new wave. Pour cette occasion, LGML nous en dit plus sur ses influences, sa rencontre avec le label Tantrik Bangkok, sa vision de la scène actuelle et ses projets.

 

Bienvenu, un verre de ? 
Un americano sans hésiter !

 

Comment était l’environnement dans lequel tu as grandi ?  
Je viens d'une famille lyonnaise, pas du tout portée sur la musique, avec une mère infirmière de nuit et un père architecte souvent sur les routes.

 

Comment as-tu découvert la musique électronique ?
Je me suis retrouvé en 1992 dans une des premières raves lyonnaises, c'était sous une bretelle d'autoroute, à l'époque on était plutôt dans le rap avec les copains. Mais ça a éveillé un truc en moi, et en 1996 j'ai emménagé rue d'Hauteville à côté du Rex et là c'était parti, 98 première Automatik du vendredi, ambiance incroyable, pleine de brassage et de sourires, c'était fou, une énergie incroyable.

 

Quelles sont tes principales influences ?
Même si j'ai écouté beaucoup de Rap, mon oreille a été formatée à mes 11 ans par la new wave. New order et son album « Substance 89 », « Black Celebration » de Depeche Mode, le groupe Orchestral Manoeuvres in the Dark…

 

Pourrais-tu décrire ton son ? 
Je dirais electro techno teintée de new wave et d'influence EBM. J'aime particulièrement intégrer des vocales dans mes compositions. L'ambiance est souvent un peu dark mais j'ai aussi un côté léger que j'aime bien explorer. 

 

Depuis quand produis-tu et quel matériel utilises-tu dans ton studio ? 
DJ depuis 2005 et premières productions en 2010. D'ailleurs « Montmartre », le dernier track de mon album « Hypnotized », est le premier morceau que j'ai vraiment abouti en 2011. Je travaille sur Cubase et VST.

 

A ce propos, combien de temps as-tu eu besoin pour produire ton album « Hypnotized » ? 
Cet album est le résultat de 10 ans de travail, j'avais plus de 300 morceaux dans mon disque dur et beaucoup de mal à envoyer ça à des labels ! Du coup, j'ai fait une sélection de mes morceaux favoris et l'album est né. 

 

 

Hating You, by LGML

I feel love, by LGML

Stop watching, by LGML

Established soul, by LGML

Wrong, by LGML

Addictions, by LGML

Control myself, by LGML

Hypnotized, by LGML

The Lab Prophecy, by LGML

Les cadors, by LGML

War of soul, by LGML

Turn off TV, by LGML

Montmartre, by LGML

Dans le titre « Les cadors », tu as samplé « Freed from Desire », le résultat est chouette ! Quelles ont été tes principales inspirations pour cet opus de 13 titres ? 
Merci beaucoup ! J'adore ce morceau, je voulais faire un Revival dance 90. Mes inspirations venaient principalement des évènements de ma vie. La musique a toujours été une forme d'exutoire à émotions. Ça m'a permis de canaliser mon TDAH et cette masse d'émotions et d'envies qui arrivent par vagues.

 

Un banger en 3 mots ?  
KOM-PRO-MAT !  Vitalic et Rebeka Warrior, ces deux bourreaux de travail, machines à tubes ! De loin mes artistes français préférés de mon cœur ! Pour plein de raisons différentes.

 

Qu’est ce qui a été décisif de travailler avec No_Onon (Arno) sur le label Tantrik Bangkok ?
Nono c'est un des copains de la première heure de 2005, année qui a vu la naissance de mon fils et du collectif de Free party Tantrik Bangkok. On se connait bien, on a vécu tellement de choses ensemble. On se fait confiance les yeux fermés, et ça, ça n'a pas de prix. On était un des rares sound à jouer différents styles. On était pas du tout hardtek hardcore comme énormément de sons de l'époque. Moi je jouais electro techno et minimal, Nono psytrance et techno et puis les autres copains plutôt acidcore et acid techno. Et ce label est à notre image de l'époque, éclectique. C'est cohérent dans l'incohérence !!

 

Quel format préfères-tu et pourquoi ?
J'ai appris sur vinyle, on avait des Technics M5G, ces bêtes de course ! Je garde cette nostalgie du vinyle. 

 

Je me souviens de tes soirées, notamment les "Drøm" à Paris et les "Polarité" au Rex, c’était super ! Une anecdote à partager ? 
Ah oui, je crois que mon meilleur souvenir c'était au Rex. Le 10 août 2017, pour mon anniversaire. On avait blindé le club avec 950 personnes, c'était la deuxième soirée que j'organisais là-bas et remplir autant en août c'était fou. A la fin de mon set, j'ai eu droit à la chanson « joyeux anniversaire » de tout le public. C'était fou ! Je crois que c'est ma plus grande émotion sur scène. J'ai chialé dans les bras de mes potes. Pour moi, c'était le rêve ultime de jouer au Rex et là je ne pouvais pas demander mieux. S'en est suivi deux années de résidence pour moi et les copains. J'y ai fait jouer tous les potes et on a vécu une période géniale.

 

Te considères-tu comme activiste ? 
Venant de la Free, oui on était des activistes. J'ai toujours lutté, principalement avec ma direction artistique, pour apporter une vraie qualité musicale à la scène parisienne. Comme d'autres mais aussi en refusant de rentrer dans la logique : « Tiens la techno indus débarque, ça plaît aux jeunes, on va faire ça ». C'est d'ailleurs sûrement la raison de mon échec au final. Je n'ai pas eu envie de prendre le virage hyper commercial que la techno a pris depuis quelques années. 

 

Ta définition de la hardtechno ? 
La techno que j'aimais tourner pas très vite, 125, 128 bpm. Donc pour moi, la hardtechno c'était une version plus rapide mais avec le même esprit de rondeur des sons, un truc mental mais qui fait bouger les jambes et les bras très fort ! Rien à voir avec la hard de maintenant. 

 

Qu'est ce qui te dérange et qui te fascine sur la scène actuelle ? 
Le phénomène de masse ouvre la porte à la standardisation et ça, c'est le pire. Beaucoup trop de clichés, on éduque plus les oreilles, on les utilise. J'ai très mal à la techno quand je vois ça. Heureusement la scène Free résiste encore alors que c'est très dur en ce moment pour eux. Encore plus qu'à notre époque. Ils vivent une répression intolérable et complètement disproportionnée. Force à eux.

 

Pourrais-tu nous parler de ta résidence sur Line Out Radio ? 
Line Out, c'est tenu par des vrais passionnés. Ils abattent un travail considérable, il suffit d'aller checker leur Soundcloud pour s'en rendre compte. J'avais été invité chez eux à l'époque où ils avaient une résidence sur Deep Culture et je les ai suivis après quand ils ont monté Line Out. C'est devenu des copains et on rigole fort avec eux !

 

Et ton alias CLAMHR ? 
Alors là tu as fouillé ! C'était un projet d'album techno downtempo à 108 bpm que j'avais démarré. D'ailleurs, on retrouve un track dans mon album, c'est « The Lab Prophecy ». Ce track avait été diffusé par remain sur Rinse Fm à l'époque, et puis je n’avais pas trouvé de label, du coup ce projet est parti au placard !

 

Bravo ! Dis-moi, quel groupe t’a dernièrement mis une claque ? 
Kompromat évidemment, mais aussi Kimshies, Potochkine, SIIE. 

 

Si je mentionne IA, qu’est ce qui te vient à l’esprit ?
Dans la musique, ça devrait vraiment être mieux cadré. On devrait la reléguer au rang d'outil technique et non pas d'outil de génération. La standardisation est l'ennemi de l'art.

 

Sans la musique, la vie serait…
Un long fleuve tranquille !

 

Ton top 5 de tes labels préférés ? 
J'aime beaucoup Correspondant le label de Jennifer Cardini, Warriorrecords le label de Rebeka Warrior, SIIE récemment signé chez Cold Transmission… 

 

Ton top 5 new releases ? 
- Kompromat "Lift me up" 
- Kimshies "Cowboys Don’t Cry"
- Siie "A Contre Jour" 
- Louisahhh "Roar" 
- Léonie Pernet "Missing Love" (Jennifer Cardini remix)

 

Ton top 5 old releases ? 
- Vitalic "Poney" Ep 
- Nitzer Ebb "Control I'm Here"
- Extrawelt "Soopertrack"
- GALA "Freed from desire"
- Laurent Garnier "Dangerous Drive"

 

Le LGML actuel en 3 mots ? 
Plus mature, moins sous pression dans ma campagne et beaucoup plus en accord avec moi-même. 

 

Tes projets pour 2026 ?
Je reprends la prod. Au programme, un Ep 3 titres sur lequel on chante avec ma chérie ! Exciting !

 

Interview par Sabrina Bouzidi / Photo ©