L’ENTOURLOOP Interview | Star Wax Magazine

2022-07-27

L’ENTOURLOOP INTERVIEW

Depuis leurs premiers remixes publiés en ligne, en 2013, L’Entourloop est devenue une grande famille. Elle enthousiasme le public en proposant une expérience atypique grâce à des beats hip-hop agrémentés de skank, de scratch, de rap et d’instruments mécaniques. Aussi bien leur nouvel album, au casting surprenant, que leur nouveau show démontrent que la formule est conçue pour durer. Si tu as un doute, procure-toi « La Clarté dans la confusion ». Révélant un travail cristallin, ce troisième Lp chez X-Ray Production annonce le retour de la troupe. Plus qu’un retour car ils ne sont pas partis, les deux séniors, figure de proue du collectif, répondent à notre interview.

 

J’ai du mal à reconnaître qui est qui, à tel point que je me demande si vous êtes deux frères... 

On est James et Johnny, frères de cœur, sélectionneurs de disques, producteurs, Disc jockeys et passionnés de musique au sein du collectif L’Entourloop. On parle de collectif car de nombreuses personnes œuvrent à nos côtés et souvent dans l’ombre, ils sont beatmakers, arrangeurs, photographe, graphiste, couturière, manager... Ils sont L’Entourloop !

 

Avez-vous grandi dans un environnement musical ?

L’écoute des disques de famille ont été de précieux moments mais c’est surtout notre curiosité, nos rencontres, les soirées et tous nos échanges qui ont créé notre environnement culturel. On prend toujours autant de plaisir à découvrir de nouveaux sons, on reste très ouvert tout en écoutant nos vieilleries. Certaines périodes de la musique nous ont particulièrement marqués comme le jazz crapuleux et fumeux des années 30, le funk de la Nouvelle-Orléans et de la Louisiane des 1960 à 75, la musique caribéenne dans son ensemble, le mouvement hip-hop des années 90 et 2000 puis toute la culture Dj qui en découle.

 

Vous avez vécu l’arrivée des musiques électroniques, qu’est-ce qui vous a marqué et les nouvelles générations vous impressionnent-elles ?

On peut citer King Tubby & Lee Perry “The Upsetter” comme les précurseurs des musiques électroniques, leur façon de mixer avant-gardiste restera légendaire et inspirera fortement l'arrivée de la techno et des musiques électroniques. Ils sont pour beaucoup dans les avancées en termes de production musicale ! Pour nous, la musique actuelle existe en partie grâce à la culture jamaïcaine, elle est aussi le berceau du Mcing et du Djing qui ont fait à leur tour naître la culture hip-hop et les nouveaux courants musicaux. Nous avons beaucoup d’intérêts pour les pionniers et l’histoire de cette musique que ce soit par son avancée, ses étapes franchies, ses membres, cela nous inspire beaucoup de respect et d’humilité. On peut évoquer quelques faits marquants tels que les premières radios en France, les sounds systems saxons à Londres, l’arrivée de la jungle, les mouvements free party, le rap des années 90, puis tout l'ère du Djing qui nous a marqué pour toujours :  Dj Shadow, Premier, Dj Shy Fx, Dj Vadim, Fat Boy Slim... Pour nous le hip-hop, c’est ça. Ce mélange, ces influences... c’est ça que l’on aime fort ! La nouvelle génération est stimulante et n’a rien à envier aux anciens, cela doit être pour eux source de motivation et de création. On découvre en tout cas de bonnes choses partout et tous les jours !

 

A partir de quelle année avez-vous su que vous étiez faits pour faire de la scène...

Pas de date vraiment précise mais après des dizaines d’années dans l’ombre et à la retraite, notre équipe s’est agrandie et la motivation de nos troupes a permis de nous pousser à la scène. Il y a eu aussi le bel essor de nos premiers remixes qui ont donné la première visibilité au projet sur Internet en 2013. Par la force des choses ce bel engouement nous a motivés à nous produire en live et aussi à développer notre spectacle. Nous avions l’intime conviction qu’il fallait défendre notre propre style mêlant hip-hop et reggae partout et le plus possible. Notre crew a su se forger une réputation de date en date en ayant une volonté forte d’essayer de ne laisser personne indifférent à travers notre proposition live !

L'ENTOURLOOP - Florilège Ft. Lyricson, Queen Omega & Red Fox (Official Video)

Combien avez-vous de vinyles dans votre collection, de quoi est-elle composée et achetez-vous toujours autant de vinyles ?

Si on se met à compter ce sera difficile de vous dire... Sûrement beaucoup trop mais ce sont nos sources d’inspirations ! On en profite d’ailleurs pour saluer les disquaires qui sont pour nous de vrais relais. Méli Mélodie de Sainté, Patate Records ou Betino’s à Paris, Total Heaven à Bordeaux... Nos collections sont riches comme nos influences et oui nous sommes encore et toujours en recherche de vinyles. Du neuf, de l’occasion, des raretés, des classiques, pour écouter, pour offrir ou pour collectionner, en double, en triple, les disques sont pour nous notre héritage, nos sillons et la valeur physique brute de notre collectif !

 

Collectionnez-vous d’autres choses...

Nous sommes discophiles, mono-discophiles et lucanophiles (passionnés de cerfs-volants, ndlr). Et aussi on a tous les magazines Star Wax ! Il y a 62 numéros, c’est ça ? (rires)

 

Oui c’est ça ! Comment avez-vous découvert le portablism ?
On l’a découvert grâce à Q-Bert et son crew aux Etats-Unis et Ugly Mc Beer, en France. Etant passionnés par le scratch, on suit comme on peut les évolutions de cet art. Clairement, nous sommes loin du niveau de performance de ces experts mais on a tout de suite apprécié le principe, et cela nous plaît aussi de pouvoir montrer l'art du scratch sous un autre angle au public.

 

À votre âge faîtes-vous du jardinage ou vous préférez regarder un match de foot ou avez-vous du temps ni pour l’un ni pour l’autre ?

On cultive notre jardin pour entretenir notre bonheur.

 

Parlons de votre nouvel Lp “ La Clarté dans la Confusion ”, le titre est-il en écho à la situation sanitaire récente ?

Nous avions commencé à travailler le disque avant toute cette morosité mais en effet on peut dire qu’il existe une sorte d’écho à cette situation vu qu’on l’a réalisé pendant à 90%. On a tout simplement pensé que cela ferait du bien de sortir enfin ce beau projet malgré toute cette confusion.  On s’est dit au final qu’il n’y aurait pas de bon ou mauvais moment pour le partager puis on a envie que les jeunes en profitent cet été ! Nous subissons tous ce qui nous tombe dessus aujourd’hui. Mais il ne faut pas baisser les bras comme nous n’avons pas lâché l’affaire sur la conception de cet Lp. Ce titre symbolise aussi bien un état d’esprit, notre vision collective, souvent c’est après de longues heures de discussions confuses, de débats que surgit une idée ! “C’est quand on a peiné tout au fond de la vallée que l’on peut connaître les plaisirs de la haute montagne...”. On apprécie cette expression, c’est un peu une dualité tout comme le hip-hop et le reggae que l’on veut faire 
resurgir dans ce disque.

 

Qu’avez-vous appris lors des confinements et avez-vous travaillé vos cuts en opposite ?

D’abord, il était important de prendre soin de nos proches et de notre collectif. Ensuite nous en avons profité pour choyer nos disques en les rassemblant, les nettoyant, on a pris le temps de les numéroter, classer, etc. Puis effectivement on a commencé à bosser en opposite. Enfin surtout James qui a d’ailleurs chopé une tendinite (rires). Blague à part, ces confinements nous ont permis de nous ouvrir davantage aux autres comme si nous en avions le besoin, cela s’est traduit par nos nombreuses collaborations, bootlegs, dubplates et nouveaux titres ! C’était très intéressant et enrichissant d’étendre un peu nos relations ! Vraiment ! Il faut dire aussi que la motivation était d’autant plus décuplée peut être par le fait que nous ayons occupé une bonne partie de notre temps dans la conception d’un solide studio pour tout le collectif : le Bandulu Studio !

 

Pouvez-vous nous parler du processus de gestation du Lp ?

Nous produisons beaucoup et tout le temps. Parfois, On peut proposer juste une simple idée mais on conserve presque tout, on a stocké certains morceaux depuis plus de deux ans. En réécoutant, on cible un peu plus nos thématiques puis on épure petit à petit en fonction des goûts et choix du collectif. Il faut savoir que toutes les productions sont validées par chaque membre, on a fait le choix de travailler ainsi pour prendre des décisions communes et cela va même pour le choix des artistes en collaboration. On va dire que cela reflète bien d’ailleurs qui nous sommes ! Tu peux retrouver des artistes issus de plusieurs générations, des pionniers pour certains comme Tippa irie, Chali 2na, de nouveaux sur la scène hip-hop, comme Las Ninyas Del Corro ou Dope Saint Jude ! On avait envie d’un album riche et généreux avec un florilège d’invités pour apporter un mélange de styles et plus d’échanges entre les Mcs. De Kingston à Londres, on a atteint un équilibre tout en cherchant une sorte de fusion entre tous ces protagonistes ce qui nous a aidé à construire des morceaux plus modernes. Le résultat nous rend fiers car c’est beaucoup de travail et de réflexion de la part de toute l’équipe.

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Depuis votre premier album “ Chickens in Your Town ”, en 2015, votre manière de produire et votre matos ont-ils évolués ? 

Nous utilisons quelques machines en plus. Mais le principe est toujours le même, une base sampling-Mpc ou machine, un séquençage, puis on enregistre des arrangements ou on invite d’autres musiciens tels que Fedayi Pacha, Cédric Di Stefano... souvent on re-sample ou re-séquence à nouveau. Il y a des travaux spécifiques sur les drums.

 

Les sessions d’enregistrement des guests étaient-elles en distanciel et préconisez-vous des thèmes pour les textes ?

La plupart des recordings voix se sont faits à distance, la situation n’aidant pas... Même si on a pu en accueillir certains. Il n’y a pas vraiment de schéma spécifique mais en principe on échange beaucoup en amont de l’enregistrement. On parle souvent d’un thème global mais parfois l’idée provient des invités, par exemple on doit beaucoup à Big Red pour le morceau “Saga” qui nous a soufflé de collaborer avec les Mc’s Uk : Killa P et Flowdan. Pour certains titres, l’inspiration vient direct à l’écoute de la prod ou, à l’inverse, elle arrive au fur et à mesure de nos allers-retours.

 

L’écoute de l’album chez soi est différente de celle en live, N’Zeng est bien plus présent...

Oui, en live N’Zeng est assez présent, au même titre que nos Mcs. C’est une volonté de notre part car nous ne travaillons que des versions spéciales pour adapter le live au maximum avec nos guests et proposer un véritable spectacle. Sur l’album, N’Zeng reste tout autant présent car il a composé toutes les sections de cuivres et figure aussi tout du long avec différents 
types de cuivres.

 

Des producteurs ont du mal à décider quand un beat est fini ou non, comment savez-vous lorsqu’une production est prête ?

(rires). Ce n’est jamais fini. C’est aussi ça qui est appréciable dans un collectif, avoir plus d’avis permet d’être plus sûrs de nous ! Finir un album est toujours plein de concessions mais c’est la force de notre crew. Ensemble, on est plus fort.

 

“Get Back” est exceptionnel parce qu’il est avec Chali 2Na, le seul rappeur et les cuts sur les cuivres à la fin sont superbes. Une anecdote et pourquoi ne pas développer les cuts sur l’ensemble du track ?

Ah ! Chali, c’est une référence pour nous ! Jurassic Five, on est tous archi fan. Ça s’est passé tellement facilement cette collabo-
ration, c’est grâce à Tippa Irie qui nous a connectés et présentés, merci encore à lui ! Les sections cuivre sont composées par N’Zeng, et on les a effectivement cutées à la fin. Content que ça te plaise ! Pour l’anecdote, on a fait plusieurs versions mais on voulait vraiment laisser l’esprit funk des sections sur l’ensemble du titre, less is more ! Par contre, on se permet de te préciser qu’il y a d'autres rappeurs : Juju Rogers (Allemagne), Las Ninas del Corro (Espagne), Promoe (Suède), Killa P & Flowdan (Uk), Big Red (Fr), Rêverie (Usa), Dope Saint Jude (Afrique du Sud), BlabberMouf (Pays-Bas) et Troy Berkley (Bermudes). (Rires)

 

“Drop”, “Calling Dancers”, “Mana”, “Downtown” sont mes titres favoris du Lp. Et vous lesquels préférez-vous ? Et pourquoi ?

C’est impossible de te répondre ! On va dire joker car nous on les aime toutes assez fort, c’est nos pépites ! On a hâte que ça sorte le 10 Juin pour avoir les retours du grand public. 

Depuis avril vous avez déjà tournée, y a-t-il une date qui a été plus particulière ? Un souvenir à partager, d’autant que le public en manque de concert et de teuf semble plus friendly…

On a tellement kiffé retrouver le public, c’est difficile d’en mettre une plus en avant, et c’était vraiment le bazar partout. Les gens sont supers réceptifs, c’est appréciable. La tournée nous permet de prendre conscience à nouveau que l’on a vraiment de la chance d’être autant suivis et soutenus partout. On remercie grandement tous les gens qui nous suivent, c’est aussi 
eux L’Entourloop !

 

C’est quoi la prochaine étape, reprendre la direction de l’ASSE ? (rires).

C’est grâce aux gens, « nos supporters sont là », à chaque date, à chaque sortie c’est assez incroyable ! On va annoncer les autres dates de la tournée prochainement, c’est vrai que ce tour est parti sur les chapeaux de roues ! On espère que l’album saura leur amener un peu de légèreté et rendre leurs journées plus sympa ce qui serait déjà pas mal.

 

C’est quoi cette bécane faite maison, semble-t-il en bois, à votre gauche en live ?

Tu vois et entends tout décidément (rires). Il s’agit d’un boîtier artisanal sur mesure qui nous permet d’envoyer des samples, des delays et des filtres sur les micros de nos chanteurs, une alarme et aussi quelques effets ! C’est notre joujou !

 

Dans “Downtown” j’ai l’impression d’entendre une sonorité arabique au clavier…

Oui, sur ce titre, on a travaillé avec l’organiste Graham Mushnik de Grup Simsek donc tes oreilles ont vu juste. Il est venu poser son orgue qui donne cette sonorité orientale. 

 

Befour, est-il aussi le Vj de The Architect ?

Tout à fait, il fait partie intégrante de notre équipe, c’est un gros digger averti, ses yeux et oreilles sont partout... Befour et Royx 
sont nos hommes d’images sur scène comme au studio. Feu sur eux !

 

La pochette de “ Le Savoir Faire ” montrait déjà votre passion du sound system. Pensez-vous tourner avec votre propre sound ?

On se le dit mais ce n’est pas si simple d’emmener son sound partout même si on l’a déjà fait dans le passé ! Aujourd’hui, on propose un show scénique qui mêle toutes les disciplines de notre collectif ce qui serait plus difficile à réaliser en sound 
même si cela nous anime.

 

Pour finir, si vous n’étiez pas Dj-beatmakers, vous seriez ?

On aurait certainement bricolé 2/3 trucs (rires).


Un dernier mot ?

Emprunté à nos très chers amis Ella & Pitr : « Fermez les yeux, vous y verrez plus clair... »

L'ENTOURLOOP ft TROY BERKLEY & N'ZENG live @ Main Stage 2019