2022-09-05
KING SHILOH SOUND SYSTEM
Créé il y a plus de 30 ans, King Shiloh Sound System basé à Amsterdam fait partie des vétérans du milieu roots reggae et dub. Depuis le début à l’University of Dub à Londres, en passant par les soirées Dub Station à Paris, le crew s’est taillé une solide réputation à travers l’Europe. Lors des confinements, ils nous ont rassemblés chaque semaine avec leur live Healing Of The Nations, dont la 123ème émission vient d’être diffusée à l’heure où j’écris ces lignes ! De retour au Dub Camp, ils ont très honorablement ouvert le bal de la première journée avec une session en extérieur invitant Queen Omega, Kebra Ethiopia, Roots Daughters, Vibronics, Weeding Dub et Marina P. Que de bonnes vibes pour s’élever et communier sous le soleil ! Et l’occasion d’une chaleureuse rencontre dans les volutes herbacées avec l’emblématique Bredda Neil.
Pourquoi vouliez-vous absolument être là pour ce Dub camp 2022 ?
Il n’est pas possible pour nous de manquer le Dub Camp ! C’est un moment fort pour tout le monde, venir au Dub Camp et voir tout le monde. Nous venons depuis de nombreuses années et depuis que nous avons ce concept de « circle sound », l’organisation nous donne une journée complète pour faire ce que nous voulons. Parce que ce sound est très spécial, nous ne voulons pas être dans la compétition. Ils appellent cela des « meeting days ». À l’époque, ils l’appelaient « sound clash » et nous ne sommes pas intéressés par les sound clashs. Lorsque vous jouez de la musique, ce n’est pas pour créer une ambiance « Je suis meilleur que toi ». Il est préférable pour nous de commencer un voyage et de continuer ce voyage pour le terminer à un autre endroit à la fin de la session, c’est un voyage spirituel dans lequel nous emmenons les gens. C’est important de maintenir cela.
Dans les sound systems modernes, notamment UK, leur intention est d’avoir de grands canaux sonores, peut-être pas leur intention, mais ce qui se passe, ce sont de grands murs de son qui cognent. C’est presque trop fort. Quand j’allais voir Shaka jouer il y a longtemps, il ne compressait pas tout en quelques speak-a-boxes, il le répandait dans un certain nombre. Donc quand il jouait dans une grande salle, tout le monde dans cette salle pouvait entendre le son, c’est cela qui créait l’ambiance parmi les gens, comme une vague, vous ne pouviez pas échapper au son donc tout le monde montait avec cette vague. De nos jours, il y a un volume intense sur environ 10 mètres et ça tue les tympans.
C’est très important pour nous de maintenir une certaine valeur aussi, je suis un peu conscient... A un moment, le nouveau dub devient une musique comme les autres... Mais pour moi, en tant que rasta dans un sound system, nous avons quelque chose de spécial, nous pouvons créer une magie et c’est notre travail en tant que sound system de le faire, pour amener les gens à un niveau supérieur de conscience. Comme ça le lendemain, ils se sentent bien dans leur vie. Quand ils retournent au travail, ils planent pendant quelques jours, pas de problème. Il est important d’être conscient que nous perdons un peu de cela à notre époque avec de la musique forte, un système de son puissant. Il ne s’agit pas de l’équipement que nous utilisons, mais des vibrations que nous pouvons transmettre à travers cet équipement.
Quelle est la philosophie de votre sound ?
Rester vrai. Nous avons toujours été un vrai sound system. Nous n’aimons pas transporter des disques et voyager par avion à différents endroits. Nous aimons conduire et prendre notre sound system avec toute l’équipe et profiter ! Profitez pour ce que c’est, profitez du voyage, profiter de rencontrer des gens. Et partagez l’amour. C’est très important !
" Ce sont de grands murs de son qui cognent.
C’est presque trop fort. De nos jours, il y a
un volume intense sur environ 10 mètres
et ça tue les tympans. "
Dans ce monde en crise, quel est votre message pour cette session ?
Le message général est le suivant : ne croyez pas tout ce que vous entendez, lisez et voyez. Faites les choses pour vous-même, prenez vos propres décisions dans la vie. Nous sommes tous des individus, nous avons tous le droit de choisir, alors choisissez les bonnes choses dans la vie et n’oubliez pas : nous ne sommes pas ici pour souffrir. Mighty Jah ne nous amène pas ici pour souffrir mais pour profiter avec joie de la vie. C’est ce que je souhaite aux gens ici ce soir : profitez de la session et soyez fidèle à vous-même, soyez réel ! Ne prétendez pas être quelque chose que vous n’êtes pas... Suivez votre destin !
Qu’aimeriez-vous que le public retienne de la session d’aujourd’hui ?
Des sourires sur les visages, du bonheur... Et se sentir élevé. Se sentir plus proche de Jah. De toutes les manières, nous nous connectons avec le Créateur, il nous crée tous. C’est pourquoi nous avons besoin d’égalité. Il est important que nous le reconnaissions. Parce que cela donne du sens au fondement de notre vie. Si vous savez qui vous êtes et où vous allez, quel est votre but dans la vie, c’est une vraie force !
Au-delà de venir jouer, est-ce que vous venez aussi voir d’autres artistes ?
Non, nous ne pouvons pas, c’est trop court, nous devons rentrer. Surtout en ce mois de juillet, nous avons des sessions en milieu de semaine, des sessions en week-end. Je ne veux pas perdre cette essence réelle spéciale du sound system en en faisant trop.
Qu’en est-il de l’impact écologique d’un sound système ?
Waw. C’est difficile. Nous n’utilisons qu’un seul type de bois pour construire les speak-a-boxes : le contreplaqué de bouleau. Mais il vient de Russie… Donc pas si écologique. Le plus important est le message de conscience que nous diffusons au micro.
L’endroit rêvé pour poser un sound system ?
En Éthiopie. J’ai fait un rêve incroyable un jour. Scène en Afrique, un horizon dégagé, avec tous les animaux et avec 20.000 personnes qui dansent sur le sound system. Waw !
Ce rêve de l’Ethiopie s’est réalisé puisque nous avons déjà construit un sound system à Addis-Abeba, projet qui a commencé il y a de nombreuses années en fait.
Quand nous avons lancé le sound system à Amsterdam avec Red Lion et Majestic B, nous avons dû nous enregistrer auprès du gouvernement en tant association caritative ce qui signifie ne pas faire de profit, écrire les statuts, les règles, notre objectif. C’était l’occasion d’y réfléchir plus en profondeur. C’est un véritable symbole de promouvoir la musique rastafari et de la diffuser en Éthiopie avec un sound system. Et c’est ce que nous avons fait après 28 ans !
Le sound system que nous avons construit à Addis-Abeba est un peu différent de celui-ci, c’est l’ancien modèle que nous avions avant. C’était difficile de le faire en Afrique.
Mais maintenant, nous avons un sound system pour Dub Terror, un jeune gars qui est venu à notre première session là-bas. Il aimait tellement la musique, nous avons décidé de lui apprendre. Maintenant il peut utiliser le sound system lui-même. Nous y allons régulièrement pour jouer. Nous l’avons posé à l’Addis Dub Club il y a 2-3 semaines, génial, c’est tellement magique pour nous. Imagine, nous fermons la boucle où ça doit l’être. Nous allons continuer en Afrique, nous encourageons les gens à aller là-bas et à voir ce qui se passe dans la communauté rasta. Avant le confinement, ça avait déjà commencé à être bien. L’Éthiopie est toujours dans mes pensées.
Derniers mots ?
J’aime la vie, je suis si reconnaissant.
Interview et photos par Maela.