KID LOCO | Star Wax Magazine

2025-06-12

KID LOCO

Musicien au parcours multiple, Kid Loco a quitté la scène mais pas les bacs à disques comme l’indique « Concrete Islands, Lies & Vanités », un Lp aux sonorités classieuses. Partie prenante du rock dit alternatif dans les années quatre-vingt et authentique défricheur via le projet Mega Reefer Scratch, l’artiste parisien évoque ici son dernier album via le DJ et vidéaste Dont Letts, ses interprétations de classiques du rock anglo-saxon ou bien encore l’importance du label Yellow Productions.

 

 

Dans l’univers du trip-hop, Jean-Yves Prieur alias Kid Loco occupe une place  particulière. Fondateur, dans la première partie des années quatre-vingt, du cluster rock hexagonal Bondage, l’homme développe alors, avec peu de moyens et beaucoup de créativité, un creuset libertaire où croiseront  des formations comme Bérurier Noir, Ludwig Von 88 ou bien encore les convaincants Nuclear Device. Il faudra pourtant attendre le début des années quatre-vingt-dix et le lancement de Mega Reefer Scratch pour retrouver Kid Bravo, selon son pseudonyme d’époque. Marqué par le reggae, la soul (il reprendra avec un goût sûr le « 1990 » des Temptations) et les bandes-sons de films, ce collectif éphémère et quelque peu oublié n’a pourtant rien d’anecdotique : il annonce, avec quelques années d’avance, la désormais célèbre French Touch et, par extension,  la carrière de Kid Loco.

 

Auteur en 1997 d’un classique définitif, « A Grand Love Story », puis d’une carrière faite de rencontres (à l’exception d’Étienne Daho, peu de figures ici bas peuvent se targuer d’avoir travaillé au contact de Saint Etienne ou de The High Llamas…), Kid Loco revient chez Wagram  avec « Concrete Islands, Lies & Vanités ». Pour ce compositeur, l’inspiration du disque est littéraire : « Le titre du 33-tours renvoie à l’écrivain d’anticipation britannique JG Ballard et plus précisément à sa trilogie de béton. C’est une œuvre qui est souvent citée et que j’aime beaucoup. » Peuplé de nombreux invités dont Horace Andy, la voix d’ange de Studio One, ce nouvel Lp se distingue notamment par la présence du documentariste Don Letts, le compagnon de route des Clash : « On a une amie en commun qui va tous les ans au barbecue offert par ce dernier. Outre ce lien,  il y a quelques années,  Don Letts m’avait déjà consacré un programme complet,  sur l’antenne de la BBC. Pour « The Kid Is Dead », le travail s’est réalisé à distance, comme c’est souvent le cas aujourd’hui, mais de manière complice, avec l’aide de Gaudi, un producteur  proche de Don Letts », commente Kid Loco.

Kid Loco - Playing With The Big Boys Feat. Mark Mulholland  (Official Video Clip)

De par son parcours, Kid Loco dépasse le strict cadre downtempo comme l’indique la compilation « Born In The 60’s » et ses reprises touchantes des Rolling Stones, de Lee Hazlewood ou de Pink Floyd, période Syd Barrett : « La boîte de production a dit OK au projet. Je voulais rendre un hommage aux morceaux que j’appréciais  gamin à la radio. À vrai dire je n’écoutais pas de chanson française mais plutôt des morceaux, chanteurs ou groupe rock anglophones. Le phénomène est valable pour Kraftwerk, les pionniers allemands de l’électro, mais j’ai décidé de retravailler cette formation en mode dub, avec Soul Sugar. Le lien entre ces musiques s’imposait. » Côté actualité, le musicien n’écoute pas de nouveautés, toutefois certaines références britanniques contemporaines suscitent l’intérêt : « Je pense aux Sleaford Mods ou à Idles dont j’aime le titre « Mother ». Quant au rap, j’ai pas mal écouté Run DMC, le label Def Jam et tout ce crossover avec le rock. Ça a ainsi inspiré Mega Reefer Scratch,  puis le maxi-45 tours « Catch My Soul » et ses différents mixes.»

 

À propos des premières années, les sessions avec Yellow Productions, soit la maison de disques lancée, au mitan des années quatre-vingt-dix, par DJ Yellow et Chris The French Kiss   (le futur Bob Sinclar) ont été déterminantes : « Après ces différents épisodes sous le nom de Kid Bravo, la rencontre avec cette enseigne a permis de lancer mon actuelle carrière. C’est grâce à Yellow si mon parcours a débuté ainsi » confirme Kid Loco. Amateur de collaborations, le créateur parisien a notamment remixé des pointures comme Talvin Singh, le percussionniste d’origine indienne, ou bien encore le groupe Pulp. À l’origine d’une reprise en anglais de « Je Suis Venu Te Dire Que Je M’En Vais » de Serge Gainsbourg avec Jarvis Cocker, le leader du groupe précité, Kid Loco résume en quelques mots sa définition de la relecture et plus précisément du remix : « Le bon remix, c’est lorsque tu te sers des bandes originales mais pour en faire quelque chose de nouveau. Concernant le choix des musiciens ou registres, je ne me limite pas à un genre précis. » Sa sélection exclusive pour Star wax à streamer ci –dessous l’atteste.

STAR WAX PODCAST #52 / MIX BY KID LOCO

La discographie de Kid Loco est truffée de compilations remarquables. C’est le cas de la prestigieuse collection DJ-Kicks où il sélectionne des titres de Lisa Germano, de Boards Of Canada ou bien encore du Cinematic Orchestra. Signé chez !K7, ce recueil atmosphérique confirme la diversité voire la bonne tenue du label allemand. Autre sélection intéressante, « Kid Loco Presents French Funk Expérience » dévoile des plages groovy, souvent situées aux confins de la library music. Sortie chez Nascente, cette programmation-maison réunit l’arrangeur Bernard Estardy, le jazzman Bernard Lubat ou bien encore Manu Dibango et l’excellent « Africadelic ». Enfin, pour l’album « Tribute », Kid Loco convoque des auteurs de reprises. Parmi les pépites soulignons le Hot 8 Brass Band et sa version incroyable du « Ghost Town » des Specials (le parallèle entre l’Angleterre de Thatcher et les méfaits de l’ouragan Katrina est saisissant) ou bien encore Bauhaus, dont l’appropriation du mythique « Ziggy Stardust » rappelle l’empreinte de David Bowie sur le post-punk, et sur la musique en général…

 

Par Vincent Caffiaux /Photo par Dov Adjedj ©