2025-01-03
JEAN DU VOYAGE
Etre avivé, dès l’enfance, chaque matin au son du vinyle va procurer à Jean du Voyage une appétence à la musique. Cette habitude a contribué à faire de lui un turntablist émérite. Toujours éveillé, il prolonge ses expériences de beatmaker en cumulant des enregistrements. Dix ans après son premier Ep chez JFX, il revient avec un deuxième album signé chez Banzaï Lab. « Ritual, invitant à la méditation et parfois à la danse, est toujours riche d’influences. Désormais il chine plus d’instruments que de disques et pour composer les seize plages il invite la chanteuse/violoncelliste Romane Beaugrand. Plus qu’un featuring, de leur rencontre est née une réelle complicité. Entretien pour parler de l’énergie de ce rituel. Chaudement conseillé de lire cette interview en écoutant "Ritual" grâce au player ci-dessous.
Où et as-tu grandi dans un environnement artistique ?
Je suis originaire de Nantes puis j’ai vécu dans différentes villes. Je n’ai pas grandi dans un environnement artistique à proprement parler mais ma mère me réveillait chaque matin avec le son d’un vinyle, je pense que ça a eu un impact. Ma grand-mère écoutait également beaucoup de musique, on s’échangeait des vinyles et on partageait nos coups de cœur respectifs, elle était atypique, originale et avait un esprit artistique. Un de mes oncles fabriquait des percussions quand il était plus jeune, notamment des congas, et m’a fait découvrir de nombreuses percussions et musiques de différents pays, ça m’a influencé également.
Parle nous de tes influences à tes débuts et pour « Ritual »?
J’ai commencé à faire de la musique par la pratique du scratch et en allant découvrir de merveilleuses pépites musicales chez des disquaires spécialisés que je remercie pour leurs conseils avisés ! Ma curiosité et l’amour du vinyle m’ont permis de découvrir de nombreux artistes et de nourrir mon univers. J’ai été inspiré par le hip-hop, le reggae, les musiques électroniques, le jazz, les musiques traditionnelles de différents pays et plein d’autres choses. Puis pour “Ritual” il y a eu de nombreuses rencontres et événements de la vie qui m’ont influencé. Cet album représente plusieurs années d’explorations et de recherches. C’est comme un retour aux sources, à tout ce qui m’a inspiré à mes débuts. C’est aussi l’occasion de collaborer avec d’autres artistes et d’expérimenter de nouvelles choses.
Depuis ton premier album, tes machines et ta façon de produire ont-elles évolué ?
Mon espace de création a bien évolué, il y a des nouveaux instruments, synthétiseurs, machines et équipements divers qui permettent d’explorer de nouvelles possibilités. Je pense que ma façon de produire est relativement similaire mais avec l’expérience et les rencontres elle a probablement évolué. Je fonctionne à l’instinct avant tout.
Peux-tu nous parler de l’instrument à corde utilisé pour « Full Moon » ?
C’est une guitarlele, une guitare à six cordes au format Ukulele. Je l’ai utilisé sur plusieurs morceaux. C’est également un instrument qu’on peut facilement transporter grâce à son format.
Melisma feat. Romane Beaugrand, by Jean du Voyage
Talk To Me feat. Dawa Salfati, by Jean du Voyage
The Witch feat. Romane Beaugrand, by Jean du Voyage
Ritual feat. Yasek Manzano, by Jean du Voyage
Sanctuary feat. Pierre Harmegnies, by Jean du Voyage
Full Moon, by Jean du Voyage
Energy feat. Lex Bratcher & Miscellaneous, by Jean du Voyage
Ecstatic feat. Romane Beaugrand, by Jean du Voyage
Romane Beaugrand est présente sur plusieurs titres, c’est un peu comme son album aussi, qui est-ce et peux-tu nous parler de votre collaboration ?
Je suis ravi que Romane soit présente sur plusieurs morceaux de cet album et elle m’a aidé à différentes étapes de la création, son aide m’a été précieuse. On s’est rencontré sur une date de concert où elle jouait avec So Lune, le groupe qu’elle a créé avec son frère. En plus de sa voix, de l’élégance de son jeu au violoncelle, j’aime sa personnalité, sa simplicité et son talent évidemment. On a une belle complicité et ça me fait plaisir qu’on puisse créer des morceaux ensemble, c’était un grand plaisir de les jouer en live lors de la release party à La Sirène. Sinon la chanteuse Dawa Salfati, la rappeuse américaine Lex Bratcher, le rappeur Miscellaneous du duo Chill Bump ou encore le trompettiste de jazz cubain Yasek Manzano, ainsi que le multi-instrumentiste Pierre Harmegnies sont également présents sur l'album.
Que signifie le symbole de la pochette que tu as réalisé, dessines-tu ?
J’aime laisser la libre interprétation de ce symbole mais pour répondre à la question j’ai représenté un “R” en symétrie puis je me suis rendu compte que c’était proche des runes (alphabet du II siècle - ndlr). On peut le voir comme l’association des runes du courage, de l’amour et du voyage. Et oui je dessine un peu, je m’intéresse à la peinture, la calligraphie, aux symboles, aux origines de l’écriture et bien d’autres choses.
Comment composes-tu tes batteries et basses ?
En recherchant les éléments qui m’inspirent et qui semblent cohérents par rapport au morceau, j’aime passer du temps sur les éléments rythmiques. J’ai pas mal de percussions traditionnelles que j’ai ramenées de mes différents voyages et j’aime les enregistrer pour ajouter des épices et de nouvelles sonorités. Pour les basses généralement c’est au clavier ou avec mes synthés.
Lorsque tu composes un titre, que préfères-tu ?
J’aime plusieurs étapes dans la création d’un morceau mais c’est toujours agréable de partager des sessions avec d’autres artistes, d’échanger, de créer ensemble et de passer d’une idée à un morceau finalisé. J’aime aussi passer du temps à peaufiner les détails pour que le morceau sonne comme je le souhaite.
Es-tu du genre matinal et faire du beatmaking aux aurores ?
J’aime autant composer le matin que le soir, la journée que la nuit. Chaque moment a une énergie différente dont je peux m’inspirer en fonction de l’humeur du moment. Les soirs de pleine lune sont particulièrement mystiques et sources d’inspiration également.
Aujourd’hui que représente le scratch pour toi, tu as notamment fait des scratchs mélodieux pour « The Witch ».
J’ai participé à de nombreux battles, par exemple les championnats du monde DMC à Londres et les IDA à Krakow en équipe notamment avec Grumpy et Bankal, le beatmaker et turntablist de Chill Bump. J’ai également réalisé plusieurs loopers et été actif dans la communauté turntablist pendant plusieurs années. Après ma dernière participation au TKO, battle organisé par C2C, j’ai souhaité me consacrer pleinement à mon projet artistique. Le scratch a toujours été présent mais j’ai voulu m’ouvrir à d’autres façons de créer de la musique.
Comment Banzaï Lab contribue à l’épanouissement de ton art ?
Ils soutiennent ma musique et mes projets tout en me laissant libre dans mes choix artistiques. Ils sont à l’écoute de mes besoins, ouverts et réactifs et me permettent de me concentrer sur ce que j’aime faire : créer de la musique.
Comment prévois-tu de présenter ton album en live ?
Romane Beaugrand et Pierre Harmegnies m’ont accompagné sur scène pour la release party et j’ai vraiment aimé partager ce moment avec eux. Il y a plusieurs formules en fonction des dates, ça me tient à cœur de mettre en valeur le chant, les instruments, la poésie et la sensibilité des personnes qui m’accompagnent.
Ton meilleur et pire souvenir de scène ?
Un des meilleurs souvenirs est d’avoir fait la première partie d’IAM, c’était comme un rêve d’enfant qui se réalisait et de pouvoir passer du temps avec eux m’a particulièrement touché. Faire la première partie de Chinese Man et les concerts dans une des Tours de La Rochelle avec mon ami indien V. Soundara Rajan était fort en émotions également (vidéo ci-dessous). Et un de mes pires c’était lors d’une tournée en Inde, quelques minutes avant de jouer la multiprise où était branché mon matériel a pris feu. Le régisseur avait beau me dire “No problem”, je voyais bien qu’il y en avait un. J’ai juste eu le temps de tout débrancher pour éviter que mes chargeurs ne fondent et pouvoir continuer à utiliser mon matériel pour le reste de la tournée. Ma tournée à Cuba était assez épique également, j’ai un bon nombre d'anecdotes quand j’y repense.
Tu ne sembles pas préoccupé par la musique clubbing-up tempo pour faire danser…
Je peux apprécier la musique clubbing comme beaucoup d’autres styles, je suis curieux et j’aime explorer différents territoires sonores. Étant autodidacte j’ai un rapport instinctif avec la musique. Ma priorité c’est de me faire plaisir, de créer de la musique avec tout mon cœur et mon âme et de laisser libre cours à mon imagination et à mes envies peu importe le style.
Chines-tu encore du vinyle et par quoi es-tu obsédé ?
Mes étagères sont bien remplies car j’ai pas mal chiné pendant de nombreuses années alors il n’y a plus trop de places pour accueillir des nouveautés et j’ai moins de temps pour les écouter également. Depuis quelques années, je passe plus de temps à chercher de nouveaux instruments et ce qui peut m’inspirer pour composer des morceaux.
Je te verrais bien collaborer avec Hippocampe Fou, les chanteurs français ce n’est pas pour toi ?
On se voit régulièrement, on a fait plusieurs dates ensemble et on a une belle complicité, je l’apprécie beaucoup humainement et artistiquement. D’ailleurs on a sorti nos albums respectifs le même jour et je vous invite à aller l’écouter si ce n’a pas déjà été fait. Je ne suis pas fermé aux chanteurs français, je fonctionne au feeling et au coup de cœur donc potentiellement tout est possible.
Un dernier mot ?
Merci pour cette interview et merci à tous celles et ceux qui me soutiennent de près ou de loin, qui prennent le temps de faire découvrir ma musique, de l’écouter, de venir aux concerts, de soutenir le vinyle ou simplement me faire des retours, ça me touche énormément.
Interview par Snic.