2015-12-03
INTERVIEW SNOWBALL
Comment as-tu commencé chez Rinse France ?
J’ai d’abord été contacté pour boucher un trou et puis j’ai eu quelques remplacements comme ça. J’étais réactif, j’ai pu faire venir quelques connaissances comme Von D pour assurer des mixes en live. Au bout de quelques temps, le créneau du lundi à minuit m’a été confié. Maintenant, j’officie un mardi sur deux, de minuit à deux heures.
Le label Exploration Music est-il la continuité de ton émission ?
A l’origine, c’était un crew de Djs de jungle formé en association, il y a sept ans. À force d’avoir des DJs producteurs dans le collectif, on s’est trouvé face à des morceaux qu’il fallait absolument sortir, on n’avait pas le choix. Yan Kaylen et Nulpar : quand j’ai entendu leurs morceaux, je me suis dis que si personne ne les sortait, il fallait que je le fasse.
Combien de personnes constituent ton équipe aujourd’hui ?
Aujourd’hui, nous sommes une trentaine de personnes, principalement à Paris mais aussi en région et à l’étranger. Il y a des Djs, des producteurs, des vidéastes, des illustrateurs…
Le collectif est donc prêt à explorer plusieurs territoires artistiques, pas uniquement la musique.
Exploration est un projet bâtard, sans contour précis et cela va, au final, dans le sens de la création de contenus. On ne va pas faire des stickers par centaines mais si un jour, une bonne idée surgit pour un T-shirt, pourquoi pas. On se renseigne pas mal sur comment optimiser notre présence sur You Tube en ce moment. Donc ce n’est pas que de la musique chez Exploration.
Pour votre première sortie, vous avez préparé un bel objet vinyle avec un artwork travaillé. Pourquoi avoir choisi de presser sur vinyle ?
Le vinyle est un format que l’on aime tous, on mixait tous vinyle il y a encore quelques années : c’est le médium de base. La question était plus : "est-ce qu’on le sort sur digital ?". Je ne suis pas un snob du vinyle mais je veux qu’un maximum de gens écoute notre musique, donc il fallait être sur les plateformes de streaming. C’est plus dans une démarche de promotion, de communication qu’une démarche commerciale : ce n’est pas avec 0,000001 centime par écoute que l’on bâtit un business modèle !
Pas de fétichisme particulier pour l’objet ? On nous parle tous les jours du retour en force du vinyle, comme du héraut du renouveau de l’industrie musicale : quel est ton point de vue ?
Le sujet du retour du vinyle, c’est du vent. C’est juste un repressage des grands standards du rock par exemple mais cela ne se fait pas du tout sentir dans l’underground. Ça se vend toujours dans la house et dans la techno, peut être 500 à 800 copies pour certains morceaux si c’est un tube. Personnellement, j’ai commencé à mixer sur vinyle car à l’époque, les platines Cd et les contrôleurs n’existaient pas encore. J’aime le format, le toucher mais je suis ouvert aux autres formats. Aujourd’hui, je mixe beaucoup plus en digital car je me suis procuré des platines Cd et USB : c’est beaucoup plus facile et c’est chez Rinse que je me suis fait la main dessus. Ça me permet de jouer des promos ou des tracks de potes, ce qui constitue généralement 80% de mes sets. Je peux répondre aux demandes de dernière minute, même en vacances.
Le nom du label, Exploration Music, sous-tend une idée de découverte, de parcours musical mais aussi mental. Peux-tu nous en dire plus ?
Le terme Exploration est super pratique, c’est un mot valise dans lequel on peut mettre tout ce que l’on veut. Peut être qu’un jour, on sortira du hip hop et du dub, ça me plairait beaucoup. Idéalement, j’aurais envie de faire un label qui se rapprocherait de Hyperdub, Ninja Tune ou de Warp, c’est-à-dire garder une cohérence de catalogue d’artistes mais avec des sorties complètement différentes les unes des autres. Warp a commencé par de l’électro mais au final, Warp c’est Warp, avec différentes esthétiques…
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À l’image des sets de ton émission de radio, tu ne te fermes aucune porte tout en gardant une cohérence de mood.
Complètement ! On n’est pas dans une démarche de business donc ce n’est pas grave si les sorties sont radicalement différentes. Notre première sortie est très ambient (Yan Kalen), le deuxième sera très hip hop instrumental (Sicca) et la troisième est drum’n bass hybride avec NulPar. Pour le moment, c’est très électronique et très sombre mais, à l’avenir, j’aimerais bien avoir quelque chose de plus musical, un ou deux groupes à terme, et un gros emcee qui défonce ! Je n’ai pas de piste pour le moment mais je suis ouvert aux propositions. Dans l’idéal, on aurait un gros emcee avec toute une armée de producteurs qui travaillerait sur les instrus, avec le fonctionnement d’un vrai studio. Mais on va déjà commencer par sortir de la bonne musique, après on verra.
Monter un label aujourd’hui, cela relève avant tout de la passion, le business arrive loin derrière. Quelles étaient tes motivations à l’origine de cette aventure ?
Diffuser les artistes, c’est la principale motivation en vrai mais il faudrait que l’on soit dix à le faire en même temps pour que les musiques qu’on défend chez Exploration aient une vraie scène. L’idée est de se focaliser sur l’artistique parce que l’événementiel, c’est trop éphémère. À part si tu es la Concrete ou Berlinons Paris, si tu ne fais rien pendant six mois, tout le monde t’a oublié. Ça va, ça vient. Maintenant, je sais où concentrer mes efforts. Filer des milliers d’euros à un Dj, une tête d’affiche, pour une soirée, ça n’avance à rien : je n’ai pas envie de faire leur promo au final. Tu ne fais pas avancer ta scène de cette manière.
« EN BASS MUSIC, SI TU PRENAIS 30% DE TOUT L’ARGENT PERDU LORS DE CES SOIREES FAITES ET QUE TU LE REINVESTISSAIS DANS DES LABELS OU DE LA PRODUCTION, TU AURAIS UNE VRAIE SCENE A PARIS. »
Exploration Music a donc été, en quelque sorte, une réponse concrète face à ce constat ?
C’est indispensable de monter son label pour qu’une scène vive. Perdre de l’argent pour payer des mecs inconnus qui demandent des sommes énormes, je trouve ça absurde. Tu n’aides personne et tu ne participes à rien. En bass music, si tu prenais 30% de tout l’argent perdu lors de ces soirées faites et que tu le réinvestissais dans des labels ou de la production, tu aurais une vraie scène à Paris. Les nouveaux talents auraient des structures pour se lancer, comme le label My Love Is Underground par exemple. Ca te permettrait d’avoir une trace de ton activité alors que les soirées, le lendemain tu as la gueule de bois et tu as tout zappé. Boostez la production, c’est le plus intéressant.
Tout cela t’a-t-il dégoûté des soirées ? On a quand même la possibilité de vous voir en live ou en Dj set ?
On continue les soirées mais dans des lieux plus petits qu’avant, comme à la Rotonde (place Stalingrad à Paris, ndlr) et à la Machine du Moulin Rouge. C’est fini le jeu de la tête d’affiche à tout prix. À présent, produire et diffuser du contenu, c’est ma priorité.
Interview et photos par Damien Baumal.