INTERVIEW / SHUR-I-KAN | Star Wax Magazine

2014-06-03

INTERVIEW / SHUR-I-KAN


Référence majeure de l’excellent label londonien Freerange Records, Dj Globe trotteur, animateur d’un podcast défricheur, Shur-I-Kan a la deep house chevillée au casque. Ses productions de qualité, très musicales, aux influences soul et jazz lui ouvrent les cabines Dj des meilleurs clubs d’Europe et au-delà. Un rare passage parisien suffisait à notre curiosité pour le rencontrer.


On rencontre Tom Szirtes comme si on ne l’avait jamais quitté. En vrai, son visage arbore le même sourire que celui sur ses profils sociaux : le même regard malicieux, la même sympathie évidente se dégagent. Shur-I-Kan, c’est aussi une voix, celle qui rythme ses podcasts mensuels. Là aussi identique, fidèle à notre oreille. L’appréhension d’être déçu à l’idée de découvrir le "vrai" visage du Dj et personnage radiophonique est heureusement infondée et l’interview commence comme l’on s’apprêterait à échanger de vieux souvenirs. Aucune actualité discographique précise ne sous-tend cette rencontre, simplement l’envie de prendre le pouls d’un Dj toujours bien placé dans l’actualité deep house et très - trop - rare sur la place parisienne. D’habitude, dans ses podcasts ou ses productions, Tom donne le la. Cette fois-ci, nous prenons les manettes.

Jouer sur un bateau ça ne te dérange pas ? Tu n’as pas le mal de mer ?
J’ai déjà joué sur un bateau mais c’est la première fois que je joue à Paris ! Ce que j’aime surtout, c’est la taille de la salle du Batofar. 200 à 500 places, c’est le bon format. C’est chaud, ça va suer. Je vais sentir l’énergie du public et la musique va suivre.

Peux-tu définir le style Shur-I-Kan en quelques mots ?
Je suis musicien, à l’origine. Je joue du piano et ce background musical est forcément présent dans mes compositions. Je pense que les harmonies de mes morceaux ont un lien avec mon expérience dans le jazz. Certains types d’accords, d’harmonies et d’atmosphères y font référence. J’aime également des morceaux parfois très percussifs mais avant tout, je privilégie une dimension humaine, une musique à écouter aussi bien chez soi qu’en club.

Y-a-t-il un morceau spécial à tes yeux parmi tes propres productions ?
Hmmm… J’aime beaucoup mon remix de "Astor" pour Robert Babicz. Ce morceau a justement tout ce que j’évoquais : un beat entraînant, des accords harmonieux et ce petit supplément d’émotion.
Je retrouve ça sur "Blue Giraffe" de mon dernier EP "Precious Things" (Lazy Days, ndlr) ou "Joes Joint" (Dark Energy Recordings, ndlr).
Mais généralement, parmi mes productions, celles que je préfère ne sont pas celles que les gens apprécient le plus (rires). On me parle plus de mon remix de Mistura "Smile" par exemple (titre ci-dessous). Il est, certes, efficace mais c’est loin d’être mon préféré. Je préfère les choses moins évidentes, atmosphériques mais ce n’est pas toujours très aisé en club.


Y-a-t-il un morceau que tu aurais secrètement adoré composer ?
Il y en a plein… (Soudainement) "Bitter sweet" de Kink! J’adore ce morceau, sorti il y a quatre ans. Les harmonies sont superbes, c’est entraînant… C’est un titre sublime. C’est le premier qui me vient à l’esprit mais il y en a d’autres.

Quelle est ta définition d’un bon track ?
(Réflexion…) Il doit s’y passer quelque chose à un moment. Quelque chose de complètement unique. Bien sûr, il faut que ce soit bien produit, que le son soit propre… En fait, c’est une question de "vibe" ! Les nouveaux outils à notre disposition nous ont aussi aidés à produire des morceaux qui sonnent mieux qu’il y a dix ans par exemple. Mais parfois, quand je réécoute certains morceaux diffusés dans mon podcast, certains méritent d’être joués dans mes sets aujourd’hui. Les bons morceaux ne vieillissent pas. Ils sont originaux, ils ont cette honnêteté, ne copient pas ce qui est à la mode.

Les années passent et contrairement à certains styles, la deep house offre toujours des productions fraîches. As-tu une explication sur cette longévité ?
La deep house, comme la house, a quelque chose d’universel. C’est un tempo qui sa cale plus ou moins sur le battement du cœur. Ca traverse les années et les modes. Pour ma génération, c’était Kerri Chandler mais, maintenant, les jeunes de 20 ans citeront Disclosure qui offre quelque chose de nouveau, de différent. C’est donc un style qui se réinvente constamment et il y en a pour tout le monde. La preuve : j’ai toujours eu des soirées, Jimpster a toujours eu des soirées, Kerri Chandler a toujours eu des soirées…

Comment as-tu commencé la deep house ?
Via Tom Middleton en fait. Je ne le connaissais pas à l’époque mais il avait repris un des morceaux de mon premier album, très jazz, chill out, sur une compilation. On a sympathisé, il m’a présenté à Jimpster (Freerange records, ndlr) et j’ai soudainement découvert la deep house. Ma première sortie deep house date de 2006 ("Living Inside EP", ndlr). Et huit ans après, me voilà toujours là.

Production ou DJing : par quoi as-tu commencé ?
Peu de temps après avoir commencé à composer, on m’a proposé de jouer en tant que Dj. Je ne m’y attendais pas, je n’étais pas Dj. Mon premier set, c’était au Japon en 2006 où j’ai joué du hip-hop, du broken beat… Plus je me suis mis à produire de la deep house, plus mes sets se sont concentrés sur cette musique. Mais honnêtement, quand j’ai commencé, je n’étais pas un très bon Dj. Cela prend du temps, il faut beaucoup de pratique. Il n’y a que la pratique qui te permette de t’améliorer.

Quels sont les moments forts à venir pour toi en 2014 ?
J’ai une sortie sur le label Ajunadeep avec un son différent, plus bassy. Un remix sur Supernova et enfin mon troisième album !

Photos et interview réalisées par Damien Baumal.

Ecoutez ci-dessous son dernier podcast de juin 2014
également disponible en téléchargement gratuit et légal sur son profil Soundcloud ici.

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Shur-I-Kan radioshow cliquez ici.

Merci à Jesse Nola et à toute la team Much More, à l’équipe du Batofar, à Tom of course et Vicky.