2025-09-29
INA KACZ
Dj et productrice franco-polonaise, Ina Kacz ne se limite pas qu’à un style et ses sets l'ont déjà amenée à se produire dans des lieux emblématiques tels que Berghain à Berlin, Bassiani à Tbilisi, Dommune à Tokyo, Gare à Porto, Kalt à Strasbourg… Ina distille un son fusionnant rythmes hypnotiques, grooves tribaux, esthétique dreamy et trancy. Après quelques apparitions sur From A Lost Place et Pregnant Void, Ina sort en 2024 son premier Ep “Endless” sur son propre label Aneelhi Rec. Depuis, elle enchaîne les sorties, notamment sur absorb emit, Kalt Records, On Board Music... A l’occasion de la sortie de “Misty Secrets” Ep sur Qeone, Ina nous en dit plus sur ses influences, sa collaboration avec Polygonia, ses projets, la scène en Géorgie devenue son pays d’adoption.
D’où viens-tu et comment as-tu découvert la musique électronique ?
Je suis née en Normandie et j’ai ensuite grandi à Strasbourg. Mon père jouait du piano et était passionné de musique. J’ai commencé étant enfant. Plus tard, j’ai eu un vrai coup de cœur pour la musique électronique, j’ai tout appris par moi-même, je n’ai jamais vraiment fait de formation ni pris de cours. Ayant grandi en France, j’ai forcément baigné dans la French Touch, j’ai beaucoup écouté des artistes comme Daft Punk, Birdy Nam Nam. Petit à petit, j'ai développé des goûts un peu plus pointus, beaucoup d’écoute en ligne. À l'époque, il n'y avait pas énormément de bons clubs en France, mis à part à Paris. J'ai tout de même trouvé quelques pépites comme par exemple le 101 à Clermont-Ferrand, où j'ai habité pendant un an et demi pendant mes études ; j’ai eu l’occasion d’écouter des super artistes là-bas ! J'ai ensuite habité à Lille et souvent voyageais en Belgique ou sur Paris le weekend.
Quelles sont tes principales influences ?
C’est difficile à synthétiser car je pense que musicalement j’ai énormément d’influences. J’imbibe beaucoup de choses et j’évolue beaucoup dans plusieurs styles, je puise dans différents styles, au début j’écoutais beaucoup de techno plus deep. Depuis 2 ou 3 ans déjà, j’aime beaucoup des tracks plus old school, avec des vocaux, beaucoup de groove mais j’écoute aussi des tracks plus trancy, plus progressive ou même du breakbeat.
Te souviens-tu de ta première approche du Djing ?
Un très bon ami à moi mixait déjà depuis un moment, il avait un ancien modèle de platines (Denon DNS-1200), ça m’a intrigué et j’ai commencé à vouloir apprendre. Je me suis ensuite acheté les mêmes platines avec un petit mixeur Pioneer et j’ai appris à mixer comme ça. C’était vraiment à l’ancienne, ces platines, le BPM bougeait tout le temps et ne s’affichait pas correctement, ou alors il fallait l’encoder manuellement. Mais finalement ça a été très formateur pour apprendre à jouer à l’oreille, et plus tard sur vinyle. Personne autour de moi n’avait des CDJ à ce moment-là.
Pour toi, quelles sont les 3 principales qualités d’un très bon Dj ?
Savoir prendre des risques, transmettre une vraie émotion à travers son set et pouvoir jouer même en dehors de son style.
Pourrais-tu décrire brièvement ton son s’il te plait ?
Très éclectique et texturé. Je joue entre plusieurs styles et BPM, entre techno tribale, hypnotique et grooves, avec des touches de trance aussi. Pas forcément tout au sein d’un même set, j'essaie tout de même de garder une cohésion, mais, globalement je me considère un peu à cheval entre ces styles-là.
Tu es à la tête de Aneelhi Rec, quelle est la philosophie derrière ton label ?
Avec Aneelhi, j’ai voulu créer un label qui réunit différents horizons avec une curation qui me correspond, allier tracks dancefloors mais aussi expérimentales. J’essaie de mélanger des artistes moins connus avec des artistes plus confirmés. Je porte aussi une attention particulière aux designs des pochettes car pour moi c’est aussi important que la musique.
A ce propos, avec qui as-tu travaillé pour les artworks des deux premières releases de ton label ?
C’est Angelo Nieto, un designer Colombien. On a travaillé ensemble dès le début de Aneelhi, c’est lui aussi qui a fait l’identité graphique du label, le logo, etc. Très contente de son travail jusqu’ici il a vraiment été à l’écoute de mes idées. Le logo actuel du label était sa première proposition, et ça a tout de suite été un coup de cœur pour moi !
Si je mentionne Anastasia Kristensen, qu’est-ce qui te vient à l’esprit ?
Une artiste d’une grande diversité et une excellente Dj ! J’étais super contente quand elle m’a proposé de sortir une track sur son label absorb emit pour la compilation “Tales of Disguise” en 2024.
Concernant ton nouvel Ep « Misty Secrets » sur Qeone, comment avez-vous décidé de travailler ensemble avec Polygonia ? Et quelles ont été tes principales inspirations ?
Cela fait un moment que nous nous connaissons avec Polygonia et il y a environ un an et demi elle m’a proposé de travailler sur un Ep pour son label. J’ai tout de suite été emballée par l’idée ! Je trouve que Qeone a une vraie patte artistique et propose quelque chose de nouveau. Pour l’Ep je voulais créer quelque chose d’à la fois tribal, hypnotique, texturé, et un peu dreamy.
Last Night's Dream, by Ina Kacz
Ina Kacz - Sequoia, by Various Artists
Neon, by Ina Kacz
Day Off, by Ina Kacz
Ina Kacz - Zephyra, by Various Artists - Tales Of Disguise 1
Visionary, by Ina Kacz
Visionary, by Ina Kacz
Reach Me, by Ina Kacz
Authentic, by Ina Kacz
Pour toi, qu’est-ce qu’un B2B réussi ? Un souvenir à partager ?
Pour moi, un bon B2B c’est un mix entre cohérence, imprévu et contraste. Un B2B c’est comme chaque set, un moment éphémère, pour garder un côté honnête, je trouve qu’il ne faut pas sur-préparer le set, mais plutôt miser sur un partenaire de B2B avec qui on sait qu’il pourra y avoir une alchimie. Récemment, j’ai justement joué un B2B de 4h avec Polygonia pour la soirée On Board à Else, Berlin. Poly et moi, nous nous sommes juste envoyé quelques tracks et quelques inspirations avant le set, mais toute la magie s’est faite sur place. C’était un super moment, le floor était encore full à la fermeture du club et il y a vraiment eu une belle connexion ! On est passé sur plusieurs mood, techno, groove, et même des passages un peu plus breakbeat.
Pourquoi as-tu bougé à Tbilisi et qu’est-ce qui te fascine dans la scène en Géorgie ?
Depuis ma première visite en Géorgie en 2020 j’ai eu le coup de cœur pour ce pays, je suis revenue assez régulièrement et passais souvent un mois sur place. J’ai eu l’occasion d’y rencontrer de très bons amis. Après 5 ans à Berlin je ressentais le besoin de me poser ailleurs, je me sentais bien en Géorgie et j’ai juste décidé de ne pas rentrer ! La scène à Tbilisi est vraiment surprenante, beaucoup de passionnés et d’excellents artistes. Le public géorgien est vraiment très attentif, l’ambiance dans les clubs est bienveillante et chaleureuse. Je trouve que la scène club de Tbilisi a vraiment su créer sa propre vibe, totalement différente de celle à Berlin.
Tes lieux préférés à Tbilisi ?
Bassiani, c’est vraiment mon club préféré, je pense qu’il n’y a pas de club où je me sens plus à l’aise et où j'adore aller avec mes amis. TES et Left Bank, deux plus petits clubs qui sont vraiment très chouettes également. Pour les record stores, j’aime beaucoup Morevi, juste à côté du Bassiani, c’est un chouette magasin avec un super sound system – parfait pour des instore sessions. Pluto Records est aussi très mignon, un bar / record store dans le centre avec une belle atmosphère.
Digges-tu encore des vinyles et si oui, où aimes-tu chiner ?
Oui j’ai toujours adoré digger et jouer des vinyles. Dès que je peux j’aime bien mixer vinyle et digital dans mes sets car c’est un support sur lequel j’adore jouer. Malheureusement en Géorgie il y a moins d’options que lorsque j’habitais à Berlin, en dehors des record stores, acheter des vinyles, ou les commander d’Europe, est difficile et plutôt cher. J’achète donc malheureusement moins de vinyles depuis que je suis à Tbilisi, mais j’essaie de toujours passer par des record stores et faire un peu de diggin’ quand je repasse en Europe ou lors de mes voyages.
Pour toi, un banger en 3 mots ?
Un track qui réveille le dancefloor, qui fait l’unanimité et qui reste intemporel.
Si je mentionne IA, qu’est ce qui te vient à l’esprit ?
Si on parle d’IA et de musique, je n’aime pas trop ce concept. Pour moi certaines choses peuvent être automatisées dans la musique et l’utilisation de l’aléatoire est aussi très utile. Mais par exemple imaginer utiliser une IA pour composer un track entier, je suis contre ! Et honnêtement je ne vois pas l’intérêt. Pour moi la musique est belle par ses imperfections et son côté humain, pas par son côté technique, ça reste un art avant tout. Maintenant utiliser l’IA pour certains détails ou certaines petites fonctionnalités, pourquoi pas, ça reste à explorer.
Si tu pouvais avoir une discussion avec un artiste…
Björk, pour sa vision unique et fascinante du monde et de la musique.
L’actuelle Ina Kacz en 3 mots ?
Sereine, créative et curieuse.
Ton top 5 new releases ?
- Iglo “Introspection”
- Hitam “Hoia Baciu”
- Polygonia “Broken Temptation”
- Sepehr “Genesis Domain”
- Shjva “Celestial Dub”
Et tes projets pour fin 2025/2026 ?
Un nouvel Ep ! J’ai envie de continuer à sortir de plus en plus de musique, c'est pour moi l’objectif principal. Pour Aneelhi, je travaille déjà sur un prochain V.A.
Autre chose à rajouter ?
Merci pour cette interview !
Interview par Sabrina Bouzidi / Photo par George Nebieridze ©