HUN HUN INTERVIEW | Star Wax Magazine

2022-03-11

HUN HUN INTERVIEW

Après une formation de musicologie à l’Université Libre de Bruxelles, les frères Moens entre en studio en 2018. Jimmy et Noé forment Hun Hun et aujourd'hui ils sortent « Y Bab Adöy » sur le label Lurid Music. Les treize titres révèlent leur passion cinématographique et leur attirance prononcée pour la culture orientale et le rock anatolien popularisé dans les années 60. L’album, éloigné des standards, emmène l’auditeur dans un univers rétro aux sonorités psychédéliques. Un voyage sonore accentué par des samples de dialogues extraits de films turcs de série B, d’instruments traditionnels et de synthés vintage. Les cassettes en édition limitée sont déjà disponibles en pré-commande sur le bandcamp de Lurid Music en attendant la sortie vinyle. Entrevue.


D’où vient votre passion pour les anciens films turcs de série B ?
Jimmy est parti en voyage à Istanbul, il y a maintenant quatre ans, et ensuite quelques mois plus tard, nous sommes partis tous les deux à Tanger. Ces deux voyages nous ont ouvert à la culture orientale et arabe. A notre retour en Belgique, nous nous sommes intéressés au cinéma turc et plus précisément aux vieux films « série b » turcs trouvés sur internet. On a bien aimé le côté kitsch de ces nanars, le jeu « moyen » des acteurs, les décors en carton, les bandes son kitsch… Quelques exemples de films : « Dunyayi Kurtaran Adam » (le Star Wars turc), « Seytan » (l’Exorciste turc), les films avec l’acteur Cuneyt Arkin… Nous avons commencé à écouter beaucoup plus de musique psychédélique turque aussi, du rock anatolien, etc. Mais ce que nous aimons par-dessus tout, c’est la musique électronique expérimentale, aussi vaste qu’elle puisse être. La recherche de sons et de mélodies nouvelles nous passionne. C’est un terrain de jeu immense pour nous et pour notre création : triturer des sons, trouver des mélodies originales, mêler des sons de synthés « vintage » avec du saz turc et créer des pièces uniques. La musique de Hun Hun c’est du vrai bricolage en fin de compte (rires) et chaque morceau est une mini odyssée dans laquelle l’auditeur peut voyager.

Une anecdote derrière le nom « Hun Hun » ?
Concernant le nom du projet « Hun Hun », il nous fallait un nom en rapport avec la langue turque, et Noé est tombé sur le peuple Les Huns. C’est un ancien peuple nomade d’Asie Central, qui parlait une langue hunnique… qui nous est peu connue car elle n’a jamais été écrite. Selon les théories scientifiques, il s’agirait d’une langue turque éloignée du turc moderne.

Quelles sont vos influences ?
Tomaga, Anadol, Altin Gun, Khidja, Organ Mood, Baris K, Omar Souleyman, Cluster, Harmonia… Les films de science-fiction de manière générale nous influencent beaucoup, tout comme les vieux films d’horreur des années 80 de John Carpenter, Wes Craven, Stephen King, etc.

 

Que signifie « Y Bab Adöy » ?
« Y Bab Adöy » ne signifie rien mais sonne turc et c’est ça qu’on trouvait intéressant. On aime bien garder le mystère à propos de ce titre. Tout ce que l’on peut dire c’est qu’on l’a trouvé grâce à une célèbre saga de science-fiction.

Quel matériel avez-vous utilisé pour produire cet album ?
Analog Lab Software de chez Arturia regroupant des synthés vintages comme le Dx7, le Jupiter 8 et le Cs-80. Utilisation du logiciel Logic Pro X pour la composition des tracks, plus le travail de recherche de samples en puisant du matériel sonore dans les vieux films série b turcs, sampler des dialogues ou des bruitages dans les nanars afin de rendre chaque morceau plus vivant.

Comment sélectionnez-vous les extraits de dialogues de films ?
On essaye d’identifier les phrases qui nous paraissent les plus musicales et expressives. La langue turque aide beaucoup à ce niveau-là. Cela reste quand même de grosses fouilles (rires), des longues journées à trouver les samples qui pourront transcender, bousculer nos morceaux.

Et votre set up pour vos lives ?
Le Set-up pour le live : 4 synthés midi, 1 contrôleur Midi, 1 projection visuelle décor désertique en mouvement, inspiré de notre premier clip ci-dessous. 

Hun Hun - Y Bab Adöy

Votre connexion avec le label Lurid Music ?
On leur a tout simplement envoyé un mail. C’est comme ça que la connexion s’est faite entre Hun Hun et Lurid Music. On connaissait quelques artistes qui avaient déjà sorti des disques sur le label, comme Anatolian Weapons, Sara Dziri et Yaniv De Ridder. L’univers musical du label, la musique électronique world, collait parfaitement avec notre style.

Quel est le message que vous souhaitez transmettre à travers votre travail ?
On essaye de créer à chaque fois des petites odyssées, du coup faire voyager et faire tripper les gens le plus loin possible. C’est peut-être un peu niais comme réponse mais on trouve ça important, essentiel.

Les spots et les artistes à connaitre près de chez vous ?
On vient de Bruxelles ! Il y a des chouettes disquaires comme Caroline Music, Taille 33, Crevette Records, Super Fourchette ou encore Veals & Geeks. Les salles de concert et les festivals : Beursschouwburg, les Ateliers Claus, Les soirées comme Les Actionnaires à la Vallée, Brasserie Atlas, Kiosk Radio, Le Micro Festival à Liège, les Aralunaires à Arlon… Les artistes belges à suivre selon nous sont Phoenician Drive, Sky H1, Lawrence Le doux, Bolis Pupul, Charlotte Adigéry, Robbing Millions…

Vos projets pour 2022 ?
On a plein de projets pour 2022. Sortir l’album en digital sur toutes les plateformes de streaming accompagné d’une centaine de cassettes. Les vinyles seront seulement disponibles en octobre 2022… à cause d’un retard, dû à la pandémie, dans les usines de pressage. Faire un maximum de concerts en Europe. Produire un deuxième album pour 2023. Sortir des clips.

Quels sont les artistes avec qui vous souhaiteriez collaborer ?
Pourquoi pas dans le futur, mais pour le moment cela n’est pas notre priorité. Nous voulons, dans un premier temps, nous concentrer sur le projet Hun Hun et le faire évoluer un maximum ! Si nous sommes amenés à collaborer un jour, nous aimerions travailler avec des artistes comme Hadi Zeidan ou Giorgio Moroder, mais bon il se fait un peu vieux… (rires).

Par Sabrina Bouzidi