FUCSTYLE | Star Wax Magazine

2026-01-21

FUCSTYLE

Les prémices du mouvement hip-hop lyonnais sont étroitement liées au quartier des Minguettes, à Vénissieux dans les années 80. La scène lyonnaise est un terreau fertile pour le rap français ; sous-médiatisée elle a pourtant une identité et une histoire riche grâce à des précurseurs tels que MCM 90, D.N.C., Shams Dinn, Le Gang du Lyonnais… sans oublier l’ouverture du Cool K dans les Pentes de la Croix-Rousse, considéré comme l’un des premiers lieux symboliques dédiés au mouvement en France. Originaire de Villeurbanne Fucstyle représente la nouvelle génération. Avec un style brut et authentique, le Mc a le don pour enchaîner les punchlines, ce qui lui vaut une reconnaissance auprès de ses pairs. Membre du Snakes Crew, le rappeur a fait son bout de chemin depuis une dizaine d’années et a récemment sorti "69100 LE SANG", son premier album solo signé sur le label Bercail Records. Pressé en édition limitée, le vinyle dévoile 18 pépites représentatives de son parcours et inclut des beats de Kyo Itachi, Misère Record, Oxydz… Entretien certifié fat par Star wax !

 

Bienvenu, un verre de ?
Merci, je bois très rarement de l’alcool mais quand ça m’arrive c’est un demi pêche ! Sinon toutes sortes de boissons à base de caféine même la plus immorale capable d’inventer un Père Noël rouge ou de remplacer l’eau au Mexique…



As-tu eu une formation musicale? 
Je n’ai aucune formation musicale et je n’avais pas l’oreille au départ mais l’amour pour cette musique m’a rendu totalement autodidacte.

 

Comment était l’environnement dans lequel tu as grandi ? 
Je suis fils d’ouvrier, un vrai prolo et ma mère a toujours été vendeuse dans le prêt à porter. Mon père était poseur de revêtements de sols. Il a élevé ses enfants en se mettant à genoux sur les chantiers, pourtant il aurait pu choisir la facilité parce qu’il était fils de voyou, mon grand-père étant une figure emblématique de La Croix Rousse. 

Qui sont tes modèles et d’où viennent tes principales influences ?
Le groove, la soul et toute construction rythmique qui fait casser des nuques ! Tant que je ressens le supplément d’âme ! Ça va de Otis Redding à Toots and The Maytals en passant par IAM, Oxmo Puccino et Mc Solaar pour les français. Côté ricain, mon premier amour fut pour la musique G-Funk de L.A. Disons que j’ai pris une grosse tarte avec "The Chronic 2001" et la DPGc. De base, je suis plus Death Row Records que Bad Boy Family ou Roc Nation.



 

Le Freestyle en 3 mots ?
Expression, Liberté et Spontanéité.



Quand as-tu commencé et pourrais-tu décrire ton style ?
J’ai sincèrement l’impression de rapper depuis toujours étant donné qu’à l’adolescence cette culture m’a totalement imprégné. On pourrait dire que je suis une sorte de porte-voix social qui aime jouer des paradoxes et de la philosophie en montrant du doigt avec des idées simples ce qui m’émeut et ce qui m’indigne. Du sens, de la rythmique, une certaine formulation des phrases et des idées afin de les rendre les plus éloquentes possible en essayant de jamais perdre le groove. Et surtout un amour pour le rebond et la technique car plus le tricks est difficile à faire, plus il est beau quand il rentre à tous les coups ! Mais jamais sans négliger l’incarnation et l’émotion.



 

Que penses-tu de la scène hip-hop lyonnaise actuelle ?
À l’heure actuelle, le hip-hop lyonnais est de plus en plus en effervescence. Bien que je ne sois pas croyant, disons que le précepte de la bible « les derniers seront les premiers » est sincèrement en train de se réaliser. Nous avons toujours eu un vivier d’artistes et d’idées émergentes qui ont souvent été repris sur la capitale mais on ne peut plus nous traiter de provinciaux maintenant ! Clin d’œil à vous les maisons de disques qui « chassent » dans nos contrées lointaines !



Si je mentionne D.N.C., qu’est ce qui te vient à l’esprit ?
Ça me fait penser à la dermatose nodulaire ! Plus sérieusement, disons que D.N.C sont les premiers à défendre notre cause, ils sont les précurseurs à Lyon d’un mouvement contestataire censé élever nos consciences faisant de la réflexion et du savoir une arme universelle. Et non un mépris de classe.

 

Pourrais-tu nous parler de Snakes Crew, s’il te plait ?
Le Snakes Crew c’est la base, c’est mon premier crew avec qui j’ai sorti mes premiers albums, fait mes premières grosses scènes, tourné mes premiers clips. C’est Villeurbanne, c’est des amis d’enfance qui se retrouvent dans une chambre tous les mercredis après-midi pour se faire écouter les pépites des disques de nos grand frères avant l’ère d’internet. C’est grâce à Fricka et à son feeling musical, car on peut dire qu’il a toujours eu l’oreille, que tout ça est devenu possible. On forçait à rapper même ceux qui ne savaient pas le faire !

 

"69100 LE SANG" délivre 18 titres avec de très belles collaborations dont Kyo Itachi, Misère Record, Oxydz… De combien de temps as-tu eu besoin pour produire ton premier album et comment as-tu choisi les artistes en feat ?
Cet album est un peu un condensé de ma remise en question et du déploiement de mon énergie sur deux ans afin de me recentrer sur mon art en solo et donc de me prouver que j’étais capable d’affûter ma plume seul. Pour ce qui est des beatmakers, j’ai toujours voulu mettre en avant leur travail de l’ombre donc c’est pour ça que je me suis beaucoup servi de la fonction « collaboration » sur les réseaux afin de les mettre en lumière. Donc naturellement, je me suis tourné vers ceux qui m’ont toujours fait vibrer et qui, via mon travail effectif, ont commencé de plus en plus à le reconnaître. J’essaye de collaborer qu’avec des passionnés qui savent mettre de côté l’aspect business pour le bien du produit final. En ce qui concerne les feat, ce sont mes amis car je ne peux pour l’instant partager le micro sans affinités humaines et évidemment que je les trouve forts !

FATCAP feat. Tapas Nocturne (CLIP OFFICIEL)

Niveau instru, qu’est-ce que tu préfères en général ?
J’aime quand ça tape, quand ça rebondit. Mes intrus préférés sont des grooves bubble dans le kick snare et la basse qui jouent ensemble. Souvent les choses les plus minimalistes sont les plus belles. L’harmonie est souvent dans le placement du silence. Mais je m’appelle Fucstyle donc je ne me refuse rien, quand on aime on ne compte pas.

Dans le titre "Ca cartoon", le sample me fait penser à "Le nabot (les sauriens)" dans "Il était une fois… l’Homme", une série des années 80. J’adore le résultat ! Pour toi, que représente le sampling ?
Bravo tu as retrouvé le sample, je ne savais pas exactement que c’était celui-ci mais j’avais identifié la sonorité cartoon des années 80. Big up a Kyo Itachi  qui est l’un des français les plus réputés dans le découpage de samples à la MPC, il est le Brooklyn parisien à lui tout seul. Sans le sample le rap n’existerait pas !

 

Si je mentionne Dj Fong Fong - interview dans le star wax 59, ici - qu'est-ce qui te vient à l’esprit ?
Campione del Mondo ! Au-delà du fait qu’il soit champion du monde, c'est une personne qui a su venir me chercher car il a senti derrière l’écran que nous avions les mêmes valeurs et la même pugnacité à la tâche. C’est devenu mon meilleur copain de son ! Mais c’est avant tout quelqu’un de simple, humain et généreux qui sait ce qu’il veut. Nous allons nous donner les moyens de nos ambitions à travers cette collaboration.



Comment vous êtes-vous rencontrés avec Sakage et décidé à lancer Bercail Records ?
C’est très simple, avec Sakage on s’envoyait déjà des messages à l’époque de Nekfeu et Rap Contenders. Et Nekfeu justement avait commenté des post de Sakage et des post du Snakes Crew. A cette époque-là, j’aimais déjà beaucoup ce que faisait Sakage et on discutait déjà beaucoup grâce à ces putains de réseaux sociaux. C’est donc naturellement qu’il se retrouve en feat sur un album du Snakes Crew. A cette époque, il avait un peu mis de côté le rap puis il s’est mis à envoyer des vidéos/reels freestyle format portrait qui se sont mis à pop sur Facebook. On s’est appelé et il m’a vite conseillé de faire la même chose. Il m’a dit que les gens aujourd’hui avaient une capacité de concentration limitée et qu’il fallait apparaître dans les vidéos reels que les gens scrollent en continu. Qu’il fallait arrêter de développer des D-A, des clips et plus se concentrer sur le rap en lui-même. Faire tomber les apparats et les fioritures afin de se recentrer sur le corps de texte. Un retour à l’essentiel en quelques sortes. C’est donc dans cette dynamique qu’il est venu à Lyon et que j’ai réalisé 2/3 de ses clips. Par la suite, nous avons créé Bercail Records pour distribuer son album.



Quelles difficultés rencontrez-vous ?
Tout ce qui n’est pas expression artistique est difficile pour moi. En total indé on est censé tout maîtriser et finalement la plus grosse difficulté est vraiment de devoir endosser toutes les casquettes. D’ailleurs les programmateurs et autres tourneurs si vous passez par-là : « coucou ! je suis là ! ».

Vanille Pistache (feat @SakageTV )


Quel est le titre de l’album qui te représente le plus ?
Le titre éponyme "69100 LE SANG" me représente moi dans mon environnement.

 

Qui a illustré la pochette de "6900 LE SANG" ?
C’est un artiste qui s’appelle Soulgraff. Il est un street artist graffeur qui mélange les styles et les genres, retranscrit sa réalité et se réapproprie les codes hip hop à sa manière. Adoubé par la Scred Connexion et Demi Portion, il baigne dans ce milieu depuis tout petit grâce à son père.

 

A ce propos, quels sont tes graffeurs préférés ?
Je n’ai pas de graffeurs préférés. Chez nous, Solie c’est le boss, on représente Lyon ! Et Tapas bah c’est mon copain !

 

L’image est omniprésente dans l’industrie musicale et elle est parfois même plus importante que la musique dans la carrière d’un artiste ? Qu’en penses-tu et sur quoi mises-tu le plus ?
Je suis totalement d’accord dans un aspect mercantile et non négligeable. En revanche, je me mets un peu des bâtons dans les roues, je suis Fucstyle, c'est-à -dire que je n’ai pas de style, je les ai tous ! Un peu comme un Marvel rappeur, je peux m’approprier tes katas ! Ceux qui n’ont pas encore la vision me reprocheront de ne pas avoir de D-A, mais il n’y a pas de débat.
J’ai quand même une appétence pour les survets de marque italienne et les baskets à bulles d’air !

 

Pour toi, que représente le vinyle ?
Une cristallisation musicale, l’aboutissement d’un projet conséquent qui prendra de la valeur dans le temps comme un bon vieux vin ou un tableau. C’est l’objet de collection par excellence !



 

Où pouvons-nous trouver ton album ?
Sur mon site internet Fucstyle.fr et chez tous les bons disquaires de la région lyonnaise, ainsi que sur toutes les plateformes de distribution légales et même YouTube!

 

Que penses-tu du terme “rap conscient” aujourd’hui ?
Moi je ne fais pas du rap conscient je fais juste du rap. Ce sont les autres qui n’ont pas conscience de la portée de leurs paroles et qui pour l’appât du gain vont lisser leurs propos et chanter des comptines pour plaire à tout le monde. On a quand même un rôle à jouer qu’on le veuille ou non. « Qui peut prétendre faire du rap sans prendre position ?»

 

Quel message souhaites-tu transmettre ?
Qu’il faut travailler, se dépasser et faire preuve de résilience quand on est passionné.



Villeurbanne en une phrase ?
La plus grande banlieue de France, la maison mère.



Quelles sont tes autres passions ?
Le skate, le snowboard et l’épicurisme.

 

Si tu pouvais te téléporter quelques jours…
Un petit tour dans les coffres de la banque de France, puis dans un endroit paradisiaque et je finis dans la montagne sur un snowboard !

 

L’IA, t’en penses quoi ?
Autant de mal que de bien, mais une chose est sûre, elle crée une rupture technologique.

 

Ta devise ?
Fais le car personne le fera pour toi.

 

L’actuel Fucstyle en 3 mots ?
Bientôt plus fort !

Sinon, ton Cut Killer show le mois dernier avec Fong Fong, c’était comment ?
Une vraie dinguerie ! Merci pour cette opportunité, merci Fong Fong de nous avoir ramenés là-bas, merci Dj Cut Killer de nous avoir accueillis comme il se doit dans les locaux de Skyrock. Ça tombait à pic avec la sortie de mon album.

 

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Interview par Sabrina Bouzidi / Photo par Mars Yahl ©

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