FOCUS TEMENIK ELECTRIC | Star Wax Magazine

2026-07-09

FOCUS TEMENIK ELECTRIC

Depuis Marseille, Temenik Electric lance un pont convaincant entre les musiques et cultures. À l’image du regretté Rachid Taha, la figure tutélaire du genre, ce groupe cosmopolite trouve de puissants relais internationaux grâce au producteur Justin Adams, un proche du légendaire Robert Plant. Chanteur dudit groupe, Mehdi Haddjeri évoque ici le dernier album-maison  soit "Habibi My Love", les fascinantes notions de transe gnaoua mais également la fraternité, une valeur cardinale que cette formation partagera surs scène le samedi 18 juillet, à Tende, à l’occasion du  festival Passeurs.ses d’Humanité …

 

Apparu il y a quinze ans, Temenik Electric mêle avec finesse le rock indépendant des années quatre-vingt-dix dont les Happy Mondays ou Primal Scream ; la visionnaire ligne basse-batterie dub et ses multiples déclinaisons électroniques ; et les innombrables répertoires musicaux maghrébins, bien plus nombreux que la simple appellation raï. Loin des chemins balisés et parfois insipides de la world, chaque élément intégré nourrit un langage résolument moderne. Leader du projet, Mehdi Haddjeri façonne ainsi un univers où les riffs et la rythmique hypnotiques dialoguent naturellement avec les mélismes orientaux. Nourri par les enjeux propres au bassin méditerranéen, l’homme aborde volontiers les questions de déracinement,  d'appartenance et de transmission, mais sans pour autant succomber aux sirènes de la démagogie…

 

Pour le chanteur-guitariste, la richesse du discours provient précisément du métissage : « À vrai dire, je n’ai pas envie de choisir entre telle ou telle influence, j’intègre naturellement les différents courants, qu’ils soient rock ou proviennent du monde arabe. À ce titre, la production anglaise de la fin du vingtième siècle a été une source d’inspiration évidente. Je pense notamment au rock et à son assimilation par le clubbing, au  travers des raves parties. » Si l’environnement phocéen est une réalité, le compositeur ne prône pourtant aucun discours géographique spécifique : «Contrairement à d’autres ensembles, pour nous Marseille n’est pas une fin en soit. Nous ne sommes pas des porte-drapeaux… L’inspiration provient avant tout des sentiments universaux comme la compréhension ou l’amour de notre prochain, même si je sais que cette formule peut sembler naïve. Pour l’histoire « Habibi My Love », -soit ma chérie, mon amour Nda-,  le titre du dernier album de Temenik Electric, provient de ces petits moments du quotidien, comme un beau matin lorsque j’ai appelé ma fille ainsi avant de l’amener à l’école… »

TEMENIK ELECTRIC "BÉ CIF"

Empreinte de sonorités digitales, la discographie fait naturellement écho à moult rythmes et particularismes comme le rappelle l’interprète : « Il ne s’agit pas de créer des raccourcis ou réduire les musiques orientales, d’autant que de nombreux registres en provenance d’Afrique subsaharienne ou d’Amérique du Sud se mêlent à merveilles aux arrangements synthétiques et aux boucles numériques. Mais force est de constater que des analogies sont évidentes, notamment au Maroc au travers de la musique de la minorité gnaoua, dont la dimension mystique se trouve confortée par les sessions de programmation et par les loops.» Apparues au travers de l’esclavage intra-africain, ces psalmodies syncrétiques emmenées aux karkabous et au guembri par les maâlems ou maîtres impriment désormais de nombreux répertoires, un peu à l’image de la musique blues pour le patrimoine afro-américain, notamment au travers du festival d’Essaouira.

 

Pourtant, c’est en concert que le collectif sudiste prend toute sa dimension. Les morceaux s'étirent, les rythmes deviennent hypnotiques et les climats contrastent volontiers.  Physique, l’expérience n’en est pas moins généreuse et fédératrice comme le prouvent les différentes vidéos live disponibles sur la toile. La venue du combo au festival Passeurs.ses d'Humanité, le 18 juillet prochain, apparaît donc ici comme une évidence. Parrainée par de nombreuses personnalités dont l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau, le réalisateur Robert Guédiguian ou bien encore le plasticien niçois Ernest Pignon-Ernest (ce dernier est d’ailleurs l’auteur de la première affiche-maison) cette manifestation pluridisciplinaire née en 2018 ans d’un mouvement de désobéissance civile sied comme un gant à Temenik Electric : « Pour l’anecdote, il y a quelques années,  je me trouvais en Italie lorsque j’ai rencontré l’un des artisans de cette action d’accueil à destination des migrants. Sa démarche me semblait tellement juste. Malheureusement, cette rencontre n’a pas abouti à quelque chose de concret. Venir jouer cette année à Passeur.ses d’Humanité  sonne donc de manière proverbiale. »

TEMENIK ELECTRIC "Habibi"

Une foule de groupes ou interprètes mixent avec brio les rythmes orientaux avec le rock ou l’électro. Pointure indiscutable, le regretté Rachid Taha, n’aura ainsi eu de cesse d’imprégner les apports nord-africains de saisissants accents électriques. Modèles du genre, les deux volumes de l’anthologie "Diwan" et leur assimilation du répertoire chaâbi résument fort bien l’histoire des migrations contemporaines. Quelque peu oublié, le beatmaker marocain U-Cef a pourtant largement défriché ce répertoire métissé. Découvert grâce au légendaire label Crammed Discs, ce compositeur et producteur a sorti, en 2008, le malicieux "Halalwood", un album où se croisent des interprètes de la trempe de Natacha Atlas ou Amina Annabi. Héritier des travaux précités, l’Algérien Sofiane Saidi connait pour sa part, un parcours à géométrie variable. Repéré aux travers d’opus audacieux dont "El Ndjoum", le chanteur complète cette production par des interventions au sein du trio Mademoiselle ou au contact du tandem Acid Arab. Enfin le Tunisien Sofyann Ben Youssef alias Ammar 808 et son pseudonyme en forme d’hommage à la fameuse boîte à rythmes Roland confirment la fascination des compositeurs électro pour les transes orientales. Sorti chez Glitterbeat, l’emblématique "Maghreb United" et ses beats puissants intègrent les grandes réussites du genre.

 

Passeurs.ses d’Humanité, du mercredi 15 au dimanche 19 juillet 2026, entre Breil et Tende, dans la vallée de la Roya, un cadre situé dans les Alpes-Maritimes.

 

Par Vincent Caffiaux / Photo par Swann Fourmanoy.