2024-03-26
FOCUS / DEAD JAZZ
Les noces du jazz et du rock sont aujourd’hui célébrées par le projet « Dead Jazz ». Relecture inspirée du Grateful Dead, l’institution psychédélique américaine, ce disque réunit notamment le claviériste Éric Legnini, le batteur Dré Pallemaerts ou bien encore les frères Stéphane et Lionel Belmondo. Plutôt en verve, ce dernier évoque ici cet hommage, les déclinaisons-maison, la tribu chère à Jerry Garcia et, par extension, la notion d’album…
Amorcée, à la fin des années soixante par Miles Davis via « In a Silent Way » et « Bitches Brew » puis par l’enseigne Douglas, un laboratoire foutraque où se croisaient Buddy Miles, les Last Poets et l’hallucinant Timothy Leary, la rencontre du jazz et du rock est d’abord un creuset fertile, loin du style virtuose mais bavard qui se développera par la suite. Point de cristallisation entre la révolution pop mondiale et la soif d’aventure du champ improvisé, ce registre sédimentera ainsi au travers de rockers comme Jimi Hendrix (l’arrangeur Gil Evans était fasciné par le héraut de Woodstock), Duane Allman, dont l’intérêt pour la soul sudiste et Trane était notoire, et bien évidemment le Grateful Dead, une formation californienne qui absorbera, au fil du temps, une large part du patrimoine musical américain, à commencer par le jazz.
Témoignage pertinent concernant ces passerelles, « Dead Jazz » réunit huit plages du Grateful Dead, au travers de reprises organiques et débridées. Parfois proche, pour le moins l‘esprit, des travaux de George Clinton et de ses collectifs P-Funk, le Lp réunit en son sein six redoutables bretteurs dont les claviéristes Eric Legnini et Laurent Fickelson ou l’infatigable saxophoniste Lionel Belmondo. Capable de transcrire la compositrice contemporaine Lili Boulanger, puis de travailler avec le saxophoniste Yusef Lateef ou le chanteur brésilien Milton Nascimento, le souffleur français fonctionne avant tout au feeling : « Comme pour toutes les sessions, c’est lié au hasard des rencontres. La musique à cette particularité de réunir les gens, les créateurs comme les auditeurs ou spectateurs. Concernant le Grateful Dead, le choix s’impose à plus d’un titre : parce que c’est un groupe à part entière, parce leurs enregistrements sont intenses, et parce il réside, chez eux, une volonté de se renouveler, sans cesse. » Si la production présente répond à un schéma précis, la création occupe naturellement une grande place : « C’est le cas du titre « Blues For Allah ». La version ici proposée renvoie à John Coltrane et « A Love Supreme ». C’est de la musique de profundis, empreinte de mystère. Au final, la démarche présente s’articule bien autour de l‘esprit du Dead et de sa communauté de fans : les deadheads. »
Significatives, les compositions du Grateful Dead illustrent le mouvement hippie et, en creux, la mandature de Richard Nixon, les années de plomb afférentes. Pour Lionel Belmondo, le parallèle entre cette page de l’histoire des États-Unis et la période contemporaine est évident : «Il suffit de suivre les infos… Outre la vie politique à proprement parler, nous vivons aujourd’hui, au plan de la création, un formatage musical en règle. Je pense notamment à tous ces supports édits conçus pour les radios ou Internet. Grâce à B Flat, le label lancé il y a quelques années par mes soins, j’ai contacté Jazz & People, la plateforme participative du critique Vincent Bessières : nous avons trouvé un terrain d’entente. » Par-delà l’alternative économique, cette initiative correspond à une perception de l’album en tant que support : « Nous ne voulions pas de lecture zappée mais bien un enregistrement qui s’écoute sur la longueur, à l’image d’une histoire, avec un début, un développement et une conclusion. »
Évidemment la place occupée aujourd’hui par le microsillon dans les bacs résonne avec la parution de « Dead Jazz ». Mais cette sortie ne se cantonne pas uniquement au 33 tours, tous les formats sont privilégiés : Certes nous voyons d’un bon œil le retour en grâce du disque vinyle. C’est même formidable. Toutefois, nous avons réalisé trois mixes différents, pour le Lp mais également pour le compact disc et l‘écoute en ligne. Ca nous semblait intéressant de jouer avec les matières sonores, selon les supports. » Editée avec soin, cette session musicale est confortée par un visuel lysergique de bon aloi. Elle convoque le pouvoir d’expression, la courroie de transmission inhérente : « Une fois qu’elle est écrite ou adaptée, la musique se diffuse. Elle fait fi des contingences commerciales et appartient, de ce fait, à tout le monde » confirme Lionel Belmondo…
Texte par Vincent Caffiaux / Photo par Pierre-Emmanuel Rastoin
China Cat Sunflower, by Plays The Music of The Grateful Dead
Stella Blue, by Plays The Music of The Grateful Dead
Dark Star, by Plays The Music of The Grateful Dead
St. Stephen > The Eleven, by Plays The Music of The Grateful Dead
Fire on the Moutain, by Plays The Music of The Grateful Dead
Blues for Allah, by Plays The Music of The Grateful Dead
Bird Song, by Plays The Music of The Grateful Dead
Rosemary, by Plays The Music of The Grateful Dead