2022-09-26
FATBABS
Dans le sillage de « Daily Jam » Fatbabs ajoute à son édifice « Aimer », un nouvel Ep, six titres de hip-hop. Et il coréalise « Temple Road », le dernier album de Naâman. En dix années avec ses camarades de Deep Rockers, en total indépendance grâce à Big Scoop records, il enchaine les performances. Seul ou en équipe Babs est Fat ! Le Dj-beatmaker évoque son séjour à Goa, son approche du sampling, son prochain Zénith de Paris en octobre. Et à l'occasion du Star Wax spécial Europe & Insolite été 2022, Fatbabs revient sur ses expériences en festivals.
Tu reviens du SunSka où tu as fait un show avec cinq Mcs…
Yes, c’est assez rare que j’aie la chance d’avoir un line up de Mcs aussi talentueux avec moi ! C’était dingue, un vrai show dans la tradition du Sound System. Au Sun Ska, la scène Rebel c'est deux gros murs d'enceintes rouges. Ça donne vraiment du cachet au spot. J'avais une heure de set, les gens ont répondu présent et nous on s'est éclaté comme des gosses. J'ai joué pas mal de Naâman, des remix exclusifs et on a freestyle avec les gars c'était vraiment une bête de soirée.
Tu as aussi fait le NologoBzh dernièrement ?
Yes, j'en reviens tout juste. C’est le même genre d'ambiance. Les gens sont vraiment heureux de retrouver les festivals, on le ressent à fond et c'est beau à voir. Il faut quand même dire que les bretons sont trop chauds. Je ne sais pas si c'est parce que j'ai choisi d'y vivre et que je deviens chauvin, mais pour moi c'est le meilleur public de France.
Ta définition du festival ?
C’est la bulle d’air dont on a tous besoin. Je vois les festivals comme un moyen de liberté d’expression. Chacun laisse ses soucis à l’entrée et vient partager des bonnes ondes pendant plusieurs jours. C'est un peu idyllique mais tellement beau, comme si on suspendait le temps durant un week-end. C’est aussi parfait pour faire de belles rencontres, des potes comme des stars internationales. Idéal pour gratter son petit selfie souvenir.
As-tu déjà été en festival en tant que spectateur et selon toi un festival ne doit-il pas forcément être en deux jours afin de vivre la fameuse nuit au camping en plein air en été…
J’ai participé à mon premier festival à l’âge de 14 ans et ça fait maintenant 20 ans que j’y passe la plupart de mes week-ends. J’ai la chance d’être passé du public à la scène en croyant fort à mes rêves. Il est évident que la nuit au camping est primordiale. L’after, le réveil, le gars qui joue du djembe toute la nuit à coté de ta tente. C’est toute cette ambiance qui fait que tu passes un week-end mémorable. Après, il y a un âge pour tout. En grandissant, tu te rends vite compte que le camping c’est plus pour toi alors tu viens en caravane.
Il y a peu de festival hip-hop en Europe. As-tu un souvenir en tant qu’acteur ou spectateur à partager ?
J’ai un énorme souvenir du « Rock the Bells » à Paris où j’avais pu voir à la même soirée The Pharcyde, Mos Def, Nas et Supernatural. Personnellement je n'en ai pas fait beaucoup, mais je sais qu’en Suisse il existe le « Open air Frauenfeld », qui a l’air vraiment énorme. Cette année il y avait en autre Asap Rocky, Roddy Rich, Tyler the Creator, J Cole… Peu de festival en Europe peuvent prétendre à un line up aussi gros. J’espère un jour pouvoir y aller ou même y jouer.
Ton top 5 des festivals européens ?
Rototom Sunsplash à Benicassim, No logo bzh à St Malo, Les Ardentes à Liège, Solidays à Paris, puis Papillons de nuit (Pour le coeur, c’est là où j’ai grandi)
Et tes festivals hors d’Europe ?
Grâce à une expatriée française qui aime notre musique, on s'est retrouvé à jouer avec Naâman dans un des premiers festivals de reggae en Chine. A Chengdu plus exactement. C'était juste hallucinant, il faisait 10° mais les gens étaient à fond. Plus récemment on a fait le Goa Sunsplash en Inde, là où Naâman habite. C'est le plus gros festival de reggae en Inde. C'est beau d'avoir la chance de participer à des évènements de ce genre.
Blanca Navarro de Mostra croit fermement que les festivals de musique sont de puissants outils de changement social. Je pense que oui, sauf qu’il y a du boulot. Notamment parce qu’il y a majoritairement des hommes programmés… Et n’est-ce pas exagéré le grand nombre de bénévoles alors qu’il y a des artistes avec de gros cachets ? C’est loin d’être éthique et équitable…
Concernant la programmation masculine, j’ose espérer que les festivals ne font pas de choix à ce niveau, car ce serait bien triste d’en être encore là. Dans le monde du reggae français par exemple, il y a beaucoup de femmes super talentueuses qu'on croise très souvent en festivals : Soom T, LMK, Sara lugo, Supa Mana… Concernant les festivals et la démarche éthique oui je suis d’accord. En revanche, je sais également que même si la musique n’a pas de prix, elle a quand même un coût. Je comprends certaines grosses prods qui demandent un gros cachet aux festivals car le show requiert un budget conséquent, pour un spectacle digne de ce nom. C’est effectivement exagéré lorsque ce dernier est démesuré et que la prestation n’est pas à la hauteur. Mais si c’est justifié… Par exemple, Stromae doit avoir un des shows les plus couteux du moment mais la prestation est largement au rendez-vous. Son concert est magistral.
Cette année ça fait dix ans que tu as sorti ton premier disque ?
Exactement, dix ans déjà ! Depuis on a fait un peu de route. On s’est entouré, structuré pour se rapprocher de l’indépendance. On a créé notre Label Big Scoop Records. Le premier Daily Jam était d’ailleurs la toute première sortie de notre Label. Avec du recul, monter notre structure a été une des meilleures choses qu'on ait faites avec notre équipe. On produit notre musique et on fait nos propres choix. Big Scoop Records nous aide à perdurer dans ce milieu. En tout cas on est toujours là à s’amuser et j’espère te redire la même chose dans dix ans.
Depuis notre discussion début 2020, samples-tu encore, utilises-tu d’autres softs et ta façon de produire c’est-elle enrichie ou à t-elle changée ?
Tout à fait, le sampling c’est l’essence de ma musique. La petite nuance c’est que désormais je sample nos propres morceaux. Je me suis rendu compte que la modification et le recyclage de la musique sont infinis. C’est fou, d’une petite mélodie on peut facilement faire dix beats différents en modifiant la texture, la couleur du son… J’utilise également beaucoup « Output » de chez Arcade et Splice.
Qu’en est-il de ton apprivoisement des batteries acoustiques ?
Concernant le nouvel album de Naâman on a refait des enregistrements en studio mais sinon j’utilise encore beaucoup de breakbeat. Sur « Temple Road », j'ai adoré mélanger les deux ça marche vraiment bien.
Tu viens de sortir « Daily Jam - Aimer », finalement c’est la part 2 ?
Tout à fait c’est la suite. La série Daily Jam, ça raconte ma vie. J’attache donc beaucoup d’importance à ce que tout soit le plus sincère possible. Autant dans l'émotion dégagée par la musique que dans tout ce qu'il y a autour. Par exemple, on garde la même esthétique graphique pour les covers. Les 2 photos utilisées pour chaque pochette sont de véritables moments de vie, rien n’est monté.
Pourquoi sembles-tu préférer sortir de long Ep de 5-6 titres plutôt que des albums ?
Non je n’ai pas de préférence, je kiffe juste raconter quelque chose à chaque fois, que ce soit en 6 ou 15 chansons. Je persiste à croire que certaines personnes écoutent la musique comme on raconte une histoire : avec un début, un milieu et une fin. Les temps changent. Les plateformes actuelles et la diversité musicale proposée amènent les auditeurs à survoler les albums et je trouve cela dommage.
Parles nous des Mcs et Tripl3, est-ce suite à une rencontre de visu ?
Tripl3 je le connais depuis notre premier voyage en Jamaïque. C’est un Mc très talentueux, exactement le genre de rappeur que j’adore. Son rap est très influencé par New York, il utilise le patois jamaïcain, c’est un peu un mix de Joey Bada$$ et Busta Rhymes. Cellz, je ne l’ai jamais rencontré physiquement. On a discuté via instagram car il avait beaucoup aimé le premier volet de Daily Jam, sorti en 2017. Je l’ai naturellement invité sur le second. On a construit cette chanson ensemble, à distance.
De quoi parles les textes d’« Out Deh » ?
Tripl3 a un grand talent d’écriture. Il utilise beaucoup de métaphores et d’ailleurs il me faut souvent du temps pour tout comprendre. Le texte est un savant mélange d’égotrip et de références à ce qu’il aime : film, basket, nourriture. « Put the curry in the pot with the greatest of all time I'm Steph curry with the shot I'm going to take it it's all mine ».
Ta vidéo « On a Daily » révèle bien ta méthode de production et ton home sweet home ! As-tu quelque chose à ajouter ?
C’est mon lifestyle actuel: ma famille et du beatmaking. Ce morceau est une ode à la routine, qui nous rappelle que la vie devient plus belle, si nous arrivons à capter le bonheur des petites choses du quotidien.
Qu’est-il arrivé à Naâman, cet été il a annulé sa tournée ?
Effectivement, on lui a diagnostiqué une tumeur au cerveau en début d’année. Son opération s'est bien passée, il a été d'une force et d'une volonté admirable. Nous avons commencé tranquillement à préparer la tournée d'automne et surtout notre grosse date du Zénith de Paris le 22/10/2022. On a pris un plaisir fou à rejouer de la musique tous ensemble.
Peux-tu nous expliquer ta participation à « Temple Road » le dernier Lp de Naâman, as-tu composé les beats à Goa ?
J’ai composé 11 beats sur les 17 morceaux. Les autres sont de Naâman et Julian le claviériste du groupe. J’ai travaillé en tant que compositeur et coréalisateur sur « Temple Road ». Je n’ai pas tout composé à Goa mais les deux semaines que nous avons vécu là-bas ont été primordiales à la conception du disque. L’inspiration était à son maximum. On était chez lui, on ne pouvait pas mieux comprendre « Temple Road » qu’en y vivant. J’en garde un souvenir impérissable. On avait installé le studio dans le jardin, j’ai bossé tous les jours en extérieur sous les palmiers, avec les oiseaux et les vaches comme public.
Vous préparez un Zénith de Paris en octobre 2022, peux-tu parler de ce que vous allez faire de spécial ou c’est une surprise et donc confidentiel ?
C'est tout simplement le grand retour de Naâman, après tout ce qu’il a vécu. Forcément, cette date sera chargée en émotion et ça va être magique. Ce sera sans doute notre plus grosse date et évidemment il y aura des surprises. Pour l'instant c'est en effet confidentiel mais on encourage tous les auditeurs de Naâman à être présents, pour découvrir ce que l'on vous a préparé ! C'est une date très attendue pour nous, on a déjà hâte d'y être.
Sinon qu’en est-il de ton rêve de te produire en live au Mont-Saint-Michel ?
Il ne s’est toujours pas réalisé malheureusement. Mais je sais que la chaine Youtube « Cercle » qui a coutume de faire de superbes vidéos dans des lieux atypiques en a fait une là-bas dernièrement. Un délire électro comme ils ont l’habitude de faire. Mais mon rêve à moi, c’est de la faire avec du public. Je veux le faire pour ma région natale, la Normandie.
Et arrives-tu toujours à chiner autant de vinyle ?
Oui mais moins qu’avant. J’achète toujours les nouveaux albums que j’aime en vinyle, mais je fais moins de digging en ce moment. Bientôt, je vais relancer la machine car j’ai bien l’intention de me concentrer sur un prochain album pour 2023.
Interview par Supa Cosh... / Photo par Valentin Campagnie