DUB STATION FOCUS | Star Wax Magazine

2022-06-21

DUB STATION FOCUS

Dub Station se déroulera les 8 et 9 juillet prochains au Domaine de Fontblanche, de Vitrolles. Porté par Musical Riot, ce festival accueillera cette année, comme à son habitude, des piliers de la scène Dub : Blackboard Jungle, Iration Steppas et O.B.F. - interview ici. Depuis vingt ans l’association œuvrant à l’essor de la culture sound system multiplie les manifestations et sillonne les villes en France et en Europe. Considérée comme l’un des acteurs majeurs du mouvement en Europe, l’équipe nous en dit plus sur les fondements du projet et ses valeurs, les barrières rencontrées, leur vision de la scène encore perçue « minoritaire ».

 

Les débuts de Musical Riot ?

Sébastien G. et Julien P. : A l'origine de l'association, il y avait quatre personnes : Frédéric Corroyer, Seb Chevalier, Seb Grau et Julien Pickering. On a monté l'asso car on avait besoin d'une structure pour gérer une salle de 300 places qui s'appelait le Tribute, à Aix-en-Provence. Tout est parti de là, on a récupéré une salle en gérance après y avoir organisé une belle session. Le proprio cherchait des nouveaux gérants ...on a ouvert le Tribute en septembre 2002, ce fut le début de tout…

 

Pourquoi avez-vous décidé de vous spécialiser dans la musique Reggae et Dub ? Est-ce lié à l’émergence de la scène Dub française à l’époque ?

Séb. G. et Ju. : La première année d'exercice du Tribute, on a voulu faire tous les styles, au final seul le reggae marchait bien et comme on venait tous de là c'était plus logique de se spécialiser. La deuxième année, on a fait beaucoup de sound systems, les Dub Meetings puis Dub Station étaient déjà dans les têtes quand on a commencé à s'exporter pour recevoir de plus grosses sonos, ce fut King Shiloh et ses trois stacks avec Barry Isaacs dans une salle communale d’Aix en Provence (Le bois de l’Aune), le bâtiment s'en souvient encore. La scène Dub Live était sur des réseaux SMACS. Nous, avec les sonos, étions obligés d'être en mode plus clando... On ne se croisait pas tant que ça finalement, et puis la scène sound system a explosé peu de temps après...

 

Quelle a été la transition : Dub Meetings à Dub Station en 2007 ?

Séb. G. et Ju. : Dub Meetings, c'était avec un producteur parisien qui s'appelait Dominique Misslin, gérant de DIK Musiques, notre collaboration ne fonctionnait plus... et puis au même moment un vieil ami de l'asso venait de rentrer chez Garance Production, Antoine Jamet, avec beaucoup de liberté sur la partie production. En octobre 2007, la première édition du Dub Station s’est faite au Trabendo.

 

Que revendique Dub Station ?

Séb. G. et Ju. : Notre objectif a toujours été d'importer en France les soirées que nous allions voir en Angleterre (University of Dub, Notting Hill Carnival...) dans les mêmes conditions que là-bas : un sound system fait maison et conçu pour sonoriser du reggae, très peu de lumière.

 

Qu’est ce qui diffère la scène française Dub des autres ?

Séb. G. et Ju. : A la base, les anglais avaient une véritable culture du sound system de par ce que la communauté jamaïcaine avait apporté, ce qu'il n'y avait pas vraiment en France hormis la poignée de connaisseurs principalement sur Paris. Mais au fil du temps, les acteurs français se sont beaucoup imprégnés de ce qui se faisait là-bas. Finalement aujourd'hui, il n'y a plus tant de différences que cela.

 

Comment avez-vous participé à l’essor du mouvement dans tout l’hexagone ?

Séb. G. et Ju. : On a été les premiers à proposer un rendez-vous mensuel à Paris. C'était devenu un rendez-vous où tous les amateurs de ce mouvement en France se réunissaient. Puis Marseille, Lyon, Nantes, Toulouse. Petit à petit, de plus en plus d'assidus à ces soirées se sont mis à monter leur label, sound system, associations, et on a assisté à un véritable essor de la scène française... mais bien avant les Dub Station, on avait commencé notre activité de tourneur spécialisé dans les sounds system, en 2003 avec Martin Campbell, puis King Shiloh, Iration Channel, One Jah, Tubby's... Le Dub Station du Garance Reggae Festival de Bagnols-sur-Cèze a permis de mettre en place des sessions dont les vidéos ont fait plusieurs fois le tour du monde. Dub Stuy de New York nous disait récemment qu'il avait monté un crew et une sono après avoir suivi nos aventures aixoises…

DUBSTATION @ GARANCE REGGAE FESTIVAL 2013

Pour vous, quelles sont les principales valeurs transmises par cette musique ?

Séb. G. et Ju. : On peut dire que c'est une musique de militants à chaque étage, du public, aux sound system, labels, organisateurs... car rien n'est facile en France quand on veut se lancer dans cette musique. La législation autour des musiques amplifiées rend très compliqué l'organisation de tels évènements mais finalement on constate que de nombreuses assos s'y sont mises.

 

Pensez-vous qu’il s’agisse encore d’une « culture » minoritaire en France ?

Séb. G. et Ju. : La musique est une culture minoritaire en France tant qu'on servira du prémâché sur les grands médias. La dernière remise des victoires de la musique et l'absence totale de la musique urbaine en sont la preuve. Sans une véritable volonté politique de rendre la vie plus facile à cette scène, cette culture restera inaccessible au grand public, et donc oui, minoritaire.

 

Votre public a évolué depuis 20 ans, vous pouvez nous en dire plus ?

Séb. G. et Ju. : Le public s'est beaucoup rajeuni, certainement à cause de l'évolution de la musique. Les plus anciens se reconnaissent dans le son des 70's - 90's mais ce n'est plus trop cette programmation qui remplit les salles et les festivals. Beaucoup d'organisateurs ont donc tendance à programmer des artistes de la nouvelle scène ce qui a pour effet d'attirer plutôt un public plus jeune.

 

Aujourd’hui on parle de « Dub contemporain » …

Séb. G. et Ju. : Honnêtement ça ne veut pas dire grand-chose. Le Dub évolue en important d'autres musiques dans ses codes pendant longtemps inamovibles : musique électronique, techno, tribales... mais un puriste aura beaucoup de mal à se reconnaître dans cette forme d’hybridation. La période 70s-90s a vraiment marqué l'histoire du Dub.

 

Comment percevez-vous la scène Dub française actuelle ?

Séb. G. et Ju. : Disons que la scène française a aujourd'hui une véritable identité avec des chefs de file comme OBF ou Blackboard Jungle. OBF a insufflé un vent de fraîcheur et de nombreux sounds et labels s'en sont largement inspirés.

Anne Luminy : Malgré une scène très « codifiée », les nombreux artistes et sound systems développent leur propre univers et identités, ce qui fait bouger les lignes au final. Par exemple les soirées organisées par Wandem Sound System à Bordeaux où le public est invité à se déguiser et il y a un vrai travail sur la scénographie et la décoration, chose qu’on ne voyait pas avant. De même pour le duo « Dub Shepherds » qui a apporté une bouffée d’air frais au niveau du show scénique proposé. Paradoxalement, cette scène est à la fois bloquée dans les années 70-90 et totalement tournée vers l’avenir avec des artistes très avant-gardistes.

 

Qu’est ce qui rend Dub Station magique ?

Séb. G. et Ju. : L’ambiance ! C'est toujours une très bonne expérience.

 

Quels sont les barrières et les prises de risque ?

Séb. G. et Ju. : Au-delà des barrières politiques, les gérants de salles qui n'ont jamais fait de sound system Dub ont toujours une première expérience assez traumatisante. Mais quand le public était au rendez-vous, généralement ils y reviennent. Puis il y a le voisinage. Pour l'anecdote, une soirée parisienne lors de laquelle Jah Tubby's avait débarqué avec sa sono à La Villette, un club hippique situé aux alentours n'a pas pu sortir ses chevaux pendant plusieurs jours à cause du traumatisme qu'ils avaient subi.

 

Qu’est-ce qui vous rend fiers et qui vous booste aujourd’hui ?

Séb. G. et Ju. : Nous sommes fiers d'avoir pu contribuer à notre niveau au développement de cette scène, d'avoir permis à de nombreuses personnes d'avoir accès à cette culture sans n'avoir jamais mis un pied à Londres.

Anne : Ce qui nous booste aujourd’hui... Les frissons ressentis lors des sessions ! Écrire encore quelques belles pages de l’histoire du Dub et la culture sound system en France.


Interview par Sabrina Bouzidi / Photos par Lucas Strazzeri & JB Denizot

Star Wax Magazine