DUB CAMP 2023 REPORT/ON EST TOUS LES ENFANTS DU SOUND SYSTEM | Star Wax Magazine

2023-07-26

DUB CAMP 2023 REPORT/ON EST TOUS LES ENFANTS DU SOUND SYSTEM

Joué-sur-Erdre, juillet 2023.

Parti découvrir la culture dub pendant quatre jours au Dub Camp Festival, sans a priori ni quête particulière, j’en ressors plongé dans une introspection sur les origines de mon rapport au son, au Djing, à l’infra-basse. Je n’étais pas prêt ! Récap vidéo format Reels cliquez ici.

 

Passons sur le fait que le Dub Camp est un festival particulièrement bien organisé. Propre, carré, écolo, respectueux du public et des artistes, timing toujours respecté, tout au cordeau. A noter. Qu’on soit backstage ou devant les caissons, on ressent plus qu’un festival, une identité. Une revendication. Une fierté d’être là et d’installer sa tonnelle dans le camping du festival depuis 2014. Un kif de venir traverser toute la France pour prêter ses services de roadie bénévole, moyennant un pass quatre jours. Ici on dit “boxman” pour ceux qui installent les sonos ! Un respect, une entraide et une véritable gentillesse entre festivaliers. Un immense respect pour les artistes, les Djs, Mcs, zikos, et surtout, pour les sound systems. 

Les sound systems. La base. La pierre angulaire. La véritable star. Ce n’est pas la sono qui s’adapte aux artistes, ce sont les Djs, selectors et musiciens qui viennent mettre leur talent au service du sound system. Tout un chamboulement de l’ordre des valeurs habituelles. Ici, l’ingé son est le véritable génie. Il a parfois configuré ses Scoops (configuration particulière de subwoofer passif, aussi appelé toboggan de par la forme du pavillon contenu dans le caisson, particulièrement adapté aux sonorités reggae/dub) depuis 20 ans. Sauf exceptions - voir l’interview de Sinaï Sound System - son system est tuné pour le reggae et le dub, il est optimisé pour la basse et ne rendrait pas forcément aussi bien si on le mettait au service d’un groupe de rock ou d’un Dj techno. Quand on se retrouve à la confluence des 60 Kwh du Blackboard Jungle Sound System soutenues par 158 cales en bois pour la soirée d’ouverture, la sensation est tellement dingue qu’on comprend immédiatement pourquoi et comment les orgas peuvent y consacrer leur vie.

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Cette culture est née en Jamaïque dans les années 50, il y a 70 ans déjà - téléchargez la full édition du Star Wax spéciale sound system. On y associe bien souvent le reggae et la culture rastafari, mais s’en tenir à ces éléments serait réducteur. Ce sont les jamaïcains qui ont développé les premiers sound systems, permettant aux masses laborieuses l’accès à une musique jusqu’alors réservée à une élite. Ce sont eux également eux qui ont commencé à utiliser les dubplates ou acétate, on parle aussi de “soft wax”,  afin de tester un nouveau morceau avant d’éventuellement envisager de le presser en plus grandes quantités. Ce sont les jamaïcains qui ont commencé à manipuler le son, inventer en quelque sorte le principe du remix, un concept attribué aujourd’hui au célèbre ingénieur du son et producteur de reggae jamaïcain King Tubby. 

 

 

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Jamaïcains également, qui de par leur contexte local dans les années 60 ont lancé cette culture du clash, du battle, du duel musical dont a hérité le hip-hop. Une  compétition parfois féroce mais toujours au service de la (bonne) musique. Toujours en quête d’un moyen de se différencier, les sound systems ne cessent de rechercher la dubplate unique qui poussera le public “forward” et que le voisin ne pourra pas jouer. Ils se positionnent également dans une véritable course aux armements, en recherchant une sono toujours plus puissante. Cette recherche paraît d’ailleurs toujours d’actualité, un fan me confiant vendredi matin être presque étonné que le mythique King Earthquake ait réussi à finir son (tout dernier) live sans “péter une membrane” ! Enfin, ce sont les sound systems jamaïcains qui auront dû composer les premiers avec la répression policière et la méfiance des élites, et développer cette résilience inouïe sans laquelle la musique n’aurait peut-être pas survécu. Bien avant les Spiral Tribes, premiers activistes techno littéralement poussés hors d'Angleterre par les lois anti-raves du gouvernement conservateur de Tchatcher en 92-93. Bien avant l’amendement Mariani de 2001, censé encadrer les free parties en France en rendant obligatoire leur déclaration préalable en préfecture, et qui a bien souvent été qualifié de “loi scélérate”.

 

Un des autres traits de génie du Dub Camp, c’est de venir mettre cette histoire à la disposition des festivaliers, en proposant des conférences assises en milieu d’après-midi animées par le génial Sir James (photo ci-dessous), véritable encyclopédie vivante du genre. Une occasion géniale et unique, qu’on soit artiste, organisateur ou simple amateur, qu’on préfère le reggae, le dub ou la dubstep, de prendre un instant de recul et de comprendre l’Histoire. 

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Alors bien sûr, tout n’est pas que “Peace, Love & Unity” au pays du sound system. Des lignes de fracture musicales se ressentent et l’écart peut sembler difficile à combler entre les riddims reggae roots identitaires d’un Amoul Bayi et le french Dub d’un Ashkabad ou encore d’un Bisou qui flirtent carrément avec les sonorités techno. Mais lorsque tout le monde se réunit à 3h du matin (fin des concerts) pour danser sur les derniers morceaux joués à la Jukebox Arena - focus dans le Starwax 67 - un large sourire figé sur le visage, lorsque le Mc tutoie la foule en te remerciant, en t’invitant à revenir en forme le lendemain, et en te demandant de prendre soin de ton voisin, l’unité est bien présente et le partage est total. 

L’occasion de réaliser que peu importent ses propres origines musicales ou son statut, qu’on aime le reggae, le dub, le hip-hop, la techno, qu’on soit Dj, Mc, toaster, trompettiste ou simple fan, nous sommes tous les enfants du sound system. 

 

Texte et photos par Le Pépiniériste.

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