DEELIGHT SOUND | Star Wax Magazine

2026-02-11

DEELIGHT SOUND

Né à Paris, DeelightSound grandi dans le Sud de la France. Figure de la French Riviera il conjugue sa passion pour le jus de raisin avec celle du Djing. Rencontre avec un sommelier amoureux de la house musique à la Vinothèque à Cannes.

 

Un verre de ? 
Bajocien du Domaine Labet.

 

Deux verres de ?
Les Noëls de Montbenault du Domaine Richard Leroy.

 

Et pour manger ?
Des dumplings avec un bol de ramen.

 

As-tu grandit dans un environnement artistique ?
La musique a toujours fait partie de ma vie depuis l’enfance. Mon père et ma mère travaillaient en maisons de disque, et mon oncle ainsi que ma tante étaient artistes. C’est un univers dans lequel j’ai baigné très tôt. À la maison, on écoutait de tout : de Jamiroquai à Marshall Jefferson, en passant par Aretha Franklin, les Rolling Stones ou même le Wu-Tang Clan. C’était extrêmement éclectique. J’ai forgé ma culture musicale là-dessus.

 

Tes premiers amours sonores ?
Mes premiers amours ont commencé avec le hip-hop, très jeune, des artistes comme Grand Puba, The Roots, The Pharcyde ou A Tribe Called Quest ont vraiment marqué cette période. Le funk, la disco puis la house se sont imposés comme une suite logique. Mais pour moi, il fallait découvrir les choses dans le bon sens. C’était ma méthodologie : comprendre chaque style, chaque univers, dans sa chronologie. Je me suis ensuite intéressé aux samples utilisés dans les morceaux. Je passais beaucoup de temps à rechercher les originaux, à l’époque, WhoSampled n’existait pas. C’était fastidieux, mais incroyablement riche en découvertes. J’adorais ça. Je me sentais parfois un peu ovni, car la plupart des gens de mon âge écoutaient surtout la radio. Mais je prenais énormément de plaisir à faire découvrir autre chose aux autres. Cette notion de partage est très importante pour moi, et c’est aussi ce qui m’a amené vers le vin, un peu plus tard.

 

Ta première approche du Djing ?
J’ai eu mes premières platines à 12 ans, il y a un peu plus de 20 ans. J’expérimentais beaucoup, je mixais pas mal de balearic house à l’époque. J’étais fasciné par Ibiza et par sa culture.

VINOSET #2 by Deelight Sound

Groovy House #2

GROOVE. 001

Si je te dis culture club...
J’ai une vraie culture club. J’ai fréquenté beaucoup de clubs, notamment à l’étranger, et j’en garde des souvenirs très forts. Je pense par exemple au Ministry of Sound à Londres en 2012, où j’ai vu Defected pour la première fois, ou encore à Ibiza, lors de la closing du mythique Space en 2016 avec Carl Cox. Des clubs géants où tout le monde venait simplement pour s’amuser, sans distinction. Ce sont des moments qui m’ont profondément marqué et que j’ai toujours eu envie de retranscrire à travers ma musique. Le club, c’est là où tout a commencé, et c’est clairement ce qui a façonné l’artiste que je suis aujourd’hui.

 

Tes influences ?
J’ai été très marqué par des labels comme Strictly Rhythm ou Defected, qui ont façonné mon rapport au groove. D’autres structures emblématiques comme Soulfuric ou Nervous Records ont également joué un rôle important dans mon parcours, tandis que des projets plus récents comme Glitterbox ont nourri mon approche actuelle de la house, à la fois soulful et dansante. Artistiquement, je me situe clairement dans une vibe house, en lien direct avec les labels que j’ai évoqués. Mais mon univers s’est construit à travers des influences très larges : des projets comme The Shapeshifters, Masters At Work ou SoulSearcher, des figures comme Dennis Ferrer, Dimitri From Paris, Joey Negro ou Grant Nelson, et bien sûr des voix iconiques comme Kathy Brown, Barbara Tucker ou Jocelyn Brown, qui ont profondément marqué mon rapport à la house et à la soulful music. Avec le temps, j’ai trouvé mon identité musicale. Je suis très orienté groove, house et soulful, des influences que j’essaie de faire dialoguer entre elles. J’aime particulièrement aller chercher des remixes de soul, de Motown ou des edits aux touches jazzy. C’est vraiment cette musique-là qui me parle et dans laquelle je me reconnais.

 

Quand as-tu commencé à mixer?
J’ai commencé à jouer en club il y a une quinzaine d’années, et cet univers m’a immédiatement parlé. J’adore cette idée de quelque chose d’éphémère : une sorte de boîte fermée où les gens laissent leurs problèmes à l’entrée et, pendant quelques heures, basculent dans un autre monde, celui qu’on crée ensemble.

 

Une anecdote?
Récemment, j’ai joué à New York, au 230 Fifth Rooftop. C’était une expérience géniale. Ce métier me permet de voyager, mais surtout de rencontrer des publics différents, avec une autre écoute et d’autres attentes. C’est extrêmement enrichissant, car ça oblige à rester en permanence dans la remise en question, à ne jamais rien prendre pour acquis. Et au-delà de la musique, ça fait aussi évoluer personnellement.

 

Parles-nous de ta passion pour le vin ? 
Concernant le vin, j’ai eu un vrai déclic il y a cinq ou six ans, lorsque j’ai pris mes premières grosses claques. À l’époque, je côtoyais des personnes du milieu qui buvaient ce qu’on appelle des vins vivants. Avant ça, je buvais du vin sans vraiment me poser de questions sur les terroirs, les cépages, les styles ou les méthodes de vinification. Mon père est passionné par ce type de vin depuis une vingtaine d’années. Il a connu de grands vignerons à une époque où les prix étaient encore raisonnables, et c’est lui qui m’a initié à cet univers, bien avant qu’il ne se démocratise. Aujourd’hui, certains domaines sont devenus très spéculatifs : Pierre Overnoy, le Domaine des Miroirs de Kenjiro Kagami dans le Jura, ou encore Yvon Métras dans le Beaujolais avec sa cuvée L’Ultime. Sans parler de Prieuré Roch ou Richard Leroy, dont certaines cuvées sont quasiment introuvables et atteignent des prix stratosphériques. J’ai eu la chance de goûter quelques vieux canons que mon père avait conservés, et nous dégustons souvent ensemble. Aujourd’hui, c’est aussi moi qui lui fais découvrir de nouvelles pépites. C’est en grande partie grâce à lui, et à cette éducation du vin bien fait, que j’ai développé cet amour pour le vin, avec une approche plus émotionnelle et personnelle.

 

Comment conjugues-tu tes passions du vin et de la musique ?
Grâce à mon projet Vinophile je propose des sets DJ que j’appelle des VinoSets. Ce sont des mixes pensés pour accompagner un verre, avec beaucoup plus de liberté dans la sélection. Je m’autorise à explorer des univers plus disco, mais aussi hip-hop soul. C’est un véritable terrain d’exploration, qui me permet de sortir du cadre de mon projet DJ plus orienté house.
Pour moi, le parallèle est évident : le vin, comme la musique, est une histoire de plaisir, de convivialité et de création. Ce sont des femmes et des hommes qui façonnent une œuvre. Et c’est un puits sans fond : on n’aura jamais assez d’une vie pour tout connaître, et on peut toujours être surpris, même après des années. Ça force l’humilité, et c’est ce que je trouve génial. Depuis que je suis entré dans cet univers, j’ai décidé de m’y investir pleinement. J’ai passé une certification en sommellerie, j’organise ponctuellement des événements autour du vin et je développe des expériences d’accords vin-musique, en parallèle de mon activité principale, qui reste la musique. Mon objectif est de créer un véritable pont entre mes deux passions. C’est quelque chose de fondamental pour moi, parce que ce sont deux univers qui se rejoignent naturellement. Le vin et la musique dialoguent très bien ensemble et font partie intégrante de nos modes de vie.
Aujourd’hui, j’ai une vraie vision à 360° du métier : clubs, plages, rooftops, soirées privées, festivals. Lors de mes événements, je privilégie avant tout l’approche émotionnelle. 

 

Peux-tu nous en dire plus de ton projet Vinophile ?
J’invite les gens à parler d’abord de leur ressenti, avant d’entrer dans l’analyse. Beaucoup pensent qu’il faut être expert pour avoir le droit de s’exprimer sur le vin, alors que c’est totalement faux. Une dégustation peut partir de sensations simples : ce que ça évoque, les souvenirs, les images, les émotions. Cette approche libère la parole et permet de montrer que le vin est accessible. On l’a rendu élitiste, mais à la base, ce sont des femmes et des hommes qui travaillent la terre. Revenir à cette simplicité et rendre le vin plus ouvert, c’est essentiel pour moi.

 

Pour finir top 5 nouveautés 
- Supernova "The bloom", plus récemment "Velvet Avenue" est très cool aussi !
- Ruze "I’ll be your"
- Joshwa "Lost in Music"
- Tommy Glasses "Groove to this" (Miguel Migs Retro Club Dub)
- Close Counters "I want you"

 

Et ton top 6 oldies 
- Kings Of Tomorrow "Finally" (Dance Ritual Mix)
- Octave One "Blackwater" (Full Strings Vocal Mix)
- Jon Cutler, E-man "It’s yours" (Distant Music Mix)
- Pete Heller’s Big Love "Big Love" (David Penn Remix)
- Bebe Winans "Thank you" (MAW 12’ Mix)
- Lil Louis feat. Joi Cardwell "Club Lonely"

 

Interview par Yoz.

Star Wax Magazine