CRANE DE POULE INTERVIEW & PODCAST 81 | Star Wax Magazine

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2023-02-22

CRANE DE POULE INTERVIEW & PODCAST 81

Crâne de Poule, toujours accompagné de son launchpad et ses synthétiseurs, se produira au Sirk Festival en avril. Ce projet est créé par Louise Engelmann, une illustratrice, multi-instrumentiste et productrice de musique house et techno minimale. Ses compositions très groovy signées notamment chez Lescale Recordings, Integrity Records ou H24 Musique, reflètent parfaitement ses origines dominicaines et ses influences classiques et jazz. En 2020, elle lance son propre label baptisé CDP REC. Adepte du DIY, elle illustre les pochettes de chaque sortie ; une façon pour elle de relier de manière authentique ses deux passions et de nous transmettre ses histoires. Intégrée récemment dans le roster d’ITEM, cette artiste à suivre de près, est aussi bien à l’aise en studio que derrière un piano. En témoignent les vidéos de ses improvisations et sessions d’enregistrements qu’elle publie sur les réseaux sociaux. Louise nous parle de son évolution depuis sa formation au Conservatoire à la concrétisation de son projet, ses références, sa façon de produire et nous partage ses valeurs. Elle nous fait également l’honneur de réaliser un mix exclusif Star Wax incluant certains titres signés sur son label. 

 

D’où viens-tu ?

Hello Star wax mag ! Merci beaucoup de me recevoir pour cette interview ! Je suis française, dominicaine, et parisienne. Cependant, c’est dans les Hauts-De-Seine, à Saint-Cloud que j’ai grandi, et cela dans un environnement très créatif : entre un père architecte que je voyais dessiner ses plans sur calque le dimanche matin et une mère artiste peintre et dessinatrice que je regardais très souvent travailler. Trainer et jouer dans l’atelier de ma mère était une de mes activités favorites. Le sol de son atelier entait un véritable terrain de jeu et d’expériences pour ma sœur, mon frère et moi. On dessinait et peignait par terre. J’écrasais des pastels gras sur le sol, le bonheur pour un enfant. Bien que je n’aie jamais vécu en République Dominicaine, j’ai eu l’habitude de m’y rendre très jeune tous les ans, car ma famille maternelle est originaire de la capitale, Saint-Domingue. Nous allions visiter mes grands-parents, ma tante, mes grands-oncles et grands-tantes, mes cousines.

 

De quelles cultures musicales proviens-tu ?

À 5 ans, j’ai été́ inscrite au Conservatoire. Des mon enfance, la musique classique et le jazz étaient très présents à la maison. Ma mère, ayant fait le Conservatoire dans son enfance, jouait du piano devant nous. Elle écoutait aussi des émissions de musique classique en travaillant dans son atelier. Je me rappelle notamment de l’émission « Carrefour de Lodéon » sur France Inter animée par le violoncelliste et chef d’orchestre Frédéric Lodéon ; nous l’écoutions quotidiennement. Dans mes souvenirs, j’étais assez en décalage avec les goûts musicaux de mes copines. À l’âge de 8 ans, un matin dans la cour de récréation, chacune de mes amies disait à tour de rôle quelle était sa chanson favorite du moment. L’une disait « tel morceau des L5 », l’autre disait « tel morceau du S Club Seven » et moi, dans toute mon innocence, je répondais « Le Boléro de Maurice Ravel ». Le groupe, un peu moqueur, avait ri car je n’étais pas dans le coup. Mais avec du recul, le Boléro de Ravel, c’est quand même bien plus cool que les L5, non ? Mon père, lui, écoutait souvent des vinyles de classiques de rock n’roll ou de blues, comme Chuck Berry, ou B.B. King et parfois un peu de France Gall aussi, mais ceci est une information confidentielle. Plus tard, à l’adolescence, la musique classique, le jazz, le ragtime (l'un des genres précurseurs de la musique jazz et la première forme purement instrumentale de la musique afro-américaine, ndlr), le hip hop, le merengue (un genre musical et une danse apparue en République dominicaine vers 1850, ndlr), la salsa et le rock ont fait partie de ce que j’ai beaucoup écouté. Dans mon iPod, on pouvait trouver vraiment de tout : Frédéric Chopin, Jean-Sébastien Bach, Keith Jarrett, Avishai Cohen, Jamie Cullum, les Red Hot Peppers, Les Beatles, The Who, The Cure, Joan Baez, The Clash, Gun’s and Roses, The White Stripes, Daft Punk, Phoenix, et des groupes un peu plus kitsch comme Aerosmith ou Mötley Crue. Mais encore, Yuri Buenaventura, Juan Luis Guerra, Michael Jackson, Shaggy, Timbaland, Beyonce, Ciara, Sean Paul, les Black Eyed Peas et j’en passe. Comme tout cadet qui se respecte, ma grande sœur influençait beaucoup mes goûts. Elle m’avait fait découvrir, entre autres, le Rock japonais : des artistes comme Miyavi, Gackt Camui, Malice Mizer, ou Dir en Grey, que personne d’autre que nous deux n’écoutait au collège ou au lycée. On avait un peu l’air de nerds mais on assumait pleinement. À l’âge de quatorze ans, avec un groupe de très bons amis, nous avions un groupe de rock. Nous jouions des reprises et nos propres compositions. Nous faisions des petites scènes. Dans le même temps, je commençais à m’intéresser à la musique électronique.

 

Combien d’instruments joues-tu ?

Concernant les instruments acoustiques, l’instrument que je pratique quotidiennement est le piano. Pendant huit ans, j’ai étudié le violon. J’avais aussi des cours avec l’orchestre toutes les semaines. Avec le violon, je ne m'épanouissais pas totalement. Je pense que je n’étais pas assez acharnée dans mon travail pour que le résultat soit probant. Au violon, il faut trouver le son de chaque note et il n’y a pas de touches comme sur un piano, il faut être d’une rigueur incroyable et il faut le comprendre bien assez tôt. Adolescente, j’ai pris des cours de percussion pendant deux ans avec un professeur cubain. On jouait des tumbas, du cajon et un peu de tout. Récemment, j’ai eu un nouveau cajon pour Noël donc je m’amuse bien avec, et j’en fais aussi profiter mon voisin. Concernant les instruments électroniques, j’aime beaucoup jouer avec la Drumbrute d’Arturia. Elle fait partie intégrante de mon Live. J’aime bien le fait qu’elle ait des potards et non des faders, cela ajoute des possibilités et rend le toucher très organique. Plusieurs synthétiseurs me plaisent beaucoup. Le Minibrute, le Prophet Rev2, la TB-03. J’adore jouer sur mon vieux clavier Roland FP03 que j’ai depuis mes quatorze ans. Il a une vraie valeur sentimentale, un peu comme le premier doudou d’un enfant. Je le déplaçais quand on jouait quelque part avec mon groupe de rock.

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Le piano est très présent dans tes compositions, que représente il pour toi ?

Le piano est l’instrument que j’ai appris seule à l’oreille, à 10 ans, un âge où je me sentais contrainte par le violon et le solfège. Le piano représentait une bouffée d’air frais dans ma pratique musicale, c’était mon terrain d’expérimentation. Je faisais ce que je voulais, peu importait la posture ou le doigté. D’ailleurs, ma façon de jouer est un peu punk et hérisserait les cheveux de plus d’un pianiste classique ou jazz. Enfant et adolescente, je pouvais jouer pendant deux à trois heures d'affilée. Les oreilles de mes parents en faisaient les frais. On me répétait « arrête de marteler ce pauvre piano » ou « mets la sourdine ». Il faut savoir que je  devais finir mes dix années de solfège coûte que coûte, et continuer un certain nombre d’années à jouer du violon. Ça faisait partie de l’éducation à la maison et c’était non négociable. Selon moi, le cursus au Conservatoire est aussi formateur que stressant pour un enfant. On passe des examens oraux et écrits à chaque semestre, on joue ses premiers concerts devant un auditorium. On doit jouer et chanter des morceaux par cœur devant des jurys, on peut redoubler ses années. J’ai des souvenirs de grosse boule au ventre la veille d’examens de solfège ou de violon et ça me stressait bien plus que l’école. Donc le piano, face à toute cette pression, me permettait de m’amuser.

 

Comment as-tu découvert la musique électronique ?

Comme la majorité des personnes nées dans les années 1990, j’ai découvert la musique électronique grâce aux Daft Punk, qui font partie des artistes que j’écoutais en boucle. J’écoutais aussi les mix de Radio FG dans ma chambre. Et comme tout adolescent qui s’épanouit pleinement, je dansais seule secrètement dans ma chambre, oui oui. J’ai économisé de l’argent de poche de tous mes anniversaires et Noëls pendant deux ans pour contribuer à l’achat de mon premier clavier à 14 ans, le fameux Roland FP03. Je passais des journées et des soirées à en explorer la banque de sons. Je découvrais mes premiers sons électroniques favoris, mes premières grosses lignes de basse. Je ne savais pas que j’étais en train de jouer mes premiers loops. J’enregistrais un accompagnement ou une rythmique en tapant manuellement sur les touches du clavier et je jouais autre chose par-dessus ensuite. Plus tard, vers 2013-2014, j’ai commencé ​ à sortir en festivals et en clubs. J’ai vraiment découvert la culture underground à ce moment-là. La sacro-sainte époque Concrete et Weather. Les premiers Peacock et Marvellous, que de beaux souvenirs !

 

Que faisais-tu avant ton projet Crâne de Poule ?

Je suis architecte de formation. À la sortie du lycée, après un bac musique réussi en présentant une composition au jury, j’avais déjà dans un coin de ma tête l’idée de composer de la musique. Mon grand-père maternel m’avait dit en m’écoutant jouer du piano : « tu devrais enregistrer ce que tu composes ». Il connaissait très bien la musique classique donc je l’avais pris comme un encouragement. J’ai passé́ le concours d’entrée de Musicologie de la Sorbonne mais je n’ai pas été prise. Entre 2011 à 2017, j’ai été étudiante. Une première année en prépa arts / arts appliqués / architecture et à l’école d’architecture de Paris Val-De-Seine. Mes études m’ont beaucoup plu car les études d’archi touchent à plein de sujets. On travaille en atelier et en groupe, le rythme de travail est soutenu et stimulant. Ce sont des études plus conceptuelles et créatives que scientifiques, ce que je trouve paradoxal par rapport à l’exercice du métier d’architecte. Cela tend à enfermer les étudiants dans quelque chose qui n’est pas la réalité de la profession. Durant mes études, j’ai rencontré́ plusieurs amis passionnés de musique électronique, de mix et de production. L’un d’entre eux me dit un jour : « toi qui composes au piano, tu devrais vraiment te mettre à la MAO, j’ai une licence Ableton je vais te la passer. » Tout a commencé à ce moment-là.

 

D’ailleurs d’où sort ce personnage ? Une anecdote ?

Crâne de Poule est un personnage de mon invention et qui a pris vie quand j’étais enfant. Un crâne qui sourit avec des ailes et une crête. J’étais une enfant un peu décalée qui inventait des histoires et chez moi, nous avons grandi avec les films de Tim Burton. Nous les regardions en famille. C’est à la fois un personnage joyeux et un peu naïf, qui a en même temps un côté sombre. Je le dessinais partout. Je ne pouvais pas avoir un autre nom d’artiste. Les gens le retiennent très bien et au moins on ne me confond pas. Certains me disent parfois « je m’attendais à un mec au crâne dégarni en voyant le line up » et je trouve ça très drôle. Je pense qu’il faut être vrai et fidèle à soi-même, surtout si on est un peu bizarre. Je n’ai pas envie de me lisser pour faire plaisir à qui que ce soit. Il y a ceux qui pensent qu’une femme doit être un joli produit bien emballé et bien lisse avec un nom bien mignon pour bien se vendre, et que s’appeler Crâne de Poule est une hérésie, je pense différemment. D’ailleurs, pour l’anecdote, j’organisais une soirée chez moi en 2014 et un ami avec qui je faisais mes études était passé chez le boucher du coin pour me dégotter une vraie tête de poulet intact avec une belle crête. Le Crâne de Poule en question est resté plus d’un an dans le congélateur familial. C’était devenu une sorte de totem. Ma mère était ravie. Lorsqu’elle cherchait les légumes surgelés, pouf, un crâne de poule sous son nez ! Ça a l’air étrange dit comme ça, mais ce cadeau très personnel et totalement saugrenu m’a beaucoup touchée.

 

Qu'est ce qui a été décisif ?

Entre 2017 et 2018, j’ai travaillé une année en agence d’architecture et ça s’est très mal passé. Les salariés en agence n’étaient souvent que des gratte-papiers. Ce n’était pas pour moi. Je m’ennuyais et se sont déclenchées de très fortes migraines ophtalmiques chroniques, problématique quand tu es censée dessiner des plans, non ? Quand le corps dit non, il faut en prendre conscience. C’était un peu comme si je devais m’entrainer au 500 mètres avec une jambe gangrenée, je me forçais vraiment et ça ne marchait pas. Je faisais alors beaucoup d’erreurs et j’étais un problème pour l’agence (rires). Par conséquent, on ne me donnait presque plus de documents à produire. Ils ne pouvaient pas me licencier car j’étais en CDD et ma période d’essai était terminée. J’avais besoin de m’organiser pour la suite donc j’y suis restée. C’est à ce moment que je me suis réfugiée dans la production et dans la composition. Je veillais tard, je me documentais beaucoup sur le midi, les synthétiseurs, les machines qui m’intéressaient. Je comptais les jours avant la fin de ce contrat. Comme à l’agence j’avais du temps libre, j’amenais des livres sur la production et la MAO ou des documents que j’avais imprimés. Cette année a été charnière car j’ai compris que je préférais choisir l’incertitude d’une voie créative qu’une voie plus sûre dans laquelle je ne me retrouve pas. Après cet épisode, je me suis enfermée pour donner vie à mon live qui a pris forme progressivement. En 2019, j’ai suivi des modules de cours Technopol avec Ben Vedren et Pit Spector à la Gaité Lyrique pour solidifier mes connaissances.

 

Quels sont les artistes qui t’influencent ?

Premièrement, concernant les live : KiNK. C’est vraiment un de mes artistes préférés. Ses productions sont toujours excellentes et son live est pour moi le plus impressionnant que j’ai vu. Ensuite, j’adore Jeff Mills, Octave One, Henrik Schwarz, Sebastian Mullaert. J’ai plutôt tendance à aimer les artistes qui ont une pratique instrumentale dans leur live. Les artistes ayant enregistré́ des albums de musique électronique avoisinant des styles plus académiques m’inspirent beaucoup, comme les morceaux d’Henrik Schwarz, Bugge Wesseltoft ou encore les compositions de Francesco Tristano et Carl Craig. Concernant les Djs, j’aime beaucoup les artistes versatiles qui savent passer d’un style à l’autre. Comme ça, je citerais Gerd Janson.

 

Un vrai penchant pour le jazz ?

Le jazz me plaît beaucoup depuis longtemps. Lorsque j’étais adolescente nous allions avec ma mère voir des concerts dans la ville coloniale à Saint-Domingue. Tous les étés se tient là-bas à la Casa Del Teatro un festival de jazz invitant des artistes du monde entier. Aussi, la musique d’Avishai Cohen m’influence beaucoup. Il est pour moi un maître de la dissonance et du contretemps. Je suis allée le voir plusieurs fois en concert. Il est impressionnant. Il sait jouer du piano, de la contrebasse et chanter.

 

Ton Ep « The Forest » est superbe. Comment as-tu été approchée par Integrity Records ?

Merci beaucoup ! Integrity Records, label basé à Singapour, est un des premiers labels à qui j’ai envoyé des démos. Eddie Niguel, à la tête du label, m’a accordé́ sa confiance tout en me donnant des conseils très constructifs pour faire mûrir ma production. C’est une personne qui défend des valeurs que je partage.

 

Est-ce toi qui chantes ? Tu fais partie des artistes authentiques, quelles sont tes valeurs ?

Oui, j’aime beaucoup enregistrer mes vocales et chanter sur mes productions. Merci, je le prends comme un vrai compliment ! Je pense qu’être authentique est quelque chose de rare aujourd’hui. Les gens sont vite tentés de se laisser aller aux critères des algorithmes pour avoir plus de visibilité. Que ce soit les algorithmes des plateformes de streaming qui vont booster un type de musique car ça ressemble à untel ou untel et que c’est la trend du moment, ou encore les algorithmes des réseaux sociaux qui vont mettre en avant les personnes qui montrent leur corps, je pense que beaucoup mettent de côté leur intégrité.

 

Tu as récemment signé sur H24 musique, quelles ont été tes inspirations ?

« Quisqueya » est l’un des autres noms de l'île Hispaniola, regroupant la République Dominicaine et Haïti. C’est un mot taïnos, le langage des indiens natifs de l’île. « Cohoba » est aussi un mot taïnos. Il s’agit d’une cérémonie qui se faisait avec la plante Cojobana, aux vertus hallucinogènes. Concernant les influences de cet Ep, je me suis promenée entre la house, le jazz, et des sonorités latines. Le track « Dave Millis », le plus jazz et acoustique de l’Ep, porte en guise de nom la contrepèterie de Miles Davis.

 

Comment s’est faite ta collaboration avec Dimitri Monev ?

C’est Simon, le label manager qui m’a proposé Dimitri Monev pour le remix. J’ai tout de suite été ravie. C’est la première fois que nous travaillons ensemble sur une sortie et j’en suis très contente.

 

Pourquoi avoir lancé ton label et quelle est la philosophie derrière CDP REC. ?

Créer son propre label représente une liberté énorme concernant la direction artistique que l’on va prendre. Lorsque les artistes envoient leurs morceaux à des labels, ils sont sans cesse confrontés à des label managers qui aiment sincèrement ce qu’on leur envoie, qui reconnaissent le sérieux et la qualité des productions mais qui vont souvent répondre que « ça ne correspond pas à ce qu’ils sortent en ce moment ». Ce phénomène s’est accentué avec l’utilisation des plateformes de ventes et de streaming. On uniformise pour mieux vendre, selon les tendances du moment, quitte à annihiler l’étincelle d’un artiste, quitte à polir ce qui le différencie et le caractérise. Créer son label est selon moi une façon de pallier cette problématique.

 

Tu crées tous les artworks ? Es-tu une adepte du DIY ?

Je dessine tous les artworks, dans un premier temps à la main puis je les travaille sur Photoshop, puis en vidéo. Faire les choses moi-même me plait beaucoup effectivement. Je tenais à ce que la partie visuelle du label reflète mon univers. Quand un artiste me précise le titre de son Ep, j’ai tout de suite des idées qui me viennent en tête. Aussi, j’aime passer d’un médium à un autre. Je trouve que ça nourrit beaucoup la créativité.

 

Où se trouve ton studio et quel matériel utilises-tu ?

Mon studio se trouve à Paris. Concernant le matériel, j’utilise souvent le Prophet rev2 de Dave Smith Instruments, le Minibrute ou encore la TB03 et également beaucoup de plugins. Je travaille sur Ableton.

 

Et ton set up pour tes Lives ? 

Mon set up se compose de la drumbrute, mon mac, 4 contrôleurs : le launchpad, 2 launch control et un clavier midi : le minilab.

 

Explique-nous brièvement ta manière de produire ?

Ça va dépendre de chaque track honnêtement. C’est très intuitif. Je commence certains morceaux en composant quelque chose au piano, souvent en enregistrant plein de pistes qui ne restent pas et pour d’autres tracks, je vais partir du son d’un plugin ou d’un sample que je vais totalement modifier et y ajouter des éléments composés au piano. Certains tracks sont aussi composés à partir de jams capturés à l’instant T. Je ne cherche pas à aller dans une direction particulière et pour citer Pierre Soulages, « c’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche ».

 

Clubbing TV Replay

Pour toi, l’improvisation est-elle une discipline à maîtriser ?

Je vois l’improvisation comme le fait de savoir marcher sur un fil grâce à un entrainement quotidien. Et pour réussir à improviser il faut travailler en boucle, dans un premier temps, pour arriver à un niveau d’aisance qui permette de se laisser aller dans un deuxième temps. Je crois que c’est la problématique de tout artiste. Trouver son équilibre entre ce qui est prévu, ce qui est travaillé et l’imprévu. Il y a plein de façons d’improviser, que ce soit derrière les platines, comme avec n’importe quel instrument ou comme avec n’importe quel set-up.

 

Quel impact recherches-tu sur l’auditeur ?

Surprendre l’auditeur. J’aime l’idée de ne pas me limiter à faire des morceaux pour qu’ils soient joués, quitte à proposer des compositions plus risquées.

 

Préfères-tu être en studio ou sur scène ?

Les deux sont essentiels l’un à l’autre. J’ai buté sur cette question et je n’arrive pas à choisir. La scène c’est l’intensité, un instant fait de surprises, d’imprévus. On ne voit pas le temps passer et on se met à nu ! Le studio, c’est un moment de calme, de recherche et de réflexion où l’on est seul avec soi même, hors du temps.

 

Tes projets prochainement ?

Vous pourrez voir mon live prochainement au Sirk Festival à Dijon. Aussi, j’ai deux Eps en préparation. Et de nouveaux projets sont à l’ordre du jour. Tout d’abord, la musique d’un court-métrage et dans un deuxième temps, la composition de deux morceaux originaux pour un jeune orchestre de collégiens jouant des instruments à vent, basé à Marseille. Je répéterai avec eux et il y aura une restitution vidéo. Pour le reste, je garde un peu de suspens.

 

Tu es une artiste polyvalente, où trouves tu le temps et toute cette énergie ?

Merci ! En fait, j’ai été mordue par un vampire il y a six ans, donc plus besoin de dormir, et ça me fait gagner un temps fou. J’aimerais bien que ce soit vrai (rires). Blague à part, je bois beaucoup de café, je fais du sport et je dors beaucoup quand je ne suis pas de sortie. Je pense que quelque chose vient indéniablement des études d’architecture. On y apprend à mettre tout son temps dans son travail, quitte à sacrifier ses nuits au profit de ses rendus.

 

L’artiste qui t’a dernièrement mis une claque ?

Je vais être hyper corporate et parler du set de ma camarade d’agence Bernadette. Nous sommes toutes les deux chez ITEM artists. J’ai eu l’occasion d’écouter son set en décembre, lors de la soirée de Closing organisée par notre agence au Cabaret Aléatoire à Marseille. Bernadette oscille entre beaucoup de genres musicaux, sans crainte et sans limites et avec beaucoup de maîtrise. Aussi, je trouve qu’elle a une super présence sur scène, elle est très énergique.

 

Le Crâne de Poule en 3 mots ?

Indépendante, passionnée, multiculturelle.

 

Un message à faire passer ?

Se rappeler d’où̀ l’on vient et affirmer ses racines.

 

Tu souhaites rajouter quelque chose ?

Un grand merci pour votre temps et votre intérêt. Je vais finir avec une citation de Giuseppe Verdi datant du XIXème siècle mais que je trouve encore tellement vraie de nos jours : « Par souci de la mode, par désir de faire neuf, par affection de savoir, on renie notre art, notre instinct, notre façon de faire. »

 

SWMIX 81 TRACKLIST 

01_ Bugge Wesseltoft, Henrik Schwarz « Where Is The Edge? » [Jazzland Recordings]

02_ Jardin Con Pimienta « Coriesu » [CDP REC.]

03_ Chech « Hot Five » [STAMP RECORD]

04_ Alffie « La Superba » [CDP REC.]

05_ Omni AM + Casey Hogan « Bunker Scraper » (Omni A.M. Mix) [Euphoria Records]

06_ KiNK « Diversion » [Running Back]

07_ Silverlining « Precision Spanner » [Wrong 004]

08_ Michel De Hey, Literon « Hirogen » [Area Code 070]

09_ Acanalar, Prodot « Genera » (Prodot Remix)

10_ Crâne de Poule « Quisqueya » (Original Mix) [H24 Musique]

interview par Sabrina Bouzidi