2024-09-16
BLICK BASSY
Musicien, écrivain et réalisateur, Blick Bassy revient aujourd’hui avec « Mádibá Ni Mbondi », une version augmentée de son Lp de 2023. Complétée par des prestations sur Internet, cette réédition disponible chez InFiné conforte une touche sophistiquée, à la croisée de l’électro et de la culture bassa. À ce titre, l’homme évoque ici les préoccupations environnementales via la thématique de l’eau, une plage emblématique telle que « Bissaï » ou bien encore le Cabinet de Sciençage, un tiers-lieu lancé sur ses terres, au Cameroun.
Nous avions laissé Blick Bassy il y a cinq ans avec « 1958 », un album dédié à Ruben Um Nyobè alias Mpodol, le fer-de-lance de l’indépendance camerounaise. Après une collaboration avec le collectif parisien Roseaux, le musicien renouvelle son goût pour les sessions conceptuelles avec « Mádibá », un 33-tours consacré à l’eau. Pour ce créateur, cette thématique coche plusieurs degrés de lecture : « Il y a bien sûr la notion biologique, qui fait écho au corps humain, composé à plus des deux-tiers d’eau. Mais ce registre renvoie aussi à la politique et au fait que nombre de nappes aquifères sont désormais privatisées » commente-t-il, avant de recentrer son discours sur le cadre environnant et les interactions de mise : « Tout ce que nous créons est directement lié à la nature. Cela nous relie tous, ça concours évidemment au développement de la vie sur terre. Avec cette production, j’ai voulu explorer des espaces, un écosystème. » Porté par seize miniatures éthérées, « Mádibá Ni Mbondi », soit la formule deluxe de « Mádibá», est ponctué par de nouvelles collaborations dont un duo avec le chanteur australien RY X et une intervention remarquée de Yamê, le rappeur franco-camerounais. Pour Blick Bassy, cette démarche ne s’arrête toutefois pas à une rhétorique. Singuliers, les arrangements synthétiques renvoient également de manière poreuse aux sonorités précitées, aux ondes émises par l’eau…
Outre un intitulé significatif (si « Mádibá » renvoie à l’eau en langue bassa, on ne peut pas s’empêcher de penser au surnom du leader sud-africain Nelson Mandela), cet album de Blick Bassy dégotte son lot de pépites parmi lesquelles « Bissaï ». Pour le musicien, cette plage correspond à la thématique ambiante : « Bissaï évoque une célébration concernant l’arrivée de la pluie, cela restitue l’ambiance engendrée par ce phénomène. Avec ce morceau, j’ai voulu insérer des chœurs mais de manière inédite.» Cousu d’arrangements millimétrés, l’album cultive une proximité avec des pointures telles que Malik Djoudi aux claviers, ou bien encore Fidel Fourneyron, le tromboniste hexagonal. Si cet appétit musical n’a rien de nouveau – l’ombre du légendaire bluesman américain Skip James planait déjà sur «Akö »-, il se renforce toutefois au contact des arts visuels avec Barthélémy Toguo, un peintre de renom auteur de « The Generous Man on His Farm II », une encre-papier sur toile qui illustre la pochette de « Mádibá »… Proche de Peter Gabriel par l’entremise du Womad, le célèbre festival itinérant, ce dernier affine les visions plurielles de Blick Bassy : « Il y a quelques mois, j’ai ainsi lancé au Cameroun le Cabinet de Sciençage, une plateforme multimédia où se retrouvent différents créateurs et acteurs, artistiques ou scientifiques. Le but sur place est de diffuser des supports musicaux ou visuels comme l’induit la première édition d’une affiche vouée au beatmaking et apparenté. Cette manifestation aura lieu fin novembre à Kribi, sur la côte camerounaise » confirme le compositeur-producteur.
Blick Bassy a contribué à de multiples projets. C’est le cas de Roseaux, une formation à géométrie variable éditée par le label Tôt ou Tard et dont le deuxième album intègre trois titres du musicien camerounais. Autre session féconde, l’album « Bengue » de Fidel Fourneyron a notamment permis au natif de Yaoundé de participer à ce disque fédérateur né lors d’une création, au festival « Jazz Sous Les Pommiers ». Enclin aux échanges, Blick Bassy a également joué avec des interprètes du monde entier parmi lesquels le Britannique Piers Faccini, le Brésilien Lenine ou bien encore le Malgache Régis Gizavo. Enfin, au-delà des travaux musicaux à proprement parler, l’artiste se place volontiers dans le sillage de Gérald Toto, Richard Bona et Lokua Kanza, un trio afro-caribéen auteur, en 2004, de « Toto Bona Lokua », un disque sorti par l’enseigne No Format. Blick Bassy sera à la Gaîté Lyrique, à Paris, le vendredi 20 septembre 2024. Ouverture des portes : 19h30.
Par Vincent Caffiaux / Photo par Gabriel Dia.
Mbondi (feat. Ry X), by Blick Bassy
Ba Bog, by Blick Bassy
Mbenda (feat. Yamê), by Blick Bassy
Todè, by Blick Bassy
Bengue, by Blick Bassy
LoBa, by Blick Bassy
Ndomè, by Blick Bassy
Li Yanga, by Blick Bassy
Wata, by Blick Bassy
Nop, by Blick Bassy
Hola Mè, by Blick Bassy
Séa, by Blick Bassy
Bissaï, by Blick Bassy
Touye, by Blick Bassy
Mètam, by Blick Bassy
Lep, by Blick Bassy