2026-08-14
BIOMETRIC-AUDIO
Biometric-Audio a été lancé en 2021 par Pure Basic, Faël et Daniele Angelo ; ce label italo-algérien a collaboré avec des figures internationales majeures de la techno telles que Sleeparchive, Elektrabel, Jamie Bissmire, Linear System et, plus récemment, Stanislav Tolkachev et Dj Shufflemaster. Imprégnés de la culture club depuis plus d'une décennie, les fondateurs nous parlent de leurs racines, de la genèse du label et de leur volonté de s'affranchir des codes sociétaux.
Pure Basic : De l’eau parce que c’est la vie.
Faël : Une tasse de tisane après une longue journée.
D’où venez-vous et quel était l’environnement dans lequel vous avez grandi ?
Pure Basic : Je viens de Cirignano, un petit hameau des Apennins, près de Bénévent. C’est un village rural d’environ 400 habitants. Je ne dirais pas que je suis issu d’une famille d’artistes, mais mon père — d’après ce que j’ai pu en comprendre — était un peu un hippie de la vieille école. Je ne l’ai pas très bien connu, mais enfant j’écoutais beaucoup de musique avec lui. Ma grand-mère était pareille ; tous deux étaient des collectionneurs de disques. L’environnement dans lequel j’ai grandi a connu des hauts et des bas. Je n’ai pas honte de le dire : le sud de l’Italie dans les années 90, ce n’était pas facile. Malgré tout, ma mère m’a élevé du mieux qu’elle a pu, et je lui en suis profondément reconnaissant.
Faël : J’ai grandi à Alger, très proche de la nature ; c’est sans doute ce qui m’a le plus façonné durant mon enfance. J’ai toujours gardé un lien avec la terre, passant beaucoup de temps en plein air. En même temps ma mère et sa famille étaient très portées sur l’art, et la musique en particulier ; j’ai donc baigné dans cet univers également.
Parlez nous de vos influences ?
Pure Basic : Mes principales influences musicales sont la synthwave, l'Italo disco, la techno de Détroit, la musique expérimentale, l'ambient et la dub techno façon Basic Channel.
Faël : Mes influences proviennent principalement de la scène de Détroit ; j’ai toujours été attiré par cette énergie brute et soulful. Je suis également influencé par la liquid d’n’b, l’ambient et la musique expérimentale.
Comment avez-vous découvert la musique électronique ?
Pure Basic : J'ai découvert la musique électronique principalement grâce à un vieux disque que possédait ma grand-mère, vers 1996-1997. C'était du Kraftwerk. À la maison, nous écoutions des choses très variées, mais la synthwave des années 80 y occupait une place particulière.
Faël : J'ai découvert la musique électronique grâce à mes cousins plus âgés quand j'étais adolescent.
Vous souvenez-vous de votre première approche du DJing ?
Pure Basic : J'ai découvert le Djing lorsque je suis tombé sur des cassettes du milieu des années 80 contenant des enregistrements des premiers Dj mixant des disques dans des clubs italiens. C'est alors que j'ai commencé à comprendre le DJing. À cette époque, j'ai rencontré Salvatore Stallone, l'un des plus grands artistes italiens, qui produisait de la house underground entre la fin des années 80 et le début des années 90. Il est toujours considéré comme l'une des figures les plus respectées et les plus célèbres de la scène underground italienne. Plus tard, je suis entré en contact avec Luigi Romano, qui produisait de la techno de Détroit ; ce fut pour moi une véritable révélation. Bien qu'il soit probablement assez âgé aujourd'hui et que je ne l'aie pas vu depuis de nombreuses années, il reste l'un des plus grands artistes que j'aie jamais rencontrés. Malheureusement, il n'est pas très connu car il est resté dans sa zone de confort, mais je suis convaincu que très peu de Dj actuels pourraient atteindre le niveau qu'il affichait lorsqu'il se produisait sur scène. C'est l'une de ces figures qui n'apparaissent qu'une fois tous les mille ans.
Faël : Ma première véritable incursion dans le monde du Djing ne remonte pas à si longtemps, il y a cinq ans. Après des années d'hésitation, j'ai fini par mixer lors d'afters avec des amis proches, dans un cadre très intime. À mes débuts, c'est 3abdelkader, du collectif Algerian Techno Movement - interview ici, qui m'a initié à la discipline.
Biometric-Audio Records en 3 mots ?
Pure Basic: Plutôt que de répondre par trois mots, j’aimerais répondre par trois noms : Faël, Yuki et Daniele.
Faël: Amour – Unité – Expression.
La page Bandcamp de Biometric-Audio est là mais où le label est-il basé ?
Pure Basic : C’est un label italo-algérien, bien qu’il soit officiellement basé à Hambourg. Grâce à Internet nous travaillons ensemble entre l’Algérie, Naples et Hambourg. Je vis à Hambourg depuis environ huit ans et, à bien des égards, cette ville a complètement changé ma vie.
Comment vous êtes-vous rencontrés ? Et quelle est la genèse du label ?
Pure Basic : C’est une longue histoire, mais tout a commencé lorsque j’ai envoyé un titre promotionnel à Faël. Nous avons immédiatement noué un lien fort, et j’ai le sentiment que notre rencontre et notre collaboration étaient, d’une certaine manière, écrites.
Faël: Ce label est né de l'amour de la musique et de ce lien humain qui nous rassemble. C'est véritablement de là que tout vient.
Quelles sont les principales valeurs de Biometric-Audio ?
Pure Basic : Les valeurs fondamentales de Biometric-Audio reposent sur une idée simple : celle d'une famille. Nous travaillons en harmonie, nous soutenons mutuellement et créons un espace qui s'affranchit des systèmes traditionnels qui nous entourent. Nous aspirons à l'unicité dans tout ce que nous entreprenons, en particulier dans nos choix artistiques et musicaux. Notre objectif est d'offrir une expérience musicale authentique, soignée dans les moindres détails, tout en apportant beauté et sérénité à chacune de nos créations.
Concernant « PARADIGM OF TOMORROW », comment avez-vous rencontré Dj Shufflemaster et Stanislav Tolkachev - interview ici ?
Faël : L'idée de sortir un titre de Shufflemaster est venue de Pure Basic, qui entretenait déjà des liens avec lui. Nous suivons et apprécions son travail depuis longtemps ; il nous a donc rapidement semblé être le choix idéal pour notre troisième sortie. Quant à Stanislav Tolstachev, c'était mon idée. Pure Basic lui a expliqué que le morceau devait être composé de toutes pièces, exclusivement pour moi et pour cette sortie sur Biometric-Audio. Nous l'avons contacté et, à partir de là, les choses se sont mises en place naturellement. Il sortira un titre chez nous très prochainement.
Pourriez-vous décrire cette sortie en trois mots ?
Faël : Je pense que le titre dit tout !
Vos prochaines sorties ?
Pure Basic : Oui, plusieurs sorties sont prévues. La prochaine sera notre troisième volume en vinyle, mais nous avons également décidé de créer un catalogue numérique. L'objectif est d'offrir à de nouveaux artistes la possibilité de s'exprimer de différentes manières et de propager notre vision de la musique. Bien entendu, une nouvelle sortie est imminente, aussi bien en vinyle qu'en numérique. Parallèlement, nous avons choisi d'orienter davantage le label vers le numérique afin de soutenir et de mettre en avant des artistes que nous apprécions particulièrement. Cela inclut notamment klønn, ÖÖ-YSR, EHMARJ et Javfstrackt. Il s'agit véritablement d'élargir la vision du label et de collaborer avec des artistes avec qui nous partageons une réelle affinité artistique.
Un rituel avant un concert ?
Pure Basic : J'essaie de me détendre le plus possible avant un live. Au début, je ressentais beaucoup d'anxiété mais avec le temps ce sentiment a complètement disparu.
Faël : Avant chaque concert, j'ai généralement tendance à éviter d'écouter de la musique, ce qui peut sembler un peu paradoxal. Je préfère rester dans le silence et me déconnecter, afin d'arriver l'esprit clair et de me concentrer pleinement sur l'instant présent.
Que pensez-vous de la scène allemande ?
Pure Basic : La scène allemande est très intéressante, même si je trouve qu'elle tend à se banaliser, de manière générale, comme c'est le cas un peu partout. À mon avis, le problème majeur est que peu d'artistes se consacrent véritablement à la musique. Ce qui me dérange le plus, c'est que les artistes semblent souvent privilégier l'image au détriment de la sensibilité et de l'expression musicale. C'est mon point de vue.
Faël : La scène musicale électronique en Allemagne est extrêmement diversifiée. J'ai vraiment l'impression que chacun peut y trouver sa place. Cela va des sons les plus mainstream aux scènes très underground, couvrant un large spectre de styles pour qu'il y en ait vraiment pour tous les goûts. Ce que j’apprécie le plus, c’est cette ouverture et cette variété ; cela permet aux gens de se connecter à la scène à leur manière. Je tiens également à saluer un concept que je respecte profondément, My Grooves à Leipzig, avec qui j'ai déjà eu la chance de jouer, et Groove On The Carpet basé à Berlin, tous deux fondés par des artistes algériens il y a des années.
Si vous pouviez avoir une conversation avec un artiste…
Pure Basic : Excellente question, je dois avouer qu'il est un peu difficile d'y répondre. Si j'avais l'occasion de discuter avec un artiste, j'aimerais beaucoup rencontrer Jeff Mills, pour certaines de ses idées expérimentales et parce que je le considère comme une personne très cultivée. J'aurais également aimé rencontrer Vangelis mais, malheureusement, il nous a quittés. J'aimerais aussi rencontrer Brian Eno ou la chanteuse Sade Adu.
Quelle place la production occupe-t-elle dans votre vie ?
Pure Basic : Parfois, j'aime produire de la musique rien que pour moi, dans une ambiance détendue. Il n'y a rien de plus beau que d'écouter sa propre musique.
Faël : Je suis encore en phase d'apprentissage en matière de production musicale et j'essaie de m'accorder le temps et l'espace nécessaires pour grandir et évoluer à ma façon, malgré une vie bien remplie. Je suis vraiment reconnaissant envers tous ceux qui me soutiennent et m'aident dans cette aventure, en particulier Pure Basic.
Quels outils utilisez-vous pour la production ?
Pure Basic : Je préfère ne pas entrer dans les détails, car je suis assez réticent à l'idée de révéler mes sources. Une chose est sûre, cependant : j'y ai mis tout mon cœur, car à cette époque, je me suis investi corps et âme dans ce morceau.
Que représente le vinyle pour vous ?
Pure Basic : Pour moi, le vinyle offre une sonorité différente de ce que l'on entend habituellement. Mais surtout, tenir un vinyle entre ses mains, c'est comme toucher la musique elle-même, comme avoir auprès de soi une personne dont on peut prendre soin. Le vinyle fonctionne ainsi : si vous en prenez soin, il vous procure une grande satisfaction ; si vous le négligez, il peut causer bien des problèmes. Un peu comme les êtres humains, à mon sens.
Faël : Pour moi, le vinyle représente une manière plus physique et plus intentionnelle d'écouter de la musique. Il y a quelque chose de très concret dans l'objet lui-même et dans le geste de le faire jouer. Il ne s'agit pas d'opposer le vinyle à la musique numérique, qui est essentielle et très pratique. Le vinyle offre une expérience différente, plus immersive, plus personnelle et plus lente.
Pure Basic, combien d'albums possédez-vous dans votre collection privée ?
Pure Basic : Je possède près de 3 000 disques vinyles dans ma collection.
Le dernier disque que vous avez acheté ?
Pure Basic : Le dernier disque que j'ai acheté vient d'un marché aux puces : il s'agit de « Voyager autour du Monde », qui explore la musique algérienne des années 1950. C'est un véritable chef-d'œuvre de cette époque, et je crois qu'il est assez rare. J'ai également déniché quelques disques de bossa nova et, en ce moment, je me détends simplement en écoutant beaucoup de musique planante.
Faël : Honnêtement, je ne me souviens pas vraiment du dernier vinyle que j’ai acheté, car d’habitude je n’achète pas de disques en Algérie. Et lorsque je voyage, j’ai tendance à en acheter plusieurs. Je ne me souviens pas donc du tout dernier mais je me souviens que le dernier vinyle était un cadeau de Pure Basic. C’était un disque de Drissi El Abbassi (Raï Sidi Bel Abbes), c’est une compilation underground, un vinyle que je voulais depuis longtemps.
Montagne ou océan ?
Pure Basic : Honnêtement, les deux. Tout dépend de mon humeur et de ce dont j'ai besoin à ce moment-là.
Faël : Pourquoi choisir quand on peut avoir les deux en même temps !
Interview par Sabrina Bouzidi / Photo (c)