B-LOW | Star Wax Magazine

2025-11-25

B-LOW

B-Low débute l’apprentissage de la musique dès son plus jeune âge. Après trois ans de piano, il a un coup de cœur pour la clarinette basse. Avant d’être adolescent, aussi bien influencé par la musique savante que par les musiques populaires, il découvre la joie de la scène puis esquisse ses premières compositions. De l’Ecole Nationale d’Ingénieurs de Tarbes, il enchaîne une formation à Bordeaux, où il devient enseignant.  Il cumule des centaines d’expériences scéniques collectives jusqu’en 2020.  Puis l’isolement lors du confinement l’amène à se focaliser sur un projet solo. Le multi-instrumentiste monte Chez Etiennette Records, son studio d’enregistrement, dans les Landes, d'où vont naître ses productions boombap et son premier album « I Can Hear You ». Entretien avec un jeune compositeur, musicien, aussi fougueux que prometteur.

 

Bienvenue ! Un verre de ?
Selon l’heure : un verre de bière, de Ricard ou de café, ou d’eau ! C’est bon, l’eau aussi.

 

Où as-tu grandi, dans quel environnement artistique et aviez-vous des disques vinyles à la maison ?
J’ai grandi en Sud Gironde, d’abord en ville puis dans un petit village à la frontière des Landes. Mes parents n’écoutaient pas beaucoup de musique, et ne pratiquaient pas, mais ils tenaient à ce que mes frères et moi en apprenions. Mon père écoutait surtout du classique, un peu de Brassens, Ray Charles, Starmania ou Johnny — mais uniquement en voiture ! À la maison, c’était plutôt calme. Il y avait quelques vinyles, mais c’étaient surtout les grands classiques : musique classique, Beatles, Ray Charles, Ella Fitzgerald…  

 

Avant d’être un beatmaker, tu as donc commencé par jouer d’autres instruments…
Oui, j’ai commencé très tôt par des cours particuliers de piano. Puis au bout de trois ans, j’ai voulu faire de la clarinette tout en continuant le piano, mais très vite la clarinette est devenue mon instrument, surtout la clarinette basse qui est mon premier coup de cœur. J’ai intégré rapidement l’orchestre junior, qui faisait plusieurs concerts par an et jouait tous styles de musique. Au collège, j’ai découvert le rock et le funk, grâce notamment au Club Dial, où je commandais tous mes Cds ! The Offspring, Sum 41, les Red Hot, Prince, du rock français également… Puis sont arrivés dans mes oreilles Rage Against The Machine, Incubus, et ensuite le rap et le hip-hop. L’envie de monter un groupe avec des potes m’a pris, et voilà que je me mets — en parallèle de mon cursus classique — à la guitare électrique et au chant pour notre premier projet. Un quatrième copain nous rejoint, et je passe à la basse. Deuxième coup de cœur ! C’est cet instrument qui va occuper tout mon esprit à partir de là. Après le lycée, je fais une école d’ingénieur, l’ENI de Tarbes. Puis, au bout d’un moment, je lâche tout pour me lancer dans la musique. J’intègre le CIAM, un centre de formation à Bordeaux, et, en parallèle, je deviens professeur de guitare et de basse dans l’école où j’ai appris la musique. Tout en tournant à côté avec des projets de compos. Très vite, on me confie plus de cours, de formation musicale, et on me demande de créer — avec un bureau — une école de musique et de coordonner trois structures. Et dans le lot, bien entendu, la direction d’un orchestre débutant et d’un orchestre d’adultes. J’ai cumulé tout ça pendant deux ou trois ans, puis à la naissance de mon fils, j’ai décidé de lever le pied sur la pédagogie pour me consacrer à mes groupes et à mon projet de studio d’enregistrement : Chez Etiennette Records.

 

Quel a été le déclic pour composer des beats boombap ?
Pendant des années, je composais pour les groupes dans lesquels j’étais, mais jamais plus loin que le stade de maquette ou de brouillon. Le but était de transmettre une idée aux autres musiciens pour qu’ils créent leurs parties. C’est au premier confinement que le besoin d’un projet solo, et celui de composer pour moi, ont fait surface. J’étais en plein dans les travaux de mon studio et j’écoutais de la musique toute la journée. Je me suis rendu compte que certains artistes avaient plusieurs albums magnifiques à leur actif, alors que moi, j’avais participé à plein de choses collectives mais je n’étais jamais allé au bout d’un projet tout seul. J’ai donc pris le temps de finir les travaux et, fin 2021 une fois le studio fonctionnel, j’ai recommencé à composer mais sans autre but que de créer du son. Étant bassiste et amoureux du groove, le boombap s’est imposé comme une évidence.
 
L’analogique semble être un élément de l’ADN de B-Low, quel est ton rapport au vinyle et comment ton matos de production a-t-il évolué depuis tes débuts ? 
Vaste sujet, ahah ! Mon premier rapport au vinyle, c’était avec le vinyle de « Pierre et le Loup » que j’écoutais en boucle chez mes parents — ça explique peut-être certaines sonorités chez moi ! Puis les quelques vinyles présents à la maison : j’adorais tout le rituel pour les mettre, les sortir de la pochette, les essuyer, poser le bras… Très jeune, je diggais sans le savoir, car avec mon meilleur pote on faisait une fausse émission radio enregistrée sur cassette, où je passais des extraits de Cd et de vinyles. J’adorais aussi faire les vide-greniers du coin pour trouver de vieux disques ou Cd mais je me suis vraiment mis à digger sérieusement en même temps que la composition, fin 2021. J’ai installé le studio dans les Landes entre 2020 et 2021. Mais j’ai toujours eu des home studios, ou au moins cette envie d’enregistrer. Au lycée, j’ai acheté une carte son Hercules 16/12 FW, et là, le virus m’a pris ! Puis je suis passé chez Focusrite avec une Liquid 56, puis chez Antelope avec une Orion 32+. En parallèle, j’ai eu ma première console inline, une Mackie 32/8, puis une TAC Scorpion 2, et aujourd’hui une Trident Série 65. Il y a eu beaucoup d’achats d’occasion, de bons plans sur Le Bon Coin, et j’ai accumulé pas mal de matos depuis le collège. Maintenant, j’ai enfin un vrai endroit pour faire vivre tout ce matériel.

B-LOW - UNEMAHA -  LIVE SESSION #1

Tu sors ton premier album mais tu as déjà 700 dates à ton actif en 25 ans, que retiens-tu de toutes ces expériences ?
Oui beaucoup de concerts : en groupe, en orchestre, et depuis 2023, en solo multi-instrumentiste. Je n'en retiens rien de particulier et tout à la fois : une énorme valise de souvenirs. Des scènes mythiques comme le Festi-Blues de Montréal, le Musilac Mont-Blanc, des premières parties de Jahneration avec SHT Crew, de Parabellum ou Clinton Fearon avec Moon Hop, ou encore récemment en solo avec Bab L’Bluz ou Yilian Cañizares. Ce que je retiens surtout, c’est le lien humain. Chaque date m’a appris quelque chose sur le public, sur l’énergie du moment, sur l’importance d’être sincère dans ce qu’on joue. Et puis les moments de vie partagés. Je remercie toutes les copines et les copains de route, parce que ce qu’on a vécu ensemble, c’est ce qui m’a nourri toutes ces années.

 

Dans le sillage de Wax Tailor, Chinese Man, L’Entourloop, Degiheugi, The Architect, Fatbabs, Proleter, Dr CLRK… une scène de beatmakers français s’uniformise... T’identifies-tu à ce mouvement...
Bien entendu que je m’identifie à ce mouvement, même si sur scène, je mélange cet univers avec celui du multi-instrumentiste. J’essaie, humblement, d’y apporter ma couleur. Tous ces artistes m’ont fait grandir, rêver, inspiré et motivé. On pourrait aussi citer Senbeï et Al’Tarba - interview ici mais mes influences vont plus loin : Marcus Miller, Kyle Eastwood, Erik Truffaz - interview ici, Marylin Manson, Tool, Eddie Vedder, James Horner… Je puise dans toutes les musiques qui provoquent une émotion en moi. J’aime les émotions brutes, les contrastes, les histoires humaines. 

 

Brother Lion et Soom T sur le même titre, il s’agit de deux univers que tu as bien conjugués. S’agit-il de Manu de Bordeaux ? Ont-ils enregistré ensemble en studio...
Oui, tout à fait, c’est Manu — le chanteur du super groupe The Shaolin Temple Defenders et de Soul Rev. Lui et Soom T n’ont pas enregistré ensemble, tout s’est fait à distance. Manu, c’était une évidence : son groupe m’a marqué dans la scène bordelaise, j’adorais leur énergie. Il avait déjà posé sur mon tout premier single, Starting All Over Again, donc c’était logique de lui proposer un titre sur mon premier album. Soom T, c’était une dream collab que je pensais inaccessible. Quand j’ai composé "Children of the Night", je savais que je voulais un duo Mc / chanteuse, chanteur, et des enfants sur le refrain. Le morceau oscillait entre ombre et lumière, et j’ai tout de suite entendu leurs deux univers dedans. Quand je leur ai envoyé, je ne savais pas si ça allait leur parler… mais ils ont sublimé la track. Je leur en suis vraiment reconnaissant. 

 

Concernant le processus de réalisation de ton album, peux-tu nous en dire plus, en combien de temps as-tu composé "I Can Hear You" au studio Chez Etiennette Records ?
Le travail s’étend de juin 2023 à mars 2025. L’album parle d’écoute, de persévérance et de la légitimité des rêves d’enfance. Chaque morceau a sa propre histoire. En juin 2023, je suis parti faire mes premiers concerts en solo, en Thaïlande. Une expérience un peu folle. À l’époque, j’avais sorti quelques singles, un Ep, et le second était prêt. J’avais plein de morceaux sur le disque dur, mais rien de concret. Sur place, quelque chose s’est passé : le lieu m’a complètement absorbé, et ce que je voulais dire musicalement est devenu une évidence. À mon retour, j’ai recommencé à composer en live sur Twitch. L’album a commencé à se dessiner. Un ami, Mister Jin Roh — grand diggueur de génie — m’a envoyé quelques pépites qui m’ont énormément inspiré. Certains morceaux sont partis d’un sample, d’autres pas du tout. Il y a même des morceaux sans samples. Pour les guests, je n’ai pas fait une liste d’artistes établie et je n’ai pas composé en me disant : « ça ça sera pour elle ou lui ». Je me suis laissé porter par la création et un moment donné, sur certains morceaux, une idée d’artiste à inviter me venait. Et boom, j’envoyais un message. Sans jamais me dire : « c’est impossible… » Au contraire, je me disais : qui ne tente rien n’a rien. Certains artistes ont refusé, bien évidemment, soit à cause d’une temporalité, soit ce n’était pas forcément leur univers actuel mais d’autres ont accepté, et assez vite. C’était très très cool. La plus longue réponse a été celle de Soom T justement, car elle était en pleine tournée à mon premier contact. Mais je n’ai jamais perdu espoir. Un an et demi après, elle m’a répondu positivement. J’étais aux anges, comme quoi des fois il ne faut pas lâcher son envie tant qu’on n’a pas eu un oui ou un non. Côté son, j’ai tout enregistré moi-même : cuivres, bois, guitares, basses, synthés, claviers, percus, même certains scratchs. Je ne me suis vraiment rien interdit, cherchant des textures organiques pour équilibrer avec le numérique. Je raconte un peu tout ça dans des vidéos d’une minute sur mes réseaux. 

 

As-tu des difficultés pour clearer les samples ?
C’est un vrai sujet ! Et j’avoue que je trouve ça encore un peu opaque. Donc oui, comme tout le monde (rires) ! Mais beaucoup de samples que j’utilise, je les rejoue ou je les retravaille jusqu’à les rendre méconnaissables, ce qui limite le besoin de clearance. C’est un casse-tête, mais ça fait partie du jeu. 

 

Parle-nous des tablists, qui a réalisé les scratchs ?
Pour le morceau "Live your Life", c’est Dj EIkonoklast. Je l’ai rencontré virtuellement grâce à la communauté de Senbeï. J’avais lancé l’idée de la création d’une track surprise pour l’envoyer à Senbeï lors du processus de création de son album "TOITSU 2". Et j’avais réussi à rassembler autour d’une prod que j’avais faite, plusieurs artistes de sa communauté. Par la suite, Eikonoklast m’a demandé de participer à une track de son album perso, et j’avais en tête de lui proposer une track de mon album, c’est chose faite.  Pour le morceau "Embrace Your Life" avec Youthstar, les scratchs sont réalisés par Dj Kubix. C'est un ami de longue date qui jouait dans un groupe du collectif Bordeaux Groove Band. J’avais toujours eu en tête de faire un truc avec lui. Il n’a malheureusement pas de page artiste perso. Pour le reste des scratchs de l'album, c'est moi qui les ai réalisés.  

B-LOW - ANGEL EYES (Live at la mamisèle)

Ton titre favoris ou top 3 de « I Can Hear You » et pourquoi ?
Ouh, très dur ! Je les aime tous, impossible de les séparer, c’est comme choisir un enfant préféré. Mais s’il faut en citer trois : "I Can Hear You", le titre éponyme, pour sa douceur et ce qu’il représente : ne jamais oublier les rêves qu’on avait gamin. Puis "Live Your Life", pour son message : peu importe comment tu vis, ce qui compte, c’est “comment tu meurs”. Si tu es dans le regret ou dans la joie ? Nous sommes toutes et tous éphémères. Et "The Door of Memories", parce qu’avec la perte de mon père le jour des derniers enregistrements, il a pris un sens encore plus fort.
 
Comment souhaites-tu défendre ton album en live ?
Le plus possible ! Mon set est prêt, je m’éclate à le jouer et j’essaie d’amener les gens dans mon univers avec mes instruments sur scène. Je travaille à rendre le live encore plus immersif, avec machines, instruments et visuels synchronisés. L’idée, c’est d’offrir une expérience à la fois musicale et émotionnelle — pas juste un concert. Le mieux, c’est de venir le découvrir en vrai.

 

Ces dernières années, Les Landes sont de plus en plus dynamiques culturellement, je pense notamment à Contis, WE ART festival, etc. parles nous de tes meilleurs souvenirs en tant qu’artiste puis en tant que spectateur…
Il y en a plein ! Je citerais le festival Musicalarue à Luxey, où j’ai autant de souvenirs incroyables en tant qu’artiste que spectateur. Il y a aussi LMA (Landes Musiques Amplifiées), qui organise des événements géniaux, comme le festival Essentiel aux arènes de Vieux-Boucau. Je me souviens d’une première partie avec mon groupe The Ambrassadors, on jouait au milieu du public avant Kolinga — un moment magique. Et bien sûr, les soirées du CaféMusic à Mont-de-Marsan, toujours une programmation au top. C’est vraiment un territoire en mouvement : il se passe tout le temps quelque chose, souvent à deux pas de chez toi ! 
 
As-tu une autre passion que la musique ?
C’est bien mon problème, je suis vraiment multi passionné. Même si ça s’est calmé depuis que j’ai créé le projet B-Low, car il occupe H24 mon esprit. Mais j’adore le sport, la mécanique, j’ai notamment des 4L et de vieilles mobylettes. Puis j’adore aussi le travail du bois… 

 

Un dernier mot ?
Écoutez votre petite voix intérieure. Elle sait souvent avant vous où il faut aller. Et merci à Star wax mag pour cet échange ! 

 

Interview par Dj coshmar / photo header par Mr Blonde et photo ci dessous par Clément Feuillet.

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