2016-08-25
REPORT / EUROCKEENNES 2016
Après l'enfer du Hellfest, Starwaxmag était cet été aux 28ème Eurockéennes de Belfort. Le festival toujours aussi éclectique, qui a charmé les jeunes comme les moins jeunes, proposait cette année dans le cadre idyllique de la presqu’île du Malsaucy une soixantaine de groupes venant de tous les horizons musicaux.
Pumarosa avait l'honneur d'ouvrir le bal, vendredi. Juste pour nous le temps de voir quelques morceaux de leur mix de disco et de new wave accompagné du chant habité de la jolie chanteuse anglaise. Puis sur la scène de la Green Room, les Parisiens de Bagarre scandent justement « Nous sommes Bagarre ». Leur new wave teintée de cold sponsorisée par la marque sportive à trois bandes va secouer le dance floor pendant près d'une heure. Les textes du groupe font mouche dans ce jeu de chaises musicales au micro, chaque musicien poussant la chansonnette à tour de rôle. Le groupe est content d’être là, ça tombe bien nous aussi.
Poursuite sur la grande scène avec la première tête d’affiche du festival, le supergroupe The Last Shadows Puppets d'Alex Turner des Arctic Monkeys et de Miles Kane. Le groupe vient présenter son dernier opus. Leur pop de salon grandiloquente aux arrangements travaillés a du mal à réveiller l’assemblée, malgré le jeu de scène des deux acolytes. Alex Turner, d’habitude très réservé avec les Artic Monkeys, se livre cette fois à un show digne de Broadway. On quitte le duo pour rejoindre la touche ensoleillée de la journée. Création des Eurocks 2016, Le Balani Sound System est la rencontre entre les sons traditionnels maliens et le rap de Bamako. Le groupe qui n'est pas avare en messages de paix fait vibrer l’assistance de la Green Room. La fosse se vide avant la fin du concert, et pour cause : les papys des Insus (ex-Téléphone) se présentent sur la grande scène. Et une marée humaine se dirige vers eux pour écouter le best of du groupe. Tous leurs tubes seront joués pendant une heure et demie devant une assistance conquise à leur cause. Pendant ce temps-là, on participe à la conférence de presse de Quentin Dupieux où l'on apprend qu'un nouvel album est en gestation et on se dirige vers la scène de la plage pour y retrouver un des espoirs de la scène électronique française. Darius mixe des sons suaves et des nappes vaporeuses. Une house sexy et sensuelle qui va nous faire rentrer tranquillement dans la nuit belfortaine. De la sensualité, Mr. Oizo (photo ci-dessous) n'en possède pas trop. Quentin Dupieux, de son vrai nom, fait plutôt dans la techno turbine. Une heure trente de bastonnade en règle devant un public rempli d'animaux chauffés à blanc. Impeccable pour se vider la tête et lâcher ses dernières forces dans la bataille de cette première soirée réussie.
Dès le lendemain pas de pause pour les braves puisque, dès douze heures, les furieux de The Inspector Cluzo investissent le bar du camping pour un show 50 % rock'n'roll, 50% funk et 100 % sans filet. Rapide, précis et efficace. En fin d’après-midi, nous rejoignons le site pour entamer cette deuxième journée. Le soleil qui inondait la presqu’île le vendredi est aux abonnés absents. Peu importe, le rayon de soleil de la journée vient d'entrer sur la scène de La Loggia. Compère musical de John Dillinger et des acolytes d’O'Brother, Pokey LaFarge distille un blues rétro, aux limites du jazz et de la bluegrass. Un vrai spécialiste de la musique américaine qui nous vient d'Alsace... Il nous en fallait pas plus pour nous muscler les zygomatiques et nous faire trépigner du talon. On se retourne pour apprécier un autre spécialiste de la musique cette fois internationale. Le dandy génial Beck débarque sur la grande scène. Alors on était un peu inquiet suite à la sortie de son dernier album un peu … mollasson. Il n'en sera rien, le spécialiste des mélanges, pop zinzin, rock psyché, hip-hop va nous offrir une heure et demie de chefs-d’œuvre dont un « Loser » indémodable qui aura eu le don de réveiller le public. On aura même le droit à un petit medley de reprises dont le « Billie Jean » de Michael Jackson.
Passage rapide vers la Green Room où Lou Doillon ensorcelle le public et l'on se dirige vers la plage pour se rassasier dans les innombrables gargotes qui bordent le festival. À noter le stand consacré entièrement aux personnes à mobilité réduite. Un bel effort fourni par les organisateurs pour ce public.
On se dirige ensuite vers la grande scène pour les stars de la soirée. Après le passage des Insus hier, d'autres Français fédérateurs débarquent. Il faut dire que Louise Attaque a bercé notre jeunesse avec ses tubes imparables. La fosse est bondée, au point qu’on est rejeté loin du public, tout en haut sur la colline. Qu'importe : on va sauter, chanter et jubiler aux sons des « Léa » « Les Nuits Parisiennes » et autres hymnes du groupe. On les remerciera d’ailleurs de ne pas s’être trop étendus sur le très moyen dernier album.
Les anglais de Foals prennent la suite. Ils ne sont jamais aussi bons que quand ils versent sans chichis leur math-rock débridé. Leur côté pop aérienne ne prend par toujours en live, mais ce jour-là les acolytes de Yannis Philippakis ont fait le boulot et notamment sur ce démentiel « What Went Down » morceau éponyme du dernier album. On les quitte un peu tôt pour aller rencontrer la sensation hip-hop du moment. Vince Staples. Il inonde la scène de La Plage de son flow ultra technique, il n'est hélas pas vraiment aidé par les balances, vraiment moyennes. Un bon moment tout de même. On terminera par les frangins Guy et Howard Lawrence de Disclosure. Passés en 2013 sur la scène de La Loggia archi- blindée suite à la sortie de l’excellent « Settle », ils reviennent cette fois sur la grande scène pour confirmer leur statut de référence house. Le set entamé au rythme des morceaux de leur très moyen deuxième album va se hisser bien plus haut dans sa deuxième partie au son d'un Dj set de très bonne facture. Set qui aura eu le mérite de nous tenir dynamiques jusqu'au bout de la nuit.
Pour la der, les programmateurs nous ont gâtés. La journée s'annonce comme un marathon avec pour amuse-gueule la belle et rageuse Courtney Barnett. La jeune Australienne va nous emmener dans des contrées rock qui ont manqué cruellement depuis le début du festival. Mélodies accrocheuses, riffs punk et songwriting moderne, la belle nous rappelle aisément une certaine Polly Jean Harvey. Direction la Green Room pour l’attraction hip-hop de la journée. Flow giflé et guitares psychés pour le rouquin Action Bronson (photo ci-dessous). Le rappeur qui casse la baraque en ce moment va soulever la fosse pendant près d'une heure avec un boogie hip-hop déconcertant. Moment magique sur ce « Easy Rider » où la mythique route 66 termine son chemin dans la banlieue de la presqu’île du Malsaucy.
Juste le temps de se remettre du show génial d'Action Bronson, que se pointe sur la scène de La Plage le foufou du moment à la gueule farceuse. Multi-instrumentiste génial, Mac DeMarco étale tout son talent avec une pop de slacker, variante d'un rock je-m'en-foutiste adepte de l'humour contagieux et du pipi caca. Avec un set en forme de best of, le Canadien est accompagné de musiciens tous aussi zinzins que lui. Concours de guitare heros, blagues potaches et bonne humeur ensoleillée vont égayer le show qui restera certainement comme l’un des meilleurs des trois jours. On envierait presque la trentaine de personnes invitée à passer le concert en compagnie du groupe sur la scène. Très grand moment avec, en prime, un super slam de Courtney Barnett venue faire la fofolle, elle aussi... Petite restauration et direction Les Kills rétrogradés vers la Green Room. Le duo qui avait explosé à la face du monde dans le sillage des White Stripes, avec un rock épuré rageur et ravageur, est ici accompagné de deux autres musiciens faisant perdre tout le charme qui les entourait. Les deux musiciens se démènent comme des beaux diables mais la sauce ne prend plus. Les riffs cradingues de Jamie Hince couvrent trop la sauvageonne Alisson Mosshart qui, elle, passe plus de temps à faire voler ses cheveux et en oublie par la même occasion de chanter dans le micro. Bref grosse déception. On quittera l’assistance pour suivre la marée humaine se dirigeant vers la grande scène pour aller voir la première mi-temps du match de l'Euro France-Islande. Sans suivra le set des Australiens de Tame Impala qui, après deux très bons premiers albums puissants et planants, confirmeront leur envol vers une pop de stade suppliante et ennuyeuse à souhait. Puis direction La Plage ou le mathématicien Daniel Snaith, alias Caribou nous livre sa musique indietronica mixant guitares, synthés et batteries. Un set carré déjà vu mais toujours aussi efficace, confirmant ainsi la valeur sûre du Canadien.
Pour terminer cette trépidante journée, on naviguera entre le shoegaze électronique de M83 qui aura eu le mérite de nous maintenir debout, même après leur tube « Midnight City ». Et le duo progressif new-yorkais Ratatat, qui conclura de belle manière cette 28ème édition avec son light show post-rock.
Pas exceptionnel, le cru des Eurockéennes 2016 restera toutefois de très bonne facture avec une jauge affichant complète les trois jours pour la quatrième année consécutive. L’année prochaine, le festival sera décalé d'un week-end les 7, 8 et 9 juillet. Certainement pour éviter la concurrence avec les autres poids-lourds européens et ainsi permettre aux organisateurs de faire venir une grosse tête d’affiche qui aura manqué cruellement cette année. Pour finir, ci-dessous, la vidéo aftermovie officielle de cette édition 2016. Plus de vidéos ici.
Par Sébastien Forveille